La Tunisie à la croisée des chemins !?

Tout le monde souhaite que le nouveau gouvernement soit composé rapidement. Sa naissance, même dans la douleur, mettra fin au chant du cygne de ce gouvernement, en pleine débandade. Il est urgent que les tractations pour le désigner ne s’éternisent pas. Il faut, au plus vite, transcender les clivages politiques pour une cette période de transition que des minorités, sans réel poids dans le pays, tentent de saboter. En effet, la classe politique a surestimé les résultats d’un scrutin, né d’une dépression généralisée qu’un ancien pouvoir, verrouillé et dévoyé, a prêchée. Une gouvernance qui a pillé le pays, pendant deux décennies, en instaurant une dictature de mauvais aloi. Comprenne qui voudra les réalisations des nouveaux gouvernants qui ont dirigé le pays, après le 14 janvier! Le constat est, en tout cas, sans appel. Ils laissent un pays  abîmé qui a perdu sa crédibilité et ses marques de sérieux et de tolérance. Ils ont arrêté sa marche, bien que  cahotante, vers la modernité, le progrès et la dignité. Ils ont offert un refuge pour des renégats venus d’ailleurs, sans scrupules ni respect pour nos valeurs fondamentales. Ils ont instauré un milieu favorable à l’émergence de toutes les vicissitudes et à toutes les forces occultes.

Notre pays, à la croisée des chemins, s’est vu attaqué sur tous les fronts. Se défendant avec ses moyens limités mais résistant à toute intervention d’où qu’elle vienne, il a fait honneur à sa révolution historique. Le terrorisme sous toutes ses formes ne passera pas ! Il aura en face de lui un front uni par son histoire millénaire et par son unité forgé au cours des années de lutte pour l’indépendance. Même si certains veulent se refaire une virginité, ils doivent avoir l’humilité de reconnaître que l’Etat moderne a été l’œuvre de Habib Bourguiba et de ses compagnons de lutte. Des générations ont cueilli le fruit de ces sacrifices : l’école pour tous, le code du statut personnel, le planning familial,  les institutions  de la République…En un mot le progrès, auquel les détracteurs étaient absents.

Aujourd’hui, le troisième Premier ministre a jeté l’éponge. Quelles sont les réformes à engager en urgence, pour mettre fin à cette crise multidimensionnelle économique, sociale, environnementale, résultat d’une classe politique, de peu d’envergure, qui a pris ses désirs pour des réalités ? Des engagements étudiés dans les trois directions suivantes sont nécessaires : la compétitivité des exportations, la diversification de l’économie et la volonté de gouverner en toute indépendance. Le travail et la transparence devraient  être le crédo de la nouvelle équipe. Au-delà des influences et des dictats des démons d’hier, au-delà des échecs suscités par leurs incompétences, ils doivent partager ensemble le même souci : le service d’autrui. En conséquence, tout le monde ne regardera plus demain avec les lunettes d’hier.

Une initiative courageuse serait de considérer l’Institut National de la Statistique comme une structure indépendante du pouvoir en place. Une première priorité serait de mettre fin à ces chiffres fétiches qui ont circulé ces dernières années et qui sont loin de refléter la réalité. Il s’agit également de revoir au plus vite les hypothèses peu réalistes qui ont servi à préparer le budget 2014. Celui-ci doit envoyer des signaux de sacrifice et de bonne conduite pour le contribuable, les investisseurs et les futurs donateurs.

Une réactualisation de ce projet avec des coupes drastiques dans les dépenses de fonctionnement. Exception faite de celui de la Défense et de celui du ministère de l’Intérieur, aucun autre ne peut y échapper. A l’ère de la technologie et de l’information instantanée, un nouveau mode de gestion du peu de ressources s’impose. Pourquoi tant de prévisions budgétaires pour une présidence aux prérogatives limitées, alors qu’on est en période de rigueur et de déficit lourd à supporter. Pourquoi tant d’ambassades et de représentations à l’étranger, alors que leur diminution devient une nécessité ? Pourquoi cette flopée de recrutements dans l’Administration alors que son dégraissage et sa réforme devraient être à l’ordre du jour ? Qu’en est-il de cette semaine des cinq jours et de son impact sur l’économie ? Qu’en est-il des centaines de chargés de mission et de secrétaires d’Etat sans objet ? Qu’en est-il des subventions distribuées à des associations sans contrôle ?

