Violences contre les journalistes : amères constatations

Théoriquement, le métier de journaliste fait rêver, celui de reporter encore plus : la montée d’adrénaline, être toujours dans l’actualité et au cœur de l’action, couvrir les événements les plus chauds et les plus dangereux afin d’informer le citoyen. Cependant, comme tout métier comporte ses risques, celui de journaliste, dans la Tunisie post 14 janvier, n’est pas une mission facile. C’est ce que du moins a établi le reportage diffusé, aujourd’hui, par le Centre de Tunis pour la liberté de Presse sur les violations contre la presse tunisienne.

Des témoignages entremêlés de nombreux journalistes, venus de tous les horizons, confirment que le journaliste est soumis quotidiennement à la violence.

Encore, il existe un lien de proportionnalité entre la liberté de presse et la gravité des menaces pesantes sur le secteur médiatique. En effet, plus la presse se veut libre, plus elle est exposée à de multiples dangers. Saida Trabelsi, journaliste à El Hiwar Tounsi, confirme avoir été violentée physiquement alors qu’elle ne faisait que son travail : filmer une manifestation. Cependant  et malheureusement, ce témoignage n’est qu’un fait rapporté parmi tant d’autres types d’agressions dénombrées par le CTLJ. Les agressions peuvent aller de la censure à l’agression physique et verbale, en passant par le harcèlement et les menaces de mort. Les agressions prennent également d’autres formes, telles que les poursuites judiciaires, l’emprisonnement ou encore l’interdiction de travail. Les affaires en justice de certains journalistes peuvent servir de bons exemples. Il en est ainsi de l’agression verbale subie par Ali Laâbidi, journaliste chez Nawaat, par un groupe de ‘’barbus’’, de l’instruction judiciaire contre Walid Mejri, encore un journaliste de Nawaat, ayant refusé de remettre la vidéo originale d’un reportage sur Ansaâr Chariaa au juge, de l’instruction contre Tahar Ben Hassine patron d’El Hiwar Tounsi ou encore de l’emprisonnement de Zied El Heni, libéré ensuite sous caution.

Pourquoi le journaliste, semble à ce point dans le collimateur de tout le monde ? Il est clair que la propagande menée contre le secteur médiatique est une des causes. Une propagande alimentée par le gouvernement, les partis politiques ou encore les professionnels du secteur médiatique. Résultat : l’image des médias est de plus en plus détériorée et dés qu’on parle de presse, le slogan  ïlem il aar (Presse de la honte), surgit inconsciemment.

 La justice ne rend pas justice

Pour Amna Guellali de Human Rights Watch, les instructions contre les journalistes, artistes ou intellectuels, bien qu’elles soient différentes en apparence, ont un point commun fondamental. Il s’agit d’un lien organique entre une loi pénale répressive non réformée, existant depuis l’ancien régime. S’ajoute à cela, une justice qui travaille pour protéger le système dicté par la société, quelle que soit sa nature, comme par exemple dans le cas de Jabeur Mejri, emprisonné pour cause d’athéisme. Dés lors, la justice ne sert plus à protéger les droits et les libertés, mais le système. Ceci aura un impact sur la liberté d’expression qui pour l’instant existe. «  Le citoyen s’exprimant librement, gardera-t-il sa liberté ? » s’interroge A. Guelleli.

Le phénomène d’agressions à l’encontre des journalistes est d’ampleur, confirme Olivia Gré, représentante de Reporters sans Frontières pour l’année 2012. 160 cas d’agressions ont été rapportés et cette année les chiffres sont bien au-delà. Ayant l’impression d’être en guerre de chiffres Madame Gré dénonce la banalisation de ce phénomène et le désintérêt croissant car « une agression est toujours une agression de trop». Le meilleur moyen de se protéger est «de ne pas raconter n’importe quoi. On assiste au phénomène de politisation des lignes éditoriales et il y a par la suite des médias qui se radicalisent». Se confronter entre confrères également, pourrait mieux servir le secteur médiatique qui souffrirait du manque de reconnaissance entre professionnels du même milieu »,  s’est-elle désolée.

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