Le problème, c’est que le pays n’est connu que pour son image de soleil et mer.

Extraits de l’interview de M. Jamel Gamra, ministre du Tourisme , parue dans la version papier n° 618 du 27 au 11 décembre 2013 de l’Économiste maghrébin, actuellement en vente dans les kiosques.

 

Monsieur le Ministre, combien de personnes sont-elles occupées dans le secteur ?
Nous estimons à 400.000 le nombre de personnes employées par le secteur. Le cinquième de la population tunisienne vit du tourisme. 10% de la population mondiale est employée par le tourisme. C’est un secteur à forte employabilité. Ceci fait qu’aucun gouvernement ne peut occulter l’importance économique que revêt le secteur qui intéresse l’emploi, l’apport en devises, l’investissement, le social,…
Aussi et en raison de son apport essentiel au pays, nous sommes en train de procéder à l’établissement de la carte du tourisme de la Tunisie. Cette démarche va concerner même les villages où nous passerons le message aux habitants pour qu’ils s‘approprient le tourisme local et qu’ils tirent avantage de ses revenus.

A quel niveau se situent, aujourd’hui, les premiers résultats de la mise en œuvre de la stratégie de développement du tourisme en Tunisie ?
Durant les 7 mois de ma présence au sein de ce département, nous avons tous travaillé dans l’urgence, avec pour souci premier de sauver la saison et l’arrière-saison, autour de quatre axes à savoir l’environnement, la sécurité, la Dualité des services et la promotion. Il faut dire qu’au départ de l’action, nous étions à – 40% en nombre de visiteurs par rapport à l’année précédente et que la tendance était négative. Malgré toutes les difficultés tant au démarrage qu’en cours d’exécution, le travail mené a donné certaines satisfactions, puisque le pays est passé de – 40% à + 5,7% de touristes reçus au 31 octobre 2013.

Mais alors, comment expliquer le décalage entre les résultats chiffrés et la perception tant par le public que par les politiques eux-mêmes qui ne semblent pas voir de la même manière le comportement du secteur touristique dans notre pays ?

Il est vrai que les gens jugent souvent moins la réalité que la perception de cette réalité. Si celle-ci est mal perçue contre toute attente, c’est qu’il y a matière à améliorer notre communication à cet effet. Mais les résultats sont là et la progression enregistrée reste respectable en termes d’entrées comme de revenus, avec + 3% en dinars.

Oui mais en devises ?
Le -1,7% de recettes en devises provient du fait que les contrats hôteliers ont été libellés en dinars alors qu’il existe une recommandation de la Banque centrale pour privilégier l’établissement de contrats en euros. Si tel avait été le cas, nos recettes touristiques auraient tiré profit du glissement du dinar.

Avez-vous pensé à impliquer les institutions de financement comme les Sicars dans la mobilisation des fonds nécessaires dans votre votre stratégie d’investissement et l’élaboration de la carte touristiques ?
Ce qu’il est possible d’avancer à ce stade, c’est que chaque fiche projet donne une estimation des investissements et du nombre d’emplois envisagés. Pourquoi avoir choisi de travailler en premier sur la carte ? La raison vient, d’abord, du souci d’impliquer dès à présent les régions dans les processus de décision et des choix de développement et ensuite de celui de diversifier le produit touristique tunisien, une nécessité si l’on veut sortir de cette seule image de pays offrant soleil et mer. Le touriste aujourd’hui cherche à connaître les régions dans leur profondeur et non superficiellement, à travers des visites éclairs. A cette fin, c’est à la région que revient le fait de faire connaître ses spécificités.

Pour développer le tourisme, il y a également l’image de sérénité et de confiance, sans laquelle il sera difficile d’attirer et le touriste, et l’investisseur…
C’est ce qui rend l’exercice délicat. Il faudrait également ajouter la salubrité et la propreté des lieux. Le département du tourisme a été même amené à construite une route à Jerba, pour faciliter l’accès à une décharge. Coût : 0,5 million de dinars pris sur notre propre budget.
J’ai eu l’occasion, à maintes reprises, de relever de bonnes dispositions auprès des pays partenaires. Nous venons ainsi de passer un accord de partenariat avec l’Association mondiale pour la formation touristique et hôtelière (AMFORTH) pour étudier la mise en place de la meilleure formule possible de formation dans l’urgence.

Vous avez signalé que la solution à la problématique de l’endettement piétine mais peut-on espérer voir le bout du tunnel ?
Cette problématique préoccupe aussi bien les instances nationales qu’internationales. Des propositions de sortie de crise ont été faites comme celle de laisser intervenir l’ « Asset Mangement Company » (AMC) pour prendre en charge les dettes les plus critiques, estimées à 1,2 milliard de dinars, pour une dette globale située autour de 3 milliards de dinars. Sur le sujet, il y a une réelle prise de conscience de l’ensemble des opérateurs, tant publics que privés.
Ainsi, j’ai invité l’ensemble des concernés à mettre à plat cette situation et à l’examiner avec tout le courage et la transparence nécessaires pour adopter des solutions de sortie de crise. Il existe une proposition qui consiste à créer une institution publique disposant d’un fonds spécifique pour présenter des solutions aux hôteliers en difficulté comme, entre autres, le rachat de la dette, la prise en charge de la gestion de l’unité,…Cette proposition bute, pour l’instant, sur une réserve, d’ordre juridique, émanant de la Justice et relative aux attributions d’une telle institution.

Nous sommes actuellement aux portes de l’hiver, période favorable au tourisme saharien. Où en sommes-nous sur ce point ?
Le problème, c’est que le pays n’est connu que pour son image de soleil et mer. Celle-ci se trouve aujourd’hui dépassée. Il devient nécessaire d’identifier l’élément qui va nous différencier de nos concurrents. Celui-ci pourrait être le Sahara et ses oasis, qui ont une spécificité typiquement tunisienne….Toutefois, cela nécessite des budgets conséquents à mettre à la disposition des régions concernées, laquelle doit prendre, sous sa responsabilité, à la fois son développement touristique et sa promotion pour faire décoller la région de Tozeur.

C’est effectivement une bonne initiative que de permettre au sud du pays d’avoir une chance d’assurer sa propre promotion d’autant qu’en 2008, la région a été pionnière avec les premières revendications sociales, notamment à Gafsa. C’est là l’un des processus capable de les sortir de la marginalisation par la responsabilisation…

C’est en effet l’objectif premier visé par la carte touristique du pays. Permettre à chaque région de s’assumer en mettent en valeur ses spécificités et en les faisant connaître.

Est-ce que la prochaine loi de finances 2014 risque de gêner l’activité promotionnelle du tourisme ?
Pour ce qui concerne le ministère du Tourisme, son budget ne sera pas modifié. Il sera maintenu dans son intégralité d’autant que 95% de son titre II va à la promotion à laquelle il est difficile de toucher. Le budget du département sera reconduit tel que prévu.

Pour ce qui est du tourisme de croisière, disposez-vous d’un programme particulier ?
Dans la matrice investissement, l’un des volets, comme signalé auparavant, intéresse le tourisme de plaisance et de croisière. Nous constatons déjà, avec satisfaction, le retour des croisiéristes et nous espérons, pour cette année, dépasser le nombre de 700.000 visiteurs. Pour développer certaines escales, nous étudions, avec le ministère du Transport, la mise en place, au port de Sousse, de quais croisiéristes et nous œuvrons également pour l’entrée en activité de la Marina de Bizerte.

 

 

 

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