La construction est-elle devenue moins importante que la destruction ?

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Certains économistes adoptent une position plus radicale. Ils donnent la prééminence à une autre économie, hors normes, et échappant aux schémas classiques et reconnus : l’économie parallèle. Mais en fait de quoi s’agit-il ? Quel est son ampleur ? Quels sont ses enjeux ?

Connue depuis longtemps, elle a évolué rapidement au gré des époques, en fonction des restrictions règlementaires imposées par la loi et de la difficulté de son contrôle. Rien que ses composantes ne font pas l’unanimité des économistes. Même si tout le monde convient de son existence et la désigne par celle qui échappe à la comptabilité nationale et au contrôle de l’Etat, sa définition reste floue. Comme elle se développe souvent en période de crise et qu’elle absorbe une part croissante de la population, elle est encore occultée par le vocabulaire économique.

Ses aspects multiples ne font pas l’unanimité des économistes autour de son appellation. Rappelons que selon les auteurs on la désigne par « économie souterraine »,  «informelle», «cachée», «occulte», «immergée», «non expliquée», «underground», «parallèle», «système D»…

Selon une étude que nous avons publiée dans la Revue des sciences sociales N° 82/83 -1985 intitulée : L’économie souterraine  Mythe ou réalité ? Nous avons tenté de la définir et de la quantifier. Nous l’avons estimé malgré l’information statistique peu fournie à cette époque (1982), à près de 40% du Produit intérieur Brut. Or il est évident que ce chiffre est loin de la réalité d’aujourd’hui. Il suffit d’estimer la fraude fiscale, les revenus provenant d’activités illégales (transactions non déclarées même celles qui ont terni l’image de l’ANC, les dons non comptabilisés, les subventions occultes des partis et des associations, la sous-imposition des revenus non-salariés…). L’évolution du rapport monnaie en circulation sur le dépôt à vue peut nous donner une idée précise du phénomène.

Il est évident que cette forme d’économie ne peut se substituer à l’économie officielle. Elle ne peut que la compléter et assurer une décompression en temps de crise. Prétendre la réglementer ne peut aboutir qu’à l’échec puisque par essence elle naît du non-respect de la loi. Elle se propage avec ses propres lois qui aboutissent à faire diminuer le chômage tout en fournissant des services à la vie communautaire. On ne peut ignorer l’aide qu’elle fournit en atténuant les tensions et procurant un minimum de subsistance dans une économie piégée par le politique et mise en somnolence. Il est incontestable de lutter contre certaines de ses composantes néfastes et source de destruction de la société civile, comme cet argent politique, les pots de vin, voire la fraude fiscale…La périphérie où naît l’économie parallèle doit être abordée avec prudence. L’objectif étant de maintenir une marge de manœuvre pour lutter contre la pauvreté absolue qui gagne du terrain depuis la révolution. Ses activités si elles sont marginales et peu rétribuées, contribuent à maintenir un équilibre dans la société. Elles peuvent aider le système économique officiel à fonctionner sans heurts et sans déchirements.

Le temps de la construction est-il devenu moins important que celui de la destruction ? A l’heure où la société est menacée de toute part dans ses fondements, la répression ne pourrait que se traduire par l’éclatement et la violence. Ces deux phénomènes étranges à notre culture et à nos traditions guettent l’harmonie d’une œuvre que les martyrs ont payée de leur vie. Comment mieux imaginer le futur et construire des scénarios de développement alors que le populisme et le double langage sont choisis par des politicards, en mal de notoriété, pour détricoter des siècles de construction vers le progrès et la modernité.

 

 

 

 

 

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