«S’ils ne sont pas impliqués, pourquoi ont-ils dissimulé le test balistique?»

Besma Khalfaoui Belaid (IRVA) et Mokhtar Trifi ( comité de défense de Chokri Belaid

« Graves, très graves », c’est ainsi que l’IRVA (Initiative pour la Recherche de la Vérité sur l’Assassinat de Chokri Belaïd) et le comité de défense du martyr Chokri Belaid ont qualifié aujourd’hui les nouveaux « faits » sur l’affaire de l’assassinat de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi

Au nombre de six, les nouvelles données sont « toutes vérifiées et toutes appuyées par des pièces à conviction », a ainsi assuré Besma Belaïd, la veuve de Chokri Belaïd. Et si elle les a qualifiés d’aussi graves, c’est que ces données mettent à nu des dépassements qui impliqueraient de hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur.

 Qu’en est-il du test balistique ?

Ils, ce sont, selon l’IRVA : Wahid Toujani, ancien directeur général de la Sûreté publique, Mourad Sebei, directeur de la police judicaire (et responsable entre autres de la section Interpol), Adnene Slama, responsable de la sous-direction des affaires criminelles,  Riadh Rekik, responsable de la sous-direction des études et du suivi, Taoufik Sebei, directeur de la police technique et scientifique, Jamel Slama, responsable de la sous-direction des laboratoires criminels et scientifiques et Belgacem Bessaoudi, responsable des tests et des analyses.

Ceux –ci, assure l’IRVA, documents à l’appui, ont dissimulé le test balistique fait sur les douilles et les balles ayant donné la mort à Chokri Belaïd. « Ce test avait été fait aux Pays-Bas le 29 mai 2013 et remis à une délégation composée de quelques-uns des cadres sus-mentionnés », a noté Mokhtar Trifi. Mais  la délégation ne l’a pas remis au juge d’instruction chargé de l’affaire de l’assassinat. «  Jamel Slama est allé jusqu’à dire qu’une copie du test se trouve dans les archives de la sous-direction des laboratoires criminels et scientifiques (sic !) », a ironisé Mokhtar Trifi, membre du comité de défense de Chokri Belaïd.

« Nous  n’aurions peut-être pas pu avoir le test si le ministère de la justice n’avait pas directement contacté le laboratoire hollandais », a-t-il ajouté, dévoilant la vérité « assourdissante du test » : «  L’arme utilisée pour assassiner Chokri Belaid et Mohamed Brahmi est un pistolet Beretta. A notre connaissance, seulement quelques fonctionnaires de la direction générale de la Sûreté publique détiennent cette arme. »

 « S’ils ne sont pas impliqués, qu’ils nous disent pourquoi ont-ils dissimulé le test balistique… et les autres preuves d’ailleurs ? », a martelé Mokhtar Trifi.

Les autres dépassements évoqués par l’IRVA sont tout aussi « douteux » et reflètent « un laxisme, voire une conspiration de la part de ces cadres pour falsifier les faits». Ils concernent, entre autres, le propriétaire de la voiture qui circulait peu avant le crime autour de la maison de Belaïd, le propriétaire de la Vespa qui a aidé Kamel Gadhdhadhi, le principal accusé dans l’affaire, ou encore les propriétaires d’une salle de sport sise 12 rue de Russie qui aurait servi de lieu d’entraînement à plusieurs suspects dans les affaires des deux assassinats des leaders de la gauche.

La dissimulation des preuves est un crime. L’article 32 du code pénal stipule dans son paragraphe 4  qu’ « est considéré complice et puni comme tel celui qui a prêté, sciemment, son concours aux malfaiteurs pour assurer, par recel ou tous autres moyens, le profit de l’infraction ou l’impunité à ses auteurs ». Et c’est bien en vertu de cet article que conformément à la loi antiterroriste que les membres de l’IRVA comptent poursuivre les « complices » en justice.

Une justice qu’ils croient encore, bien que leur confiance en cette justice ait, selon Mokhtar Trifi, d’ores et déjà commencé à s’éroder.

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