Bassin minier de Gafsa: changement dites-vous ?

Cinq ans séparent le 5 janvier 2008 du 5 janvier 2013, mais comme le passé dicte le présent, ces deux jours se ressemblent. Le premier appartient à l’époque de la dictature de Ben Ali et le deuxième se situe dans le calendrier de l’après 14 janvier.

Qu’on en juge : 5 janvier 2008, les jeunes de Gafsa s’indignent et s’insurgent contre le résultat, jugé à l’époque frauduleux et inéquitable, du concours  de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG). Quelques jours plus tard, les sit-in et les affrontements avec la police du dictateur annoncent le soulèvement des gens affamées pendant huit mois, appelé plus tard révolte du bassin minier de Gafsa.

Cinq ans plus tard, et dans la continuité de la même logique, bien que le contexte soit  « différent », le 5 janvier 2013,  les forces de l’ordre répondent à coup de bombes lacrymogène aux manifestants de la région  El Guettar (gouvernorat de Gafsa), qui protestent pour le troisième jour consécutif contre le résultat d’un concours lancé par le ministère de lEquipement et de l’Environnement.

Bilan : 15 personnes arrêtées suite à des descentes de police dans des maisons et des espaces commerciaux ; désormais dans la ville d’El Guettar l’atmosphère est tendue

La similitude entre les deux contextes nous incite à dépoussiérer cette époque de notre histoire, afin qu’elle ne tombe pas aux  oubliettes.

Changement dites-vous ?

Ne nous leurrons pas car les causes immédiates de la révolte de 2008 persistent encore et une deuxième révolte ravageuse et destructrice cette fois pourrait subitement s’annoncer.

Le chômage, cette  bête noire de tous les jeunes de Gafsa. Ces jeunes dont une bonne  majorité regarde désespérément la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), le principal employeur dans le gouvernorat, comme unique sauveur. Malheureusement, la CPG à l’heure actuelle ne connait pas des jours glorieux, ayant perdu les marchés brésilien, polonais, asiatique et néozélandais, après la révolution. D’après son PDG, la CPG paie les salaires de 2700 personnes inactives et 2400 employés au Groupe chimique de Gabès, ce qui représente un décaissement de  50 millions de dinars.

La compagnie située dans la région de Metlaoui, épuisée par les grèves successives, ne pourrait pas réaliser les rêves des chômeurs. D’ailleurs l’activité du transport ferroviaire du phosphate a repris en septembre dernier après une longue période de grève, suite à la mise en place d’une brigade pour assurer la sécurité des conducteurs et des équipements. Même la révolution n’a pas apporté son  lot de cadeau : à titre d’exemple, en septembre 2012,  Le taux de chômage dans la région d’El Guettar s’élèvait à 38% au niveau régional.

Le phosphate : malédiction ancestrale

Maudit soit le phosphate, ce documentaire tunisien réalisé en 2012, par Sami Tlili, illustre, entre autres, l’aspect de la problématique épineuse : cette ressource naturelle  dont jouit le gouvernorat et censée être l’une des sources de sa richesse, s’est avérée être l’une de ses malédictions qui s’est acharnée contre lui.

La distribution équitable des richesses, très loin d’être appliquée aux habitants de Gafsa à l’époque de Ben Ali, ne l’est pas plus après Ben Ali, malgré la production importante de phosphate (2,780 millions de tonnes de janvier à septembre 2013, contre 2,327 millions de tonnes, au cours de la même période de 2012). La ville s’est vue privée des bénéfices de sa propre richesse, pourtant le phosphate est l’une des importantes exportations tunisiennes à l’étranger et donc générateur de devises.

En juin 2012, le président provisoire Moncef Marzouki, à promis aux habitants de Gafsa que 20% des revenus de la CPG seraient alloués à l’investissement dans la région, mais l’arrêt de la production causé par la grève, semble être l’origine de la non-exécution de cette promesse.

La constitution, encore objet de contraction politique, malgré les avancée de la discussion, apportera-t-elle un nouvel espoir pour le bassin minier ? Personne ne saurait le dire, pourtant les articles 12 et 13 adoptés dernièrement par  l’ANC, relatifs à la décentralisation et aux droits des régions intérieures au développement semblent annoncer une nouvelle approche sociale et régionale.

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