Le désir de revanche s’accentue et la Tunisie baigne dans son noir

Pauvre Tunisie, teintée, du Sud au Nord, d’Est  en Ouest, de noir comme jamais dans son histoire : Livre noir, drapeaux noirs, menaces terroristes, méli-mélo politique, des jours de deuil…et plusieurs autres scènes décidément d’horreur que nous venons de voir et de vivre.

En Tunisie, les samedis sont généralement jours d’affluence dans les villes tunisiennes. En me promenant samedi dernier dans la capitale, j’étais étonné de voir les rues abandonnées très tôt. Les boutiques, les magasins, les cafés, les bars désertés par leurs clients. Un air de tristesse régnait partout, visible sur les visages réduits au désespoir. Le moral des Tunisiens est aujourd’hui à son plus bas niveau.

« Aujourd’hui il n’y a plus de sécurité. Je dois rentrer chez moi avant 20h. Les samedis ne sont plus comme avant. Ça fait peur la nuit », déplore le chauffeur du taxi  qui m’a déposé au centre-ville.

Certes, les ambiguïtés compliquent davantage la situation et tous les signaux (économiques, politiques et sociaux) sont aujourd’hui extrêmement graves. Les rêves des Tunisiens de voir une nouvelle Tunisie prospère sont confisqués.

Les ennemis de l’intérieur sont plus dangereux que ceux de l’extérieur. Les vrais ennemis de la Tunisie ne sont que ses fils. Les vrais ennemis de ce pays sont les égoïstes et les profiteurs, ceux qui aliment leur soif par le désir de revanche.

Ils n’ont pas, peut-être, su durant trois ans de transition tirer les leçons ni de l’Histoire, ni de l’expérience de la transition démocratique dans d’autres pays comme l’Afrique du Sud. Le désir de revanche est donc devenu une première obsession.

Le clivage qui s’est installé dans le pays se dessine de plus en plus entre Tunisiens comme du jamais vu. Il semble que le souci majeur d’aujourd’hui est de mener une cohabitation plus conflictuelle que constructive.

Pis encore : une grande majorité de Tunisiens estiment que les mensonges sont placés au même niveau que la réalité. Ils considèrent que les profiteurs et les prédateurs ont parfaitement réussi à rendre plus difficile leur vie avec surtout ses lourdes charges quotidiennes.

Sur l’archipel politique tunisien, la répétition quant au dialogue national des mêmes arguments est  inquiétante.  Ce dialogue national a aggravé, avec beaucoup d’amertume, l’inquiétude qui ronge le cœur des Tunisiens quant à l’avenir de leur pays et il n’y a rien encore de positif. L’échec du dialogue national serait une autre page noire dans l’histoire de la Tunisie. Ce serait un pas en arrière dans le processus de la transition démocratique.

De l’autre côté, sur un ton de menace, comme s’ils voulaient faire peur aux Tunisiens, les politiques parlent tous des turbulences imprévisibles dans les prochains jours et mois.

Malheureusement, les voix pacifiques, optimistes et appelant à l’apaisement et à la construction, se sont moins fait entendre que le tapage des grévistes et  les déflagrations des mines du mont Chaâmbi. Au lieu de prendre le taureau par les cornes, les intellectuels sont en train de se mettre à la remorque des bellicistes. C’est une réalité qui est devenue évidente.

Aujourd’hui comme hier, au lieu de se consacrer à reconstruire le pays, on s’ingénie à diaboliser l’autre, plutôt l’adversaire. Déloger et balayer le gouvernement est le seul souci de l’opposition sans, pour autant, donner les solutions au chômage, aux disparités régionales et au fléau de la contrebande. La gestion de ces dossiers s’avère désastreuse. En regardant de près la façon dont ces dossiers ont été traités, on s’aperçoit qu’on est passé à côté des vrais objectifs d’une révolution qui se trouve sabordée. Les résultats sont nettement  en deçà des espérances du peuple.

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