La sécurité alimentaire des Tunisiens est-elle menacée?

Securite alimentaire

Peut-on parler de sécurité alimentaire en Tunisie, dans un contexte mondial où prévaut « la croissance de la famine », les spéculations sur les marchés alimentaires et la volatilité des cours internationaux des produits de base? De plus, les politiques agricoles actuelles en Tunisie permettent-elles d’assurer la sécurité alimentaire ?

Que veut dire exactement sécurité alimentaire ?

Le terme de sécurité alimentaire a été défini lors du sommet mondial de l’alimentation en 1996, « en réaction à la persistance d’une sous-alimentation généralisée et à une inquiétude croissante quant à la capacité de l’agriculture à satisfaire les besoins alimentaires à venir ». En effet, « la sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine ». Il s’agit d’une notion plus générique que l’autosuffisance alimentaire, qui « est la capacité de satisfaire tous les besoins alimentaires d’une population par la seule production nationale. » Ou encore la souveraineté alimentaire, définie comme «  un  droit [international] des populations, de leurs Etats ou Unions à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping vis-à-vis des pays tiers ».

Des politiques agricoles en évolution

Selon Mohamed Ben Hdida, du ministère de l’Agriculture, les politiques agricoles en Tunisie n’ont jamais été figées, elles ont plutôt connu des phases de transition.

En fait, une rétrospective montre qu’entre les  années 56 et  62, l’agriculture a suivi un modèle extensif. Plus tard, entre 62 et  69, l’agriculture était axée sur un modèle de développement socialiste : les coopératives agricoles ont vu le jour. Ce modèle a cédé la place, pendant les années 70, à une agriculture orientée vers le marché, très  accentuée depuis les années 80.

Cette orientation vers le marché visait, selon M. Ben Hdida, le développement de la production et de la productivité, afin de satisfaire les besoins du marché intérieur, préserver le pouvoir d’achat du consommateur et consolider la sécurité alimentaire. Les politiques agricoles avaient également pour but de soutenir l’agriculture en garantissant des prix minimums pour certaines productions agricoles. La mobilisation et la préservation des ressources naturelles par la mobilisation des ressources hydriques, la lutte contre la désertification et le développement des infrastructures rurales étaient également dressées comme objectifs. Cependant, les récentes politiques agricoles ont montré un ensemble de limites face aux contraintes auxquelles fait face le secteur agricole.

De multiples contraintes

Si la balance alimentaire commerciale affiche un solde négatif depuis les années 90, ce n’est pas un simple hasard. Outre les contraintes purement climatiques, « les 2/3 du territoire tunisien sont  localisés dans les zones arides et subsahariennes. Les ressources hydriques mobilisables se font également rares : 2.7 milliards de m3 pour les eaux de surfaces et 1.98 milliard m3 pour les eaux souterraines », les exploitations agricoles, significativement morcelées, restent enclavées et isolées. En effet, les infrastructures restent rudimentaires ou bien inexistantes, reflétant « une situation foncière précaire » note M. Ben Hdida. S’ajoute à cela un taux d’endettement important et une politique des prix qui finalement s’est avérée inadaptée. Commentant la filière céréalière, qui n’a connu qu’une évolution de 7%  dans la production entre les années 90 et 2000, il assène : «  Si la situation se maintient, la sécurité alimentaire sera vraiment en danger ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here