L’agence technique de télécommunications est créée: les anti « Ammar 404 » se rebiffent

Le gouvernement a créé l’Agence technique de télécommunications. Les activistes qui s’étaient auparavant opposés à Ammar 404, dispositif de censure et d’oppression,  dénoncent l’ATT et estiment qu’elle est la réincarnation du fameux Ammar404.

La blogosphère et les réseaux sociaux ne se sont pas reposés pendant le weekend. Facebook, Twitter et la communauté des blogueurs ont grouillé devant cette menace qu’est le « retour de Ammar 404 ».

« Ammar 404, refait surface sur le web tunisien avec une barbe, plus insidieux et surtout plus discret qu’avant », a ainsi réagi le groupe Anonymous face à la création, en vertu du décret 2013- 4506 du 12 novembre 2013,  de l’Agence technique de télécommunication (ATT), laquelle aura pour mission «d’assurer l’appui technique aux investigations judiciaires, dans les crimes des systèmes d’information et de la communication».

Dans une vidéo mise en ligne samedi 23 novembre, le mouvement hacktiviste, réitérant son « soutien au peuple tunisien dans la défense de ses droits et libertés, notamment la liberté d’expression, a en effet mis en garde contre ce « retour de la censure, que la plupart d’entre vous (les Tunisiens, ndlr) n’a pas remarqué».

« Le fait que le gouvernement tunisien se soit permis de violer la vie privée de son peuple nous a choqués et nous a poussés à prendre plus de précaution, car ceci signifie le retour des années d’oppression et de répression… D’abord il s’en prennent aux blogueurs, puis aux artistes, jusqu’a finir même par l’arrestation et la torture de tous ceux qui s’opposent.. », a ainsi fulminé la voix synthétique et truquée d’Anonymous.

Sur Twitter, un hashtag #StopATT a vu le jour, quelques jours avant la mise en ligne de la vidéo indignée d’Anonymous. D’autres hashtags se sont sitôt associés à la revendication principale : #StopA2T, #ATT, #A2T, #Ammar404, peut-on ainsi voir sur les fils des internautes tunisiens mobilisés dont certains ont posté des photos et des pancartes contre l’agence.

Le Parti Pirate de Tunisie, dont l’un des principaux leaders n’est autre que Slim Amamou, @slim404,  le blogueur s’étant distingué il y a  quelques années par sa lutte inlassable contre Ammar 404, est en entrain de mener la croisade contre l’ATT.

Et c’est bien dans la précision et la méticulosité que le @PP_TN a voulu riposter. Le communiqué de presse qu’il a publié le 19 novembre, explique à cet effet « qu’il est fort probable que cet avatar des services de surveillance généralisée du Ministère de l’Intérieur  vise des objectifs non communiqués et non réglementés. »

Déduction établie à partir de précisions faites « article par article».

Réagissant à l’article 2 du décret, les activistes du Parti Pirate relèvent que les « crimes des systèmes d’information et de la communication mentionnés dans le texte ne sont pas définis » et que les activités de l’agence peuvent ainsi « enfreindre à la liberté d’expression et la liberté de la presse par exemple ».

Pire, « le texte parle d’une structure appelée “systèmes nationaux de contrôle du trafic des télécommunications“, dont on ne connait pas l’existence », confirme le communiqué.

L’agence gouvernementale serait également entourée d’une opacité suspicieuse. « Le directeur de cet établissement est, selon l’article 4, désigné par le gouvernement, ce qui enlève de ses travaux les propriétés de neutralité et d’objectivité, et rend l’écoute de l’opposition envisageable », prévient-on.

L’article 15 du décret stipule par ailleurs que les recettes de l’agence comporte, en plus de la subvention du budget de l’Etat, « les dons et legs tout en considérant la spécificité des missions l’agence ». «  Ces dons et legs, rétorque le communiqué, pourraient être des équipements d’espionnage pouvant atteindre à la souveraineté de l’Etat ».

L’autre anomalie qui aurait mis à mal les hacktivistes : l’article 17 du décret. « Les agents en activité à l’agence technique des télécommunications continuent à bénéficier des primes et des avantages qui leur sont accordés à la date d’entrée en vigueur du présent décret. »

L’article signifie que l’agence est fonctionnelle avant même l’issue de son acte constitutif. Ceci est une violation de la loi aux yeux des pirates. Mais cette préexistence serait surtout synonyme de continuité. Ammar 404, pour eux, n’a jamais disparu et il retourne, réincarné dans la nouvelle ATT. « Un retour déguisé à travers un texte pseudo légal ridicule », c’est d’ailleurs ainsi que le Parti Pirates de Tunisie a titré son communiqué.

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