Qu’a-t-on vraiment gagné de la Révolution ?

14 janvier

« Travail, liberté  et dignité nationale ». Le slogan de la Révolution a-t-il vraiment permis de faire avancer les choses ? En clair, le quotidien du Tunisien est-il aujourd’hui bien meilleur que celui qui prévalait un certain 17 décembre 2010 ? Analyse.

« Chogl, Horrya, Karama Watanya » (Emploi, liberté et dignité nationale). Le slogan vociféré par des milliers de gorges tunisiennes pendant les événements qui ont marqué la révolution a-t-il trouvé une quelconque consécration sur le terrain ? Beaucoup en doutent aujourd’hui. En faisant valoir le fait qu’en dehors du droit à la liberté d’expression – en témoigne notamment l’augmentation du nombre de supports médiatiques -, rien de bien qui autorise aujourd’hui, comme le disent les professionnels du tourisme, vraiment le détour.

Commençons par l’emploi, les statistiques officielles font état de quelque 620 mille chômeurs au cours du troisième trimestre 2013. Nous sommes bien loin des 200 000 ou 300 000 chômeurs que connaissait le pays à quelques jours du 17 décembre 2013. Et qui avait fait réagir, dans un sursaut pour sauver son régime, le président déchu, en promettant d’éradiquer ce fléau. Ben Ali savait que c’était là, dans une économie à deux vitesses, que le bât blessait. Entre autres. La Troïka a certainement tenté d’agir sur ce terrain. Son action s’est toutefois limitée pour l’essentiel à la Fonction publique.

L’essentiel du tissu économique n’a pas suivi : le secteur privé. Bien plus, l’incapacité des responsables du pays à agir pour juguler l’inflation, doper la croissance, freiner l’insécurité,… ont constitué notamment des facteurs inhibants pour l’emploi.

Le droit au « bavardage » !

Et la liberté ? Si beaucoup pensent que les Tunisiens sont plus libres aujourd’hui de dire ce qu’ils pensent. Ce qui est vrai. Beaucoup disent aussi que ce que les Tunisiens ont gagné comme droit, c’est le droit au « bavardage » ! Le gouvernement n’adoptant que l’attitude suivante : « Cause toujours tu m’intéresses » ! Ou plus exactement le dicton : « Le chien aboie et la caravane passe » !

On a beau écrire des tribunes, apporter des contradictions et même manifester, pour le gouvernement, rien ne mérite que l’on s’y attarde. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la télévision. Un des ministres est allé jusqu’à dire que le gouvernement de la Troïka a réalisé un taux de croissance de 5,5% en 2012. Comment ? Tout simplement en additionnant les moins 2,5% de l’année 2011 (sous le gouvernement de Béji Caïd Essebsi) et les 3% de l’année 2012 (gouvernement Jebali). Les habitués des arcanes de l’économie sont tombés des nues !

Restons sur le même terrain, celui des libertés pour dire que les agressions contre les journalistes, les censures pratiquées dans les rédactions, les tortures et les nominations de personnes acquises au pouvoir notamment dans les médias ont fini par faire admettre à de nombreux militants des droits de l’Homme qu’il est bien loin le chemin qui mène vers une société démocratique.

Deux grèves ont été décidées par les journalistes depuis l’arrivée de la Troîka au pouvoir (17 octobre 2012 et 17 septembre 2013) et la Tunisie a perdu, en 2013, quatre points au niveau de son  classement par Reporters Sans frontières (RSF).

Quid maintenant de la dignité ? Une simple question : peut-on parler de dignité lorsqu’un citoyen n’a pas de travail, vit dans l’insécurité ou encore que le kilogramme de piments se trouve proche de 4 dinars ? Lorsque l’économie se porte si mal que cela et qu’elle est perçue comme bien défaillante. Pour s’en convaincre il suffit d’observer la dégringolade observée au niveau de la notation souveraine.

Lorsque le projet de la Loi de finances 2104 va, s’il est adopté, appauvrir davantage les pauvres. Celui-ci a inscrit dans son programme le gel des salaires, une nouvelle pression fiscale et un recul au niveau de la compensation de certains produits. On ne peut en effet que deviner le résultat.

 

 

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