La nouvelle feuille de route tiendra-t-elle la route ?

La règle se confirme de jour en jour. Ce n’est plus de la banale concomitance. Chaque changement politique en Tunisie est désormais enfanté dans le sang. Pour voir bouger le dialogue national qui avait stagné pendant plusieurs semaines, il a fallu que 7 soldats de la garde nationale trouvent la mort. Il a fallu que le sang coule pour que le chef du gouvernement provisoire s’engage à accepter l’initiative du quartet de la société civile, et à présenter donc sa démission et le départ du gouvernement de la troïka. Décision à la suite de laquelle, les députés opposants retirés  sont retournés à l’Assemblée nationale constituante et le dialogue a pu enfin s’engager.

Parrainées par l’UGTT, l’UTICA, l’ordre des avocats et la LTDH, les séances de ce dialogue se déroulent depuis vendredi soir dans les salles du ministère des droits de l’homme et de la justice transitionnelle au Bardo.  Là bas, des commissions se sont vite constituées. L’une composée de membres de partis différents ( Ameur Laârayedh du mouvement Ennahdha, Kamel Morjane, Hichem Hosni, Mohamed Hamdi et Maya Jribi) aura pour mission d’accélérer « le processus gouvernemental » et statuer sur l’identité du prochain chef du gouvernement. L’autre a été baptisé, la « commission des experts ». Ceux-ci devront « soutenir » la commission des compromis à l’ANC et l’aider à résoudre les points conflictuels dans l’ébauche de la constitution.

Ainsi, alors que le paysage était en train de se refaire au ministère des droits de l’Homme, Mustapha Ben Jaafer, le président, dit-on, « de la seule institution légitime du pays», se préparait à se prononcer sur les évolutions qui tournent toutes autour de la constitution. Hier, à 13h30, il a invité la presse pour lui faire part de sa lecture, de son analyse, voire même de son « optimisme qui malgré quelques vacillements est toujours intact ». Après un bref hommage rendu aux « martyrs du pays, victimes du terrorisme», le président s’est réjoui du commencement du dialogue national et a vite décliné les échéances de la période à venir : Pas plus d’une semaine pour l’établissement de l’Instance supérieure indépendante des élections et quatre semaines pour la discussion et l’adoption de la Constitution.

Quand une journaliste lui a fait observer que l’ANC avait déjà adopté un calendrier qui n’a pas été respecté, insinuant ainsi si les nouveaux délais allaient être respectés, Mustapha Ben Jaafer a répondu « que cette question relève de l’Inconnu dont seul Dieu détient la clé. » Le président de l’ANC a toutefois assuré que son institution fera de son mieux pour gagner du temps. Ainsi, « une révision des procédures relatives aux points d’ordre et aux questions adressées au gouvernement », est envisageable afin de minimiser les déperditions de temps. Une attention particulière sera également accordée à la commission des tris chargée de sélectionner les candidats de l’Instance supérieure indépendante des élections. Cette commission, compte tenu de sa spécificité et de son importance, devra selon Ben Jaafer, être protégée contre les recours et jouir de l’unanimité de tous les Tunisiens.

Par ailleurs, rassurant une journaliste qui s’est particulièrement montrée soucieuse de l’état sécuritaire lamentable du pays, Mustapha Ben Jaafer, en sa qualité de l’un des trois présidents du pays, s’est montré confiant : «  Je participe souvent aux réunions du Conseil Supérieur de Sécurité. La situation est critique, mais l’armée et les forces de sécurité tiennent le bon bout. »

Mustapha Ben Jaafer, et avec lui, les politiciens qui se sont engagés dans ce nouvel épisode de dialogue national, parviendront-ils à faire sortir le pays de la crise? La question relève de l’Inconnu dont seul Dieu détient la clé.

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