Mohamed Ould Abdelaziz a-t-il gagné son pari ?

A l’heure où nous publions ce papier sur les élections législatives et municipales en Mauritanie (23 novembre -7 décembre 2013), les quelques résultats, du reste très partiels et de surcroît du premier tour, donnent une bonne avancée à l’UPR (Union pour la République), parti du président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, et à Tawassoul, le parti islamiste dirigé par Jamil Ould Mansour.

Longtemps ajournées depuis notamment l’accession du président mauritanien au pouvoir, en 2009, à la faveur d’une élection présidentielle, organisée sous contrôle international, en raison de l’absence d’un consensus entre ce dernier et l’opposition, ou du moins d’une frange dite « radicale », les élections se tiennent dans un climat plus ou moins tendu.

Il faut dire que la COD (Coordination de l’opposition mauritanienne), constituée de onze partis, et dont le fer de lance n’est autre qu’Ahmed Ould Dadda, n’a jamais voulu du président Ould Abdelaziz. Le coup d’Etat militaire opéré par celui-ci en 2008 contre  le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi  a constitué plus qu’un péché pour eux.

Mohamed Ould Abdelaziz a tenu parole

Dix des onze partis de la COD ne participent pas aux élections législatives et municipales qu’ils ont souhaité reporter, estimant qu’il n’existe pas de garanties afin qu’elles puissent se dérouler dans des conditions de transparence et surtout de saine compétition. Pour le COD, l’UPR utiliserait les moyens de l’Etat pour faire sa campagne électorale comme il utiliserait des moyens illégaux pour gagner les élections.

La CNEI (Commission nationale électorale indépendante), instituée en 2012,  chargée de    « l’ensemble du processus électoral qui va de l’inscription sur les listes électorales à la proclamation provisoire des résultats en passant par l’organisation du scrutin », a évoqué cet aspect des choses dans un communiqué qu’elle a publié, le lundi 11 novembre 2013, alors que la campagne électorale battait son plein.

Des informations font, par ailleurs, état du recours de l’Etat mauritanien à un prestataire chargé de l’édition des bulletins de vote, la société Smith and Ouzman, qui est d’ailleurs poursuivie en Grande-Bretagne pour corruption. D’autres informations – en fait des accusations d’opposants – révèlent que des militants de l’UPR ont voté avec « leurs propres bulletins amenés de chez eux ». L’Etat a décidé, à ce propos, et afin d’éviter toute irrégularité, d’éditer un bulletin unique comportant la liste de tous les partis participant au vote, accompagnés de leur logo.

Malgré l’évolution des résultats et les irrégularités qui ne manqueront pas d’être mises en avant, ces élections constituent un rendez-vous politique important. Qui ne peut occulter le fait que le président Ould Abdelaziz a réussi un pari important. D’autant plus, estiment de nombreux observateurs, qu’il a tenu parole devant l’opinion publique mauritanienne en respectant à la lettre toutes les doléances de l’opposition radicale. La COD avait notamment demandé la mise en place d’une CNEI et d’un ONE (Observatoire national des élections). L’élection est surveillée par 190 observateurs nationaux. Sans compter les observateurs étrangers. Ahmed Ouyahya, ancien Premier ministre algérien (1995-1998 et 2003-2006) conduit, à ce propos, la mission d’observation de l’Union Africaine (UA).

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Autre dirigeant qui pourrait sortir renforcé de ce rendez-vous, Jamil Ould Mansour, président de Tawassoul, qui a fait défection à la COD, à laquelle il continue cependant d’appartenir. Ce parti islamiste a accepté d’aller au charbon, malgré toutes les réserves qu’il a exprimées quant au déroulement du scrutin. Les premiers résultats donnent à penser qu’il pourrait devenir le deuxième parti mauritanien.

Quid d’Ahmed Ould Dadda, président du Rassemblement des forces démocratiques, qui a refusé jusqu’au bout de présenter des listes aux élections législatives et municipales des 23 novembre et 7 décembre 2013 ? Ancien gouverneur de la Banque centrale mauritanienne (BCM) et ministre des Finances, ce frère de Mokhtar Ould Dadda, le père de la nation mauritanienne, joue peut-être son avenir politique. D’autant plus que ce grand leader de la scène mauritanienne est âgé de 71ans. Comme son adversaire Mohamed Ould Abdelaziz, il regarde du côté de l’élection présidentielle de 2015. Qui sait ?

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