Redynamiser les relations économiques entre la Tunisie et la Belgique

Quatrième investisseur en Tunisie et sixième partenaire commercial du pays, la Belgique a toujours considéré la Tunisie comme un pays prioritaire dans ses relations économiques extérieures.

Plus de 260 entreprises, dont plus de 75% exportent la totalité de leur production, sont présentes sur le territoire national. Elles représentent un investissement de 90 millions de dinars  et emploient plus de 10.000 personnes.

Face à la situation socio politique qui prévaut dans le pays, l’insécurité montante, le manque de vision d’avenir et une période transitoire qui s’inscrit dans la durée, certains chefs d’entreprises belges ont fait état d’une certaine lassitude, qu’il convenait de tenter de rassurer.

Ainsi, c’est à leur intention qu’une demi-journée d’information sur « La redynamisation des relations économiques entre le Belgique et la Tunisie », placée sous l’égide de l’Ambassadeur de Belgique à Tunis, a été organisée ce mercredi 6 novembre 2013, à l’initiative de M. Mahmoud Ben Abbès, conseiller en Diplomatie économique du Royaume de Belgique et président de Comatral-TNT Express Tunisie.

Plusieurs personnalité ont été conviées, dont  M. Hédi Ben Abbès, ancien secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et M. Jalloul Ayed, ancien ministre des Finances, pour intervenir aux cotés de M. Férid Abbès, président de groupe SETCAR, M. Johnny de Meirsman, président du Groupe Demco, Frédéric du Bois de Vroylande, Conseiller Economique à la représentation commerciale Wallonie-Bruxelles-Flandres, Mme Habiba Louati, Directrice Générale des études et de législation fiscale, au ministère des Finances, M. Hamdi Thabet, Directeur du suivi de la politique d’investissement au ministère du Développement et de la coopération internationale et responsable au sein de la FIPA.

L’intérêt d’une telle rencontre, qui a été suivie d’un débat, a rencontré un écho plus que favorable, la salle n’ayant pu contenir l’ensemble des participants composés de chefs d’entreprises belges présentes en Tunisie, d’hommes d’affaires, de responsables de différents ministères, de banquiers, de fiscalistes, d’universitaires …

Les relations de coopération entre les deux pays remontent à 1839 a rappelé, M. Patrick De Beyter, ambassadeur du Royaume de Belgique à Tunis, qui a également formé le vœux  que cette rencontre puisse permettre de consolider les acquis et d’enrichir les relations économiques bilatérales.

Hedi-ben-abbes-l-economiste-maghrebinParlant de l’état des lieux de la transition démocratique en Tunisie, Hédi Ben Abbès, a estimé que le parcours accompli par la Tunisie post-révolution est « plus ou moins positif, malgré les difficultés rencontrées ». Le côté positif, selon lui, vient de l’existence même du dialogue qui s’est établi, tout en estimant que la voie choisie, celle de s’attacher au choix d’une personne plutôt qu’à la réalisation d’un programme n’est pas forcément la meilleure réponse. En tout état de cause, il se dit convaincu qu’en cette période de transition, seule une forme de direction consensuelle peut ramener la stabilité dans le pays, afin de dépasser la logique de majorité. Il a, de même, mis l’accent sur l’urgence d’engager des réformes profondes dans la plupart des secteurs, tels que la santé, l’enseignement ,la fiscalité….

Présentant les enjeux actuels de l’économie tunisienne, M. Jaloul Ayed, ancien ministre des Finances, a fait état de son optimisme pour ce qui est de l’évolution future de la situation en Tunisie, en dépit des difficultés que traverse le pays. Cependant, souligne-t-il : « Afin d’assurer la réussite de la phase de consolidation démocratique qui vient après celle de la transition démocratique, il faut avoir : un gouvernement fort pour assurer la sécurité, une société civile forte, un état de droit et une justice indépendante avec séparation effective des pouvoirs exécutif et législatif, des institutions fortes ».

Il a également ajouté qu’aux problèmes économiques, il est nécessaire de proposer des solutions économiques. Ainsi pour tenter d’apporter une réponse à la question du chômage, il est nécessaire de développer les investissements qui demeurent l’épine dorsale de tout programme de développement. Pour ce faire, il préconise une attention particulière  aux questions du développement régional et de l’emploi des jeunes pour lesquelles le peuple s’est soulevé.

Selon lui, l’Etat devrait, dorénavant, jouer le rôle d’un vrai partenaire dans la promotion de l’investissement privé, à travers l’accompagnement, le conseil aux PME, qui constituent 98% de nos entreprises,  et la préparation d’un terrain favorable aux investissements.

