Le financement des campagnes électorales sous la loupe des experts

Rien qu’en écoutant les interventions qui ont été présentées ce matin dans le cadre de la conférence scientifique intitulée « Le financement des campagnes électorales tenue par The Center of the Study of Islam and Democracy , on se rend compte que les élections du 23 octobre sont loin d’être parfaites et que plusieurs réformes restent à effectuer d’ici  les prochaines élections.
Cette  conférence scientifique  s’est tenue alors que le code électoral est encore en cours de préparation par les députés de l’Assemblée nationale constituante.  Dans ce contexte, où la majorité des instances sont provisoires et où la probabilité de la démission du gouvernement est presque acquise  selon la feuille de route du quartet.

Pour mettre le sujet dans son contexte, Nabil Labassi avocat, activiste en droits de l’Homme, expert en élection et membre fondateur de l’Observatoire Chahed, a déclaré que la conférence n’est qu’une initiative qui sera suivie par d’autres afin de traiter le sujet du financement des campagnes électorales sous tous ses angles. Il a ajouté que la relation entre l’argent et les campagnes électorales n’est pas toujours évidente et que «  le pouvoir de l’argent n’est pas toujours capable d’inverser la situation » avant de faire allusion auximportantes sommes d’argent dépensées par le président de l’UPL pour ne récolter en définitive qu’un seul siège durant les élections de l’Assemblée nationale  constituante.
«  Une concurrence entre les programmes politiques où l’achat de voix n’a pas sa place ».  C’est ainsi que M. Labbassi définit la campagne électorale, ce qui exclut toute influence financière sur les électeurs.

Dans une perspective comparative, il a évoqué le cas des Etats-Unis : «  L’électeur américain  opte souvent pour le parti qui dépense plus d’argent au cours de sa campagne électorale car selon lui, une fois qu’il a pu convaincre les bailleurs de fonds de financer son parti, ils le considèrent comme un stratège et politicien ayant un programme qui tient la route ». Ce qui s’oppose à l’imaginaire de l’électeur tunisien «  qui demeure imprégné par la culture politique française », nuance-t-il. De là vient la nécessité du financement public pour les campagnes électorales «  afin d’assurer l’égalité des chances entre les partis et éviter d’autres sources suspectes de financement ». Cette vision qui paraît optimiste et rassurante n’était pas tout à fait partagée par Mme Hasna Ben Slimane, déléguée de l’Etat et juge auprès du Tribunal administratif qui a présenté dans son intervention les avantages et les inconvénients du financement public des campagnes électorales. L’intervenante a essayé d’adopter une démarche objective pour analyser le mécanisme du financement public.

Le financement public des campagnes électorales fait usage de l’argent des contribuables, ce qui implique un minimum de transparence et d’équité dans sa distribution aux partis qui participent aux élections. Si l’Etat finance les campagnes électorales, cela ne peut qu’impliquer la transparence  et l’équité. Cependant, «  le parti au pouvoir pourrait distribuer l’argent à sa guise tout en privant certains et en favorisant d’autres »,  dit-t-elle.

Assurer le financement public  des campagnes électorales des partis demeure aussi un moyen pour éviter les financements louches notamment quand il s’agit de relations étroites entre les présidents de partis politiques avec des hommes d’affaires, ajoute –t-elle. Il ressort de cette intervention que le financement public n’est pas une solution efficace vu les  infractions commises par quelques partis.
Par ailleurs, les statistiques avancées par  Fadhila Gargouri, chef de département à la Cour des comptes, ont présenté les difficultés rencontrées par la Cour des comptes en matière de contrôle des dépenses d’autant que chaque parti doit déposer après les élections un bilan financier sur son financement: 61% des listes électorales n’ont pas présenté leurs carnets de dépenses, ce qui a empêché la Cour des comptes de préparer son dernier rapport.

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