Le Dialogue national en deuil : les Tunisiens choqués, déçus et déprimés

La Tunisie est en émoi. Cette semaine est parmi les plus longues de son histoire. L’unité nationale et l’intégrité de la République sont de plus en plus menacées. La violence risque d’enflammer tout le pays et peut se transformer en explosion générale. Le terrorisme enfonce rapidement ses pions dans les régions intérieures et dans les montagnes.

La situation du pays est devenue intenable. Certes, cela fait plusieurs mois que les Tunisiens, devenus de plus en plus méfiants, cherchaient le bout du tunnel. Le bon peuple qui avait les yeux tournés vers la Kasbah et qui fondait de grands espoirs sur le lancement du Dialogue national prévu pour le 23 octobre 2013 a fini cette journée avec l’assassinat de six agents de la Garde nationale à Sidi Bouzid, berceau de la révolution tunisienne.

La déception et le désarroi qui ont atteint des sommets semblent les mots (maux) communs et les plus partagés et ressentis par l’écrasante majorité des citoyens tunisiens. Ces sentiments pourraient entraîner toutes les dérives. De jeunes Tunisiens tués par d’autres jeunes Tunisiens. Tous ont perdu tout espoir et n’ont aucune confiance surtout dans les partis politiques et cherchent désespérément une planche de salut. Par sa fixation, le gouvernement tunisien veut préserver son pouvoir et éviter le naufrage, mais… il continue à s’attacher à de vieux refrains sous prétexte de ne pas créer un vide politique et de préservation de la légitimité. Après des heures d’attente, le dernier discours du chef du Gouvernement a semé davantage le trouble quant au sort de la feuille de route du quartet.

Le pays est tombé de nouveau dans le marasme et s’enfonce dans ses malheurs, devenus quotidiens. C’est une scène d’Algérie des années 1990 et un vrai drame. Les faits sont là : plusieurs agents de la Garde nationale tués dans des attaques terroristes, de graves menaces partout, deuil après deuil, un dialogue national en panne et une crise économique sans précédent.

Que reste-t-il  à détruire ? Le retard dans le lancement du  Dialogue national a rendu service aux terroristes. Cette situation demeure lourde de conséquences. Qui sait ce qui pourrait se passer dans les jours qui viennent ?

Il serait exagéré de citer comme seuls coupables de ces grands désordres les agresseurs de nos agents de police, nos militaires et agents de la Garde nationale. Les partis politiques sont depuis longtemps dans le déni et le blocage, aujourd’hui le bilan sécuritaire est peu rassurant. C’est en ce sens que l’on peut reprocher à tous les partis politiques leurs aboiements infinis face à un peuple au bord de la déprime, mais attention, le bon peuple a beaucoup à dire. La majorité est encore silencieuse.

Nos partis politiques qui, aux yeux de l’opinion, ont perdu toute crédibilité, sont-ils capables d’avoir un regard objectif sur eux-mêmes ? Leur égoïsme et opportunisme ne sont-ils pas les vrais ennemis des Tunisiens ? Avons-nous besoin d’autres martyrs pour nous réveiller ?

Il faut admettre que certains partis politiques nous présentent aujourd’hui une bien triste alternative face aux actions barbares des terroristes : se retirer du Dialogue national si le gouvernement ne tient pas ses promesses quant à la démission du gouvernement Laârayedh, dans un délai de trois semaines à compter de la sanglante journée du 23 octobre… Notons que le Front du Salut est passé à l’action et a déjà malheureusement suspendu hier sa participation au Dialogue national.

Cette attitude n’est pas la bonne réponse au terrorisme, elle est même aussi dangereuse