Dénoncer la corruption est un acte de citoyenneté et une arme de lutte

« Il est clair aujourd’hui que la Tunisie, sous le régime de Ben Ali, était victime d’un système de corruption, dépassant les faits isolés… Ce système s’est établi petit à petit jusqu’à dominer l’Etat et la société », c’est ainsi que commence le rapport de  la Commission d’investigations sur la corruption et la malversation (CICM). Une introduction qui sert de rappel à ce que les Tunisiens ont pu réclamer un certain 14 janvier : un régime non corrompu qui garantirait l’égalité des chances.

Trois ans après, la perception par les Tunisiens de la corruption n’a fait que maintenir son évolution ascendante. En observant les indices de perception de la corruption de Transparency International, la Tunisie ne fait que reculer de rang. Excepté en 2010, où la Tunisie était classée 59ème, depuis 2002 le classement est à la baisse : 39ème en 2004, 43ème en 2005, 51ème en  2006,  61ème en  2007, 62ème en  2008, 65ème en  2009, 73ème en 2011, 75ème en 2012 et récemment 77ème pour 2013.

Mme Neyla Chaabane, représentante de la CICM, affirme que cette tendance « pessimiste » chez le citoyen tunisien « pour lequel rien ne semble s’être amélioré » n’est qu’une conséquence logique. En réalité, on n’entend, peu ou pas même de résolution d’affaires de « petite corruption » qui touche plus directement la vie du citoyen. Que dire alors des grands dossiers de corruption, de « fonctionnaire corrompu traîné en justice », par exemple! Concernant, les dossiers de « grande corruption », les choses sont réglées différemment : les éléments constituants les dossiers sont plus compliqués ainsi que les enjeux « Un dossier de grande corruption demande au minimum dix mois d’instruction car cela implique la vie et les intérêts personnels des gens qui seront exposés au grand public. C’est pour cette raison qu’il faut du temps pour clôturer un dossier de  grande corruption. La justice doit les examiner  en toute sérénité ». Les attentes du grand public sont légitimes, « mais il faut être réaliste ». Le fait que le citoyen ne voit pas de résultats « accroît le sentiment de corruption : on n’a pas soldé notre passé avec la corruption et la malversation ». S’ajoute à cela qu’il y a « beaucoup d’hésitations concernant certains dossiers de corruption marquant une faible volonté politique à les résoudre ».

En effet, le rapport de la BAD Vers un nouveau modèle économique en Tunisie– mentionne que « la corruption reste une contrainte majeure à la croissance » même après la révolution. la corruption « ne devrait pas être conjuguée au passé » comme l’a décrit Lotfi Ezzedine, avocat, présent à la conférence de l’Association Tunisienne de Lutte Contre la corruption (ATLC). « La révolution a permis d’évincer le régime corrompu, mais n’a pas mis un terme à la corruption en Tunisie. Les principaux chefs d’entreprise insistent énormément sur les effets dommageables de la corruption sur le climat d’investissement (IACE, 2011). L’enquête de 2011 de l’ITCEQ auprès des entreprises révèle également une corruption importante dans les principales institutions des services publics. »

La société civile reste « l’espoir » pour combattre la corruption, en commençant par sa dénonciation, malgré des barrières psychologiques bien réelles, car « le Tunisien rejette encore  l’idée de la dénonciation de la corruption et cela demande un travail culturel important». Autrement dénoncer la corruption n’est pas du zèle, mais plutôt « une composante de la citoyenneté », conclut Mme Neyla Chaabane.

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