La contrebande des cigarettes : 500 millions de dinars partis en fumée

Le secteur du tabac contribue aujourd’hui à hauteur de 6 à 7% aux ressources budgétaires de l’Etat et fait vivre environ 44 000 familles tunisiennes. Toutefois, ce secteur est confronté à plusieurs difficultés dont, notamment, la baisse de la capacité de production et la détérioration de la qualité de certains produits et l’éparpillement du secteur.

En effet, la production de cigarettes a baissé de 755 millions de paquets en 2007 à 466 millions en 2012, soit une baisse de 38,3%. Cette baisse s’explique essentiellement par la diminution de la consommation et l’arrêt d’un contrat de sous-traitance avec la société japonaise JTI.

Cela a provoqué la détérioration de la qualité de la marque « 20 Mars léger » qui représente environ 40% de la consommation. L’arrêt de ce contrat a contribué à la baisse de la production dans cette marque très prisée sur le marché.

S’agissant de la commercialisation, l’importation de cigarettes a connu une évolution remarquable ces dernières années. La vente des cigarettes importées a progressé de 52 millions de paquets vendus en 2007 à 156 millions de paquets en 2012, soit une hausse de 23,9%. La hausse de la consommation de cigarettes importées a coûté au budget de l’Etat une hausse du coût d’importation de 111 millions de dinars entre 2007 (40 millions de dinars) et 2012 (151 millions de dinars).

La différence entre le prix d’achat et de vente aux consommateurs des cigarettes importées a coûté aux deux principaux établissements du secteur, à savoir la RNTA et la Manufacture de tabac de Kairouan (MTK), des pertes estimées à 160 millions de dinars durant les quatre dernières années. Pour sa part, l’Etat s’est trouvé dans l’obligation de combler le déficit en liquidité auprès de ces deux établissements.

S’agissant de la distribution, le nombre de permis d’exploitation (légaux) a progressé de 9000 avant la révolution à 13000 actuellement, soit une progression d’environ 45%.

En Tunisie, il faut aussi compter les 23 000 autres points de vente (fruits secs) qui assurent l’écoulement sur le marché d’environ 65% du total des points de vente.

Autre problème du secteur : la contrebande. Une récente étude de marché a montré que ce fléau représente environ 42% du marché du tabac en Tunisie, ce qui coûte au budget de l’Etat des revenus de l’ordre de  500 millions de dinars.

L’absence du marché de la marque « 20 Mars léger » a banalisé l’intervention de plusieurs intermédiaires (grossistes) dans les circuits de distribution, une concurrence déloyale et une spéculation en matière d’approvisionnement en cette marque dont le prix de vente aux consommateurs a augmenté d’environ 33% par rapport au prix réel fixé par l’Etat.

Baisse de la production nationale

Le Directeur Général de la RNTA trouve ainsi inadmissible de voir ce phénomène évoluer davantage, en jugeant également intolérable la baisse de la production nationale du tabac. Entre 2007 et 2012, la production nationale a baissé d’environ 65%. Selon les chiffres officiels, pour la même période, le nombre de planteurs de tabac a également baissé de 11 093 à 4682. Cela est dû essentiellement à l’augmentation du coût de la production et aux aléas climatiques enregistrés ces dernières années.

Tous ces problèmes ont relancé le débat sur la nécessité d’engager des réformes pour organiser ce secteur. Le directeur de la RTNA n’a pas manqué, à cette occasion, d’annoncer que l’Etat envisage de prendre certaines mesures urgentes et d’autres à moyen terme pour faire face aux maux du secteur.

Les réformes

Pour faire face à la baisse de la production, M. Chebbi a dévoilé que des négociations sont actuellement en cours avec la société japonaise JTI en vue d’acquérir ses machines. Les autorités concernées envisagent l’acquisition de nouvelles machines de fabrication de tabac.

Dans ce même cadre, la RNTA a opté pour le lancement de nouvelles marques et la recherche d’un partenaire stratégique pour renforcer les capacités du secteur.

Quant au déficit et aux déséquilibres financiers des établissements du secteur, le ministère des Finances envisage, à l’instar d’autres pays, de revoir à la baisse de 77 à 70% la pression fiscale imposée aux cigarettes. Les autorités de tutelle comptent également mettre en place, au profit des débits de tabac, un cahier des charges et des contrats d’exploitation pour l’amélioration des bénéficies.

Interpellé par l’Economiste Maghrébin sur l’éventuelle dégradation environnementale aux environs de la Manufacture de Tabac de Kairouan (MTK), située en plein centre-ville, son directeur général, M. Faouzi Ben Khalifa, a affirmé que toutes les mesures nécessaires ont déjà été prises pour empêcher toute pollution nuisible aux habitants à proximité de l’usine.

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