La charge fiscale sera de nouveau portée par les entreprises et les individus

Noureddine Hajji, Associé Directeur général  Ernst & Young Tunisie, a accordé à nos confrères de l’Economiste Maghrébin (magazine) une interview exclusive publiée dans sa dernière livraison en date du 13 novembre 2013. Ci-après quelques extraits.

 

Quelle lecture vous inspire le projet actuel du budget de l’Etat ?

Ce projet traduit bien l’état critique de la situation passée et exprime également les inquiétudes que suscitent les choix pour la période à venir. Mais la première source d’inquiétude concerne le déficit budgétaire. Le budget table sur un point d’atterrissage de 7% environ de déficit budgétaire à fin 2013. En soi, un déficit de 7% du PIB, même si c’est relativement élevé comparé par exemple aux 2% en 2009 et 2010, reste acceptable, notamment dans le cas où il trouve son origine dans des dépenses d’investissement (…) Mais, si on ajoute le déficit cumulé des entreprises publiques au déficit nominal de l’Etat, le déficit budgétaire ira bien au-delà des 7%.

Ensuite, pour faire face aux dépenses, l’Etat a eu recours à l’endettement intérieur et extérieur, mais aussi aux revenus des privatisations et de cession des biens confisqués. Il faut y ajouter une ponction, en 2013, à hauteur de 1 000 millions de dinars sur les recettes de privatisation de Tunisie Télécom, mises en réserves depuis 2006. C’est dire qu’on est en train de vendre les joyaux de la couronne (…) Et le pire est que ce n’est pas pour financer des investissements,  mais pour faire face à des dépenses d’exploitation.

Les projections de 2014 tablent sur une augmentation des recettes fiscales de 8%. Sachant que l’on projette un taux de croissance de 4%, cela signifie qu’on va aller chercher de nouvelles niches fiscales ou que l’on va augmenter la pression fiscale. Au vu de l’examen des dispositions fiscales contenues dans le projet, on prévoit notamment, en tant que mesures phares, l’imposition des entreprises exportatrices (au taux de 10%) et une imposition des résidences secondaires au niveau des personnes physiques.

(…) Lorsqu’on ne s’attaque pas d’abord ou en même temps de façon rigoureuse aux fraudeurs, aux hors la loi, aux faux forfaitaires et aux acteurs de l’économie informelle, cela signifie qu’on opte, encore une fois, pour les solutions de facilité et ceci est regrettable. La charge fiscale sera de nouveau portée par les entreprises et les individus, qui sont au moins plus transparents que les hors la loi. Ceci va attiser le sentiment d’injustice et de frustration.

Qu’est-ce qu’on aurait dû faire ou qu’est-ce qu’on peut faire ?

Pour pouvoir engager avec succès des réformes structurantes, on devrait définir une vision claire et globale à moyen et long terme et avoir la crédibilité pour engager l’ensemble des parties prenantes dans la mise en œuvre des réformes et le courage pour les mener à bout parce que, par définition, les réformes ne peuvent pas plaire à tout le monde. Il faudrait de la ténacité et une certaine neutralité par rapport aux dommages collatéraux que cela pourrait provoquer sur le gouvernement qui les aurait engagées.

L’objectif de 4% de croissance est-il soutenable ?

On devrait finir l’année 2013 au mieux avec 3 %. Par extrapolation, on peut penser que l’objectif de 4% est en soi réalisable. Cependant, la gestion publique actuelle risque fort de produire des contrecoups en 2014. En dépit de cela, une bonne reprise reste possible, si la crise politique actuelle débouche, sans plus tarder, sur une issue heureuse et durable. A défaut, l’année 2014 sera plus difficile que l’année en cours. C’est donc entre les mains des politiques que le destin de notre économie se joue.

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