CPG-GCT, entre la grogne sociale et un développement qui tarde à venir

Alors que les villes de Gafsa et de Gabès vibraient hier de colère, dans le cadre des grèves générales auxquelles ont appelé les représentations régionales de l’UGTT, de l’UTICA, de l’Ordre des avocats et de la LTDH, le PDG de la Compagnie des Phosphates de Gafsa, également PDG du Groupe Chimique Tunisien dont le principal pôle industriel est implanté à Gabès, a été l’invité de la l’ANC.

Des projections optimistes

La commission de la réforme administrative et de la lutte contre la corruption a en effet auditionné Mohamed Néjib Mrabet sur la situation actuelle du groupement CPG-GCT. Une situation qui, malgré les difficultés, ne semble pas décourager ce responsable récemment nommé en juin 2013, du moins pour l’année prochaine. « En 2014, les réserves de phosphates, si l’on n’a pas de problèmes de transport, permettront au GCT de fonctionner à 80 – 85% de sa capacité », a-t-il estimé.

Les estimations du PDG s’affirment même pour les trois années à venir. «  D’ici 2018, la production annuelle de la CPG s’établira à 10 mille tonnes par an, soit une augmentation annuelle de deux mille tonnes par rapport à la production annuelle actuelle », a-t-il calculé.

Néjib Mrad, rapporteur de la commission, a communiqué à l’issue de l’audition des « chiffres révélateurs et importants» : «  Les réserves souterraines en phosphates s’élèvent à 1,4 milliard de tonnes. Avec une extraction moyenne annuelle de 10 millions de tonnes, ce stock naturel stratégique nous suffira pour plus d’un siècle », a-t-il annoncé.

Ces chiffres stratégiques viennent ainsi ajouter plus de poids à l’importance du couple CPG-CGT dans l’économie du pays. Le classement annuel des 500 entreprises tunisiennes les plus performantes,  un classement exclusif élaboré par le pôle Etudes de l’Economiste Maghrébin, indique en 2011 un chiffre d’affaires commun de 1764000 milliers de dinars. Une performance qui a placé, cette année là, les deux entreprises en troisième position après la STIR (4073096  milliers de dinars), la STEG (2740800 milliers de dinars) et l’ETAP (1928522 milliers de dinars).

Une réalité plutôt déplorable

Mais, analysé, notre classement laisse entrevoir une régression de 973500 milliers de dinars, de 2010 à 2011. Cette secousse survenue à la suite des événements du 14 janvier, s’est poursuivie depuis par des répliques : grèves sectorielles et générales, sit-in sur les rails des chemins de fers, suspension de travail, baisse de stocks du GCT, clashs entre protestataires et forces de l’ordre ou encore couvre-feux annoncés à la suite de contestations houleuses et parfois sanglantes autour des fatidiques concours de recrutement à la CPG…

C’est ainsi qu’on retrouve depuis plus de deux années déjà, la CPG et le GCT à la croisée des feux politiques : d’un côté, la Troïka, ses députés, les membres de son gouvernement, ses sympathisants et ses armadas d’activistes virtuels s’opposent aux suspensions des travaux sur les sites miniers, les assimilant même à « des actes terroristes ». De l’autre, les oppositions ressassant,  sporadiquement et occasionnellement, les longs épisodes de militantisme et de bravoure de la population du Bassin minier.

Entre-temps, l’axe Gafsa-Gabès continue, telle une plaie géante, à saigner. Les politiciens, toutes couleurs politiques confondues, en voulant que la situation revienne à la «  normale », essaient tant bien que mal de panser la lésion sans vraiment la soigner. Ceux qui s’en prennent aux habitants du Bassin minier  n’imaginent sûrement pas l’ampleur des dégâts. Ils n’auraient peut-être jamais entendu parler de Leishamniose, de brucellose, ni d’ostéoporose. Ces maladies, outre les leucémies infantiles et l’hépatite  A, sont le quotidien des Gafsiens et des Gabésiens, qui sont sortis hier réclamer, entre autres, leurs parts des facultés de Médecine annoncées par le ministre de la Santé, Abdellatif Mekki. Cela pour n’évoquer que le droit à la santé. La liste des autres droits fondamentaux, économiques et sociaux qui ne sont pas satisfaits est encore longue.

Si un Tunisien vivant là-bas prend la peine de dresser cette liste, ce ne sera que dans la rogne.

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