Le président-pyromane

Dans les cercles du pouvoir, on a pris l’habitude de pousser des cris offusqués de sainte nitouche face aux gros mots, chaque fois qu’un journaliste ou un politicien prononce le mot « république bananière » pour désigner la Tunisie de l’après-révolution. Le problème est que, avec nos gouvernants provisoires, nous avons dépassé, et de loin, les caractéristiques honteuses de la république bananière. Car enfin, si le respect de la loi et la lutte contre la corruption étaient les derniers soucis des gouvernants de certains pays d’Amérique centrale des années 1960-70, ceux-ci n’allaient pas jusqu’à provoquer gratuitement des crises et des ruptures avec d’autres pays, ni semer la discorde et la division parmi les populations qu’ils gouvernaient.

Avec le président provisoire Moncef Marzouki, nous ne sommes plus en république bananière. Nous sommes descendus plus bas encore et on patauge dans la république de l’absurde et du non sens. Nous sommes embourbés dans une république kafkaïenne.

L’absurdité était là dès le départ. Avec 7000 voix collectées dans le Cap Bon, Marzouki est couronné président par la volonté du chef du parti relativement majoritaire. Ses faits d’armes et sa contribution pour la chute de la dictature? Un passeport confisqué et des torrents d’insultes déversées à travers les ondes hertziennes étrangères sur la tête de l’ancien dictateur.

A peine entré au Palais de Carthage, il a démontré à l’écrasante majorité des Tunisiens, peuple et élites confondus, qu’il était loin, très loin d’être l’homme qu’il fallait à la place qu’il fallait. Le poste de président de la République était visiblement trop volumineux pour ses capacités lilliputiennes. Les résultats de ce contraste vertigineux entre le poste et son occupant ne se sont pas faits attendre. Ses bourdes successives ont eu des effets destructeurs sur les relations de la Tunisie avec de nombreux pays étrangers, ainsi que sur le respect et le prestige dont jouissait la diplomatie tunisienne depuis l’indépendance.

Il serait fastidieux de faire ici l’inventaire de toutes les bourdes de Moncef Marzouki et de toutes les casseroles (nationales et internationales) qu’il traîne derrière lui. Disons seulement qu’il est un facteur principal dans la dégradation catastrophique de l’image du pays dans le monde. Il est l’un des principaux responsables de la réputation en lambeaux de la Tunisie et l’unique responsable de la destruction du prestige de la fonction présidentielle. Il est l’unique responsable du dévoiement de cette fonction et de la transformation de son détenteur en une personnalité caricaturale, objet de moquerie et de sarcasme non seulement de la part des médias et de la classe politique, mais du simple citoyen.

Mais en république kafkaïenne, on n’est jamais au bout de nos peines ni de nos mauvaises surprises. On comprend que Moncef Marzouki soit aigri et habité par une haine inextinguible envers les journalistes qui, il est vrai, ne l’ont guère ménagé durant ses deux années de présidence. Mais ce que l’on ne comprend pas, c’est cette manière irrationnelle de se venger, digne plutôt d’un adolescent qui, malmené et ridiculisé, sort de ses gonds et met le feu à la baraque.

Car, ce qu’a fait ce président-pyromane en publiant son « Livre noir », c’est de mettre le feu dans un endroit entouré de barils bourrés d’explosifs. Voulant soulager sa haine des journalistes, il n’a finalement fait que créer un autre foyer de tensions dans un pays au bord de l’explosion et, par un effet de boomerang, se mettre lui-même et la fonction qu’il occupe dans une situation intenable.

A un moment où les terroristes guettent les occasions pour se manifester et cherchent à « mettre à jour » leurs listes des « ennemis à abattre », jeter en pâture des centaines de personnes « accusées » d’avoir « collaboré » avec la dictature, et ce en dehors du cadre légal de la justice transitionnelle, est un crime en lui-même. Le deuxième est que celui qui a publié cette liste est un président de la République censé être celui de tous les Tunisiens et censé protéger leur sécurité et non la mettre en danger. Le troisième crime est que cette liste a été faite à partir d’archives présidentielles, propriété de l’Etat tunisien et non de la personne du président qui en fait ce qu’il veut, en violation flagrante de la loi. Le quatrième crime est celui du parjure. Ayant juré sur le Coran qu’il respectera la loi, le président Marzouki l’a enfreinte et, comme tout citoyen qui enfreint la loi, est passible de jugement devant les tribunaux.

D’ores et déjà, des dizaines, peut-être des centaines de personnes citées abusivement et illégalement dans le torchon présidentiel se préparent à intenter des procès au président de la République. Elles ont à leur côté la loi et l’opinion publique nationale et internationale. Quant à l’auteur du « Livre noir » et de ses conseillers, ils se sont mis d’eux-mêmes au pied du mur avant même la distribution de leur œuvre. Voulant mettre en difficulté les journalistes qui ont obstinément refusé de se dessaisir de la liberté conquise au lendemain du 14 janvier 2011, Marzouki et ses conseillers se sont mis eux-mêmes en difficulté avec l’opinion et avec la justice. Ils doivent se mordre les doigts et vivront longtemps avec le remords classique mais tenace de l’arroseur arrosé.

1 COMMENTAIRE

  1. République bananière ? Il n’y a ni bananes ni machetes ; c’est plutôt République Banania pour pantouflards .
    Le combattant suprême a liquidé la pensée libre et l’initiative à coups de Fly Tox et a offert à Couscous Connexion qui l’a enfermé et bouclé le pays devenu pâture des gangs.
    La grande Allemagne avec tous ses savants et prix Nobel stérilisée pendant quelques années par les Nazis a mis plus de quarante ans pour se regénérer intellectuellement , moralement et scientifiquement. Ils n’ont commencé à avoir des prix Nobel que dans les années 1980 .
    Que dire de la Tunisie, tenue par les meddebs du « droit  » ou de la religion , version béni oui-oui et toutes sortes d’apparatchiks léche-culs, qui se cherche encore une identité .
    Une révolution culturelle est urgente et une refonte de tous les lexiques .

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