Les disparus en mer ….toujours disparus

Le sort des disparus en mer est toujours inconnu. Partis pour conquérir le Vieux Continent, imaginé comme un Eldorado offrant richesses et opportunités, le rêve pour certains s’est arrêté en mer, noyés ou échoués sur les rochers de Lampedusa. Certains pour lesquels le sort a été plus clément, sont retournés en Tunisie, pour raconter leur aventure. Pour d’autres, le sort a choisi la voie du silence et depuis leur embarquement aucun ou peu de signes de vie ont été données  à leurs familles.

Brahim Bouthouri, une histoire singulière, comme tant d’autres :

C’est avec un air hagard que Rebh Bouthouri, mère de Maher Bouthouri,  parle de son fils. Ce fils dont elle est sans nouvelles depuis le 22 mars 2011.

Brahim Bouthouri, originaire de la Cité Ennour,  à El Kabaria, a décidé de quitter la Tunisie avec son cousin Maher Bouthouri et 60 autres personnes à bord d’une embarcation, direction les côtes italiennes. Avant, Brahim travaillait dans une usine de fabrication de chaussures. Suite à la crise économique,  l’entreprise a décidé de réduire le nombre de ses salariés et Maher c’est retrouvé parmi les licencié, raconte sa mère qui ajoute : « Brahim a quitté le pays pour construire un meilleur avenir pour lui et pour nous ». Issu d’une famille nombreuse, au nombre de huit enfants et en plus des parents, sans sources de revenus, Brahim est parti le 22 mars 2011, pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. C’est avec l’argent collecté initialement pour passer le permis que Brahim a payé les frais de son immigration clandestine.

«  Le 22 mars 2011, Maher cousin de Brahim appelle sa sœur Leïla pour lui dire que lui et son fils avaient déjà quittés la Tunisie. J’ai essayé de le joindre sur son portable car je croyais qu’il était allé passer le permis. Je n’ai pas dormi de la nuit déclare Leila. En regardant cette nuit le journal TV de la chaine italienne  TG5, je l’ai reconnu assis sur le bord du bateau », se souvient-elle amèrement. C’était la dernière fois que Rebeh voyait son fils Maher. «  Le frère de Maher, au chômage, a également tenté d’immigrer mais je l’ai dénoncé ajoute Rebh qui continue à vivre avec une allocation de 100 dinars accordée par le gouvernement et avec l’espoir du retour de Maher.

« Le sang tunisien est-il si négligeable ? »

Pourquoi les familles des disparus en mer n’ont-elles encore aucune réponse concernant le sort de leurs enfants ? S’est interrogé M. Abderrahman  Hedhili du FTDES.

Presque trois ans après et une dizaine de sit-in organisés,  les familles concernées attendent encore de connaître le sort de leurs enfants.

Depuis 8 mois, l’opinion publique s’est focalisée sur l’assassinat de Chokri Belaïd, laissant ces familles confrontées seules à leur destin et leurs dossiers semblent avoir été mis à l’écart. Le naufrage de Lampedusa, qui a fait récemment 350 morts,  a été une occasion ratée par la société civile et par le gouvernement pour relancer le débat sur la question de l’immigration clandestine.

Cependant, même si la société civile, les associations et les médias essayent tant bien que mal de connaître la vérité, seuls les gouvernements tunisien et italien sont capables de la fournir. En fait, aucune autre réponse n’a été fournie concernant l’incident maritime des 6 et  7 Septembre 2012 aux alentours de l’île de Lampione, sur lequel le gouvernement  assure avoir mené des investigations.

Les gouvernements demandent aux familles de patienter  ou encore se renvoient la balle. En effet, le gouvernement italien déclare qu’il ne prendra les mesures nécessaires que si le gouvernement tunisien fasse de même : «  Patientez ils nous disent, on pourra vous aider.  Mais personne ne peut ressentir la douleur d’une mère qui a l’impression de mourir à chaque fois  qu’elle se souvient de son anfant», s’est confiée l’une des mères des migrants

Des torts à rectifier 

Pourquoi des jeunes se jetteraient- ils à la mer tout en sachant qu’il y aurait une  probabilité non négligeable qu’ils y périssent ? Il s’agit pour M. Hedhili de la pauvreté qui est le premier motif : «Ceci est le fruit d’un système économique défaillant de la rive sud. Le profil  standard d’un migrant clandestin est qu’il est issu d’un milieu défavorisé, appartenant à une frange écartée socialement et ayant arrêté ses études. En fait ,25% des migrants en 2011 étaient des lycéens sachant 108 000 lycéens ont volontairement arrêté leurs études en 2013.

Il est également impératif de rectifier certains torts, selon Nicanor Haon du FTDES, qui ne font qu’aggraver la situation. L’UE est convaincue qu’un contrôle  sécuritaire plus serré pourra diminuer le taux de migration clandestine. Ce qui est faux au vu du nombre de naufragés qui ne cesse d’augmenter: « En 2012, le FRONTEX et les douanes maltaises n’ont pas empêché la mort de 2000 personnes en mer ».

De même, le développement économique, grâce aux aides octroyées par l’UE, ne peut pas résoudre ce problème : « La Tunisie  est dépendante de l’aide européenne alors qu’elle a besoin de refondre son système économique ». Ce qui est certain c’est que la question de la migration clandestine est urgente et ne peut attendre, comme le prétendent les gouvernements, « car parallèlement à l’inaction de ceux-ci, le nombre des morts ne fait qu’augmenter ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here