Mehdi Jomaâ est-il mal parti ?

Parce que sa désignation n’est pas le fait d’un consensus, Mehdi Jomaâ ne trouvera pas toujours les portes du succès ouvertes devant lui pour ce qui reste de la période de transition. Mais attendons voir.

On attendait le consensus. Ce fut encore une fois la division. Force est en effet de constater que la désignation de Mehdi Jomaâ à la Kasbah n’a pas été facile. Neuf voix se  sont exprimées en sa faveur. Deux autres ont porté leur choix sur Jalloul Ayed. Huit autres composantes, dont  Nidaa Touness, ont décidé de boycotter le vote.

On pourra toujours dire que la démocratie est, pour ainsi dire, ainsi faite. Force est cependant de constater, et au vu des quelques réactions collectées ici et là, que le sixième gouvernement de la période de transition (les deux  gouvernements Ghannouchi, Caïd Essebsi, Jebali et Laarayedh) n’est pas sûr d’être bien parti.

Il faudra peut-être attendre, à ce niveau, la réaction officielle des partis ayant décidé de boycotter le vote et notamment Nidaa Touness qui n’interviendra pas avant ce jeudi. Une réunion étant en effet  prévue à cette date . Al Jomhoury, par la voix de son porte-parole, Issam Chebbi, a affirmé cependant son refus de la nomination de Mehdi Jomaa. La réaction du Front Populaire ne pourra être bien différente du moins au vu de la réaction à chaud, samedi 14 décembre 2013, de ses dirigeants.

Une classe politique divisée

Outre la question de l’absence de consensus, il faudra noter que le fait de nommer un membre du gouvernement précédent, dominée par la Troïka, pèsera de tout son poids sur ce gouvernement. On pourra donc toujours ressortir à Mehdi Jomaâ qu’il a bénéficié de l’appui d’Ennahda et d’Ettakatol. Ce qui n’est pas évidemment un crime. Mais allez expliquer le contraire  dans le contexte actuel, celui d’une classe politique divisée.

Le soupçon risque de peser donc sur la nomination des membres du gouvernement Jomaaâ et surtout sur ses décisions. L’opposition constituée pour l’essentiel du Front du salut trouvera sans doute toujours à redire sur le rendement du gouvernement. D’autant plus que Mehdi Jomaâ sait pertinemment que la tâche ne sera pas du tout facile pour le gouvernement qu’il aura à constituer. Autant dire qu’il part avec pour ainsi dire une belle « ardoise » économique et sociale laissée par la gestion que l’on dit défaillante de la Troïka.

Il est, par ailleurs, à se demander si M. Mehdi Jomaâ sera à la hauteur des enjeux qu’il aura à relever. Si tout le monde loue depuis quelques heures son « impartialité » et ses quelques faits d’armes dans ce domaine, notamment en prouvant qu’il pouvait tenir la dragée haute à la Troïka, on commence déjà à évoquer son expérience somme toute limitée au niveau de la gestion gouvernementale et son peu de rayonnement –du moins présumé-  à l’international.

Le Quartet s’est félicité que le Dialogue national ait pu somme toute aboutir grâce à la nomination de Mehdi Jomaâ. Tout porte donc à croire que le Quartet et notamment ses deux principales composantes, l’UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail) et l’UTICA (Union Tunisienne de l’Industrie du Commerce et de l’Artisanat), pourrait par leur comportement faire pencher la balance du côté de Mehdi Jomaâ.

Un soutien qui signifie la réussite de l’initiative qu’ils ont engagée depuis des mois et qui leur a demandé –il faut le reconnaître- beaucoup de patience et montré leur capacité à privilégier avant tout l’intérêt national. On peut toutefois supposer que ce soutien est bel et bien conditionné. Tout le monde peut en effet supposer que Mehdi Jomaâ obtiendra ce soutien tant qu’il appliquera à la lettre la feuille de route. Qui est pour le Quartet la mère de toutes les batailles.

 

 

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