Pour ce qui est de la relance des investissements directs étrangers, M. Ayed a mis l’accent sur deux préalables  nécessaires, à savoir le rétablissement de la sécurité et l’instauration d’une justice forte et indépendante. Leur réalisation sont à notre portée précise l’intervenant, qui ajoute également la nécessité de mettre en place un code du travail flexible, un système financier fort et la création d’un réel marché des capitaux permettant de mobiliser des fonds sur le long terme.

Pour ce qui est du volet fiscal, prévu au programme de la journée, la Directrice générale a confirmé qu’à partir de 2015, les bénéfices réalisés au cours de 2014, par les entreprises totalement exportatrices, seront assujettis à l’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux, au taux de 10%. En outre, elle a rappelé que dans le souci de rapprocher les régimes on et off shore, les entreprises partiellement exportatrices verront leur taux d’imposition ramené de 35% à 25%, tout en imposant les  dividendes distribués lesquels bénéficiaient, auparavant, d’une exonération totale.

Pour ce qui est du code des investissements, en cours d’examen au niveau du Conseil des Ministres, il sera soumis dans les prochains jours à l’attention des Députés au sein de l’ANC.

Quant à la perception de l’investisseur et son ressenti face aux challenges post révolution, M. Férid Abbès a mis en exergue la fragilisation des équilibres financiers de l’entreprise face au renchérissement des coûts de transactions, des primes d’assurance, à l’occupation de l’espace commercial par le marché parallèle, à la dégradation de la qualité des services administratifs, à l’instabilité politique qui règne, ajoutée à l’insécurité et à la violence qui s’installent, l’ensemble rendant difficile la résolution de l’équation relative à la décision d’investir.

Il a également donné des pistes de réformes à mettre en œuvre, comme l’assouplissement du code du travail, l’adoption de la flexibilité du travail- ce qui ne signifie pas forcément la liberté de licencier, mais plutôt celle de primer l’excellence et de sanctionner les moins performants-, l’instauration de la liberté de change et l’adoption de mesures administratives transparentes et équitables, notamment en matière fiscale et douanière.

Une note d’optimisme, dans les présentations faites jusque là, est venue du témoignage de M. Johnny De Meirsman, Président de Demco Group, entreprise implantée en Tunisie depuis 26 ans.  Malgré toutes les vicissitudes rencontrées, il continuera d’investir en Tunisie. Il formule toutefois certains reproches comme, la fermeture des services administratifs le samedi, l’encouragement du chômage par l’octroi d’indemnités aux sans emploi, alors que des entreprises sont à la recherche d’employés, ( il a cité l’exemple d’une entreprise à Monastir qui n’arrive pas à pourvoir  à 500 postes d’emploi, alors que 2000 personnes, dans la même ville, perçoivent une indemnité), la perte d’efficacité au sein de l’administration, consécutive à l’engagement d’un surplus de personnel que le prélèvement de nouvelles taxes vont servir à payer, la CNSS qui s’acharne sur ceux qui sont bons payeurs et oublie ceux qui ne paient pas…

Enfin, les débats qui ont suivi ont essentiellement tourné autour des nouvelle dispositions fiscales envisagées par la loi de finances pour 2014, de l’importance à accorder à la formation et au recyclage des personnes, du nécessaire retour de la sécurité dans le pays, de l’indépendance de la justice et de l’impératif de bonne gouvernance tant au niveau de l’administration que des entreprises.

En conclusion de la journée, Monsieur Mahmoud Ben Abbès a suggéré la création d’un Conseil d’Affaires tuniso-belge, afin de favoriser le partenariat entre les entreprises tunisiennes et belges et d’apporter toute assistance ou accompagnement à celles-ci.

Ambassadeur-de-belgique-l-economiste-maghrebinLe représentant de la diplomatie belge, M. De Beyter, a, à cette occasion, réitéré la volonté de son pays de renforcer les relations économiques avec la Tunisie, son sixième partenaire commercial. M. De Beyter a également ajouté que parmi les objectifs de cette journée d’information, figurent les rencontres fructueuses entre les hommes d’affaires tunisiens et les investisseurs belges.

Jalloul Ayed, a déclaré de son côté : « Je reste optimiste pour l’avenir du pays. Une fois la transition dépassée, on passe à la consolidation de la démocratie ». Et d’ajouter : « La seule et unique solution pour le chômage est bien l’investissement. Et pour y parvenir, il s’agit d’avoir un gouvernement plus fort et surtout plus intelligent et plus courageux ».

M. Ben Abbes a également affirmé : « La transition est forcément consensuelle. Mais on a démarré d’une manière erronée, à savoir la logique de la majorité contre la minorité, dans un moment où on a besoin de reconstruire les institutions de l’Etat ».

Et de conclure : « Nous devons apprendre à gouverner ensemble. Tout nécessite une refonte et cela requiert une large assise politique « .

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