Du chaos naît l’opportunité

On savait le processus de transition politique post révolution difficile et le processus démocratique périlleux. On savait aussi les dangers économiques qui guettaient la nation, en quête de système politique stable et de Constitution. Mais deux ans après les élections du 23 octobre 2011, on joue les prolongations pour une ANC (Assemblée nationale constituante) agonisante et on espère que le gouvernement indépendant promis accélérera le processus transitionnel et frayera le chemin à des élections.

Sur fond d’insécurité et de terrorisme aux contours bien flous, inutile de dire que bien des dangers, craints il y a deux ans, se sont matérialisés. Tous les ingrédients sont réunis pour une crise économique profonde : insécurité, instabilité politique et déséquilibres structurels aggravés.

Dire que la solution est politique relève un peu du cliché, mais littéralement, les deux premiers facteurs handicapants, à savoir l’insécurité et l’instabilité, sont essentiellement politiques et jusque-là, le bilan est désastreux. D’un autre côté, les déséquilibres structurels, à savoir le chômage, le déficit et l’endettement public ainsi que les déséquilibres régionaux et les disparités sociales qui grimpent sont une affaire plus compliquée. Y faire face requiert une stratégie à long terme et une solution politique qui n’est point évidente.

Le bilan économique des deux dernières années est assez trivial : une stagflation qui a déprimé l’offre et étouffé la demande, une augmentation du chômage estimée à 140 000 emplois perdus et un recul net de l’investissement domestique et étranger. Les frottements de la transition politique, la recrudescence des revendications sociales, accentuée par le zèle post révolutionnaire, et enfin l’environnement macroéconomique morose chez notre premier partenaire économique, l’Europe,  y ont largement contribué, mais les deux gouvernements conduits par Ennahdha qui se sont relayés aux commandes, ne peuvent pas se dérober à leurs responsabilités.

Tout d’abord, la confiance du Tunisien à l’égard de l’Etat ne fait que s’éroder. La lenteur du processus, le manque de visibilité et surtout l’absence de direction claire ont laissé ensuite les déséquilibres s’aggraver. Enfin, l’insécurité et le terrorisme sont en train de déstabiliser la Tunisie, ses forces vives, ses entrepreneurs, sans parler des investisseurs domestiques ou étrangers.

Par ailleurs, l’absence de croissance nominale, en plus de l’inflation, ont engendré une perte de richesse réelle nette pour les Tunisiens, ces deux dernières années. Le glissement du dinar aidant, le pouvoir d’achat dégringole, enfonçant le moral encore plus bas.

Sur le plan macroéconomique, les pressions sociales et fiscales creusent le déficit public, l’endettement de l’Etat progresse sans pour autant atteindre des niveaux dangereux. Néanmoins, on a besoin d’emprunter pour financer les dépenses de l’Etat, notamment les salaires, ce qui est une spirale nocive. La qualité du crédit tunisien se dégrade sur les marchés de la dette et on est arrivé au point où des bailleurs de fonds, autrefois solidement attachés à la Tunisie, comme la Banque africaine de développement, nous refusent crédit.

Au moment où nous négocions un tournant politique crucial initié par le quartet, UGTT, UTICA, Ligue des Droits de l’Homme et Ordre des avocats, la situation économique ne peut plus donner droit à l’erreur. La phase prochaine va nécessiter un redressement immédiat de l’économie nationale à court terme, avant d’engendrer une réflexion à long terme. Le manque à gagner pendant les années à venir sera encore plus grand. L’économie européenne commence à montrer des signes de rétablissement, l’Irlande, l’Espagne et le Royaume Uni renouent avec la croissance après une longue absence, l’euro se raffermit et les flux de capitaux reviennent en force sur le Vieux Continent. Selon le FMI, la zone euro affichera un surplus budgétaire de 2.5% en 2014. Cela enclenchera un regain de l’investissement au cœur de la zone Euro et dans sa périphérie élargie. La Tunisie ne peut profiter de cette dynamique que si elle offre le cadre et l’infrastructure nécessaires. La reprise de la consommation et de l’investissement en Europe profitera donc aux pays de sa périphérie qui se sont positionnés pour. Rater ce train nous causera beaucoup de retard par rapport à d’autres destinations économiques.

Avant d’attaquer les grands déséquilibres de notre économie et de mettre en place le nouveau modèle de développement tant scandé par les politiciens en campagne électorale, il est impératif de redevenir une économie stable, moyennement compétitive et qui s’appuie sur sa proximité avec l’Europe et sa main-d’œuvre bon marché pour se frayer une place dans le marché européen.  On ne peut atteindre ce résultat rapidement que dans le cadre d’un consensus politique, pour pouvoir mettre en place la dose nécessaire d’austérité et de discipline budgétaires. Une fois ce cap passé, il faudra entamer une vraie réflexion objective sur les acquis et les erreurs du passé, pour mieux saisir l’opportunité qui se présentera à nous.

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