« La Tunisie des frontières : jihad et contrebande »

Un rapport de l’International Crisis Group souligne que tant que la perméabilité des frontières tunisiennes ne sera pas réduite, la contrebande développera les capacités de nuisance des jihadistes tout en augmentant la corruption de certains agents de contrôle. Au-delà de la nécessité de résoudre la crise politique actuelle, l’ensemble des acteurs nationaux doivent mettre en œuvre des mesures sociales et économiques destinées à réduire cette porosité.

Les conclusions et recommandations principales du rapport sont les suivantes :

  • Les soubresauts du soulèvement tunisien et de la guerre en Libye ont entraîné la réorganisation des cartels de la contrebande, diminuant le contrôle précédemment exercé par l’Etat et ouvrant la voie à des trafics bien plus dangereux.
  • Des drogues dures ainsi que de petites quantités (pour l’instant) d’armes et d’explosifs sont régulièrement importées de Libye. De même, la moitié nord de la frontière avec l’Algérie sert de plus en plus au transit de cannabis et d’armes légères.
  • Criminalité et islamisme radical tendent à devenir indissociables dans les zones périurbaines des principales villes du pays ainsi que dans certains villages déshérités. Le développement de cet« islamo-banditisme » pourrait à terme créer les conditions propices à une montée en puissance de groupes mixtes (jihadistes et criminels) dans les filières de contrebande transfrontalière.
  • La solution aux problèmes frontaliers passe évidemment par des mesures sécuritaires, mais celles-ci ne suffiront pas. Un dialogue avec les populations locales doit être établi afin d’améliorer les relations entre autorité centrale et habitants des régions limitrophes de manière à renforcer les capacités des services de renseignement.

« Quelle que soit la sophistication technique du dispositif de contrôle frontalier, les habitants des zones limitrophes, organisés en véritables réseaux et comptant parmi les populations les plus pauvres du pays, resteront en mesure de faciliter et d’empêcher le passage de marchandises et d’individus », explique Michaël Béchir Ayari, analyste principal pour la Tunisie. « Or, plus ces habitants seront frustrés sur le plan économique et social et plus leur inclinaison à protéger le territoire diminuera ».

« A plus long terme, seul un consensus minimal entre forces politiques sur l’avenir du pays permettra une approche réellement efficace», estime pour sa part Issandr El Amrani, directeur du projet Afrique du Nord. « En attendant, tous les acteurs doivent travailler ensemble sur les moyens de renforcer le contrôle des limites territoriales, améliorer les relations entre Etat et habitants des zones frontalières et affermir les relations intermaghrébines ».

 

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