Quant aux ressources, il faut les chercher dans les niches, celles des exonérations multiples sans contrepartie de création d’emploi et de stabilité des prix, celles de la fuite des impôts, celles de la redevance des soixante-dix milliardaires, celles du cumul des hauts salaires distribués indûment aux hauts responsables des circuits financiers, celles des dividendes servis en période de crise, celles des rémunérations des conseils d’administration qui se sont avérés sans pouvoir… Remettre le pays en mouvement va être une lourde tâche après ces deux années  de manœuvres à contre-sens. Profiter de cette unité dans le consensus autour du dialogue, pour impliquer tous les partenaires sociaux à la réalisation d’objectifs à court terme : La sécurité d’une part et retrousser les manches pour produire d’autre part. Une grande conférence entre les principaux acteurs pour la signature d’un contrat de progrès et de croissance pour la durée fixée de la transition selon la feuille de route (six mois par exemple) serait à  leur portée.

Une action urgente en faveur d’une réconciliation des services de sécurité et du citoyen s’impose. Une campagne de sensibilisation dans les médias où ces derniers seraient les principaux vecteurs, afin de remettre les pendules à l’heure : inviter le citoyen au respect de ses devoirs, tout en lui indiquant ses droits. Etablir un dialogue serein entre l’Administration et le citoyen en aménageant des espaces de rencontre où  des solutions rapides et efficaces seraient  proposées.

A plusieurs reprises l’alarme est tirée sur l’insalubrité de nos villes et de nos villages. Les ordures s’entassent encore de partout. Il faut les prendre en charge avec sérieux. Ces comités nommés par le pouvoir qui devraient être le miroir de leur ville, ont échoué dans leurs prérogatives. Le nouveau gouvernement doit mettre fin à leur allégeance. Libérés de ces consignes, les citoyens appelés à assumer cette tâche devraient être crédibles et efficaces.

Attentif à la vie du citoyen, faisant confiance à l’esprit et à l’intelligence des compatriotes, cherchant avec eux, dans le dialogue et la confrontation des idées des solutions passantes pour sortir le pays de la crise, la nouvelle gouvernance doit faire évoluer, par des actions concrètes, les Tunisiens vers plus de participation.  Outre sa feuille de route traçant son projet pour les quelques mois à venir, elle doit nous annoncer la fin de son mandat. Respectant ses engagements pour sa courte durée prévisionnelle, la date des prochaines élections libres et démocratiques dont elle est le garant, doit nous être proposée au plutôt. Un effort de dépassement est demandé à tous, à tout instant.  Par-delà les controverses stériles et au-dessus des divergences sur les méthodes, l’engagement responsable est le seul moyen de s’accomplir dans l’action. Miser sur la jeunesse  et rétablir le parler vrai telles sont les urgences du moment du nouveau gouvernement. Les éclaircies par- ci et par- là ne font pas un ciel bleu.

Vu le peu de temps dont ils disposent, ils feraient œuvre utile s’ils laissaient un héritage solide et sans bavure qui aboutirait à la promotion d’une bonne gouvernance et à une lutte contre la corruption. Ils pourraient autour d’eux ouvrir des chantiers dans des domaines variés tels que l’éducation, l’emploi, la décentralisation, la santé, la fiscalité… A la manière des pays développés, des équipes de compétences volontaires, dont regorge le pays, les aideront à aller de l’avant. Ils identifieront les failles et proposeront les remèdes. Il suffit de tendre le bras pour qu’un travail de qualité, codifié dans le temps et dans l’espace, soit légué à la prochaine gouvernance qui l’utiliserait comme référence lui permettant la lucidité des choix et la validité des solutions. La responsabilité qui pèse dans tous les domaines sur le dos de ces gouvernants est lourde. Comment, en effet, endiguer cette autre forme d’économie souterraine dont les trafics d’essence, de faux-billets et de drogue ajoutent à accentuer la déstabilisation du pays ? Notre valeureuse armée est incapable toute seule à contrôler les maquis islamistes des environs des régions de Kasserine, du Kef  et de Jendouba. En conséquence, le nouveau gouvernement doit s’attacher à consolider nos relations avec les frères algériens pour étouffer dans l’œuf ceux qui veulent nuire à notre stabilité commune, en instaurant la peur et l’insécurité. C’est également une autre urgence !

En partenaires, les nouveaux gouvernants doivent fédérer les réflexions et reconstruire la confiance. Ils montreront qu’ils peuvent avoir, également, le soutien de cette masse silencieuse, les deux tiers des électeurs qui ne se sont pas rendus aux urnes. Par leur transparence et leur exemplarité, même dans leurs émoluments, ils peuvent comme le dit Gramsci (fondateur du parti communiste en 1921) « adhérer le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté.». C’est un enjeu qui vaille !

Faisons bloc avec lui contre ceux qui veulent démolir et soyons des visionnaires responsables de l’avenir. Ne leur demandons pas la lune, faisons-leur confiance et souhaitons-leur bon vent !

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