La question du Sahara s’invite de nouveau dans les débats

«  La mise en place d’un mécanisme international de surveillance des droits de l’Homme au Sahara est plus que jamais d’actualité », a affirmé le président Abdelaziz Bouteflika, le 28 octobre 2013. « Le Maroc refuse de recevoir des leçons en la matière, surtout de la part de ceux qui bafouent systématiquement les droits de l’Homme », lui a répondu, le 6 novembre 2013, le roi Mohamed VI. 

Il fallait s’y attendre. De toute façon, il était difficile au souverain chérifien de ne pas évoquer la récente crise avec l’Algérie, même s’il n’a pas cité nommément le voisin de l’Est. L’occasion était, du reste, sans doute propice : le discours du 6 novembre 2013, commémorant le 38e anniversaire de la Marche verte, initiée par son père, le roi  Hassan II (1962-1999) pour « récupérer les territoires du Sahara », ce que le Maroc appelle les « Provinces du Sud. »

Voici ce que Mohamed VI a en effet dit pour répondre  aux propos du président Abdelaziz Bouteflika, du 28 octobre 2013, prononcés dans un discours lu à Abuja (Nigeria) par le ministre algérien de la Justice, dans lequel il avait jugé « plus que jamais d’actualité » la mise en place d’un mécanisme international de surveillance des droits de l’Homme au Sahara:  « Le Maroc refuse de recevoir des leçons en la matière, surtout de la part de ceux qui bafouent systématiquement les droits de l’Homme. Quiconque souhaite surenchérir sur le Maroc n’a qu’à descendre à Tindouf et observer dans nombre de régions alentour, les atteintes portées aux droits humains les plus élémentaires ».

On sait qu’en réaction au discours du président Bouteflika lors de « la conférence africaine de solidarité avec la cause sahraouie »  (27-30 octobre 2013), le Maroc a rappelé pour consultation son ambassadeur à Alger. On sait également que des manifestants ont attaqué, le 1er novembre 2013, date du 59e anniversaire de la révolution algérienne, les locaux du Consulat d’Algérie à Casablanca et profané le drapeau algérien.

Pour l’Algérie, le Sahara est une question de « décolonisation »

Des événements qui sont venus rappeler au bon souvenir du monde un conflit vieux de trente-huit ans, qui empoisonne les relations entre l’Algérie et le Maroc. Deux pays qui campent, bon an mal an, sur leurs positions.

Pour l’Algérie en effet, la question du Sahara est un problème de « décolonisation ». Ce territoire de près de 260 000 mètres carrés doit être gouverné par le peuple sahraoui, qui a un représentant : le Front Polisario (Polisario : Front populaire de libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro), créé en 1973. Et qui a proclamé la RASD (République Arabe Sahraoui Démocratique), membre de l’Union africaine (UA) et reconnue par une trentaine de pays. Une trentaine d’autres est revenue sur cette reconnaissance.

L’Algérie, qui reconnaît évidemment la RASD, accueille une partie de la population de l’ancienne colonie espagnole du Sahara occidental, que revendique donc le royaume chérifien, dans les camps de Tindouf, une wilaya du sud algérien. Celle-ci est estimée à 90 000 âmes.

Le Maroc a construit, entre 1980 et 1987, un mur de près de 2700 kilomètres pour se protéger des attaques du Front Polisario. Il lui permet  d’intégrer près de 80% des territoires de l’ancien Sahara occidental au Maroc. Il considère l’ancien Sahara occidental comme partie intégrante du territoire marocain.

Objet d’un véritable consensus national, la question du Sahara occidental mobilise toutes les énergies des partis politiques marocains, qui font toujours corps avec le Makhzen (expression qui désigne l’Etat et ses institutions). Le Maroc affirme, à ce propos, que des preuves attestent des liens de la souveraineté marocaine sur ses « provinces sahariennes ».

Le royaume chérifien a présenté, en 2007, un projet en faveur d’une large autonomie pour la région du Sahara. Celui-ci  prévoit que « les populations du Sahara géreront elles-mêmes et démocratiquement leurs affaires, à travers des organes législatif, exécutif et judiciaire dotés de compétences exclusives ». Et qu’elles disposeront, à ce titre, « des ressources financières nécessaires au développement de la région dans tous les domaines et participeront, de manière active, à la vie économique, sociale et culturelle du royaume ».

Ces provinces sont d’ailleurs au centre d’une grande sollicitude du Makhzen, qui multiplie notamment les investissements économiques. Bien plus : la région du Sahara est au centre du grand et vaste projet de « régionalisation avancée » au Maroc, projet qui constitue pour le roi Mohamed VI « une option résolue pour la rénovation et la modernisation des structures de l’Etat, et pour la consolidation du développement intégré ».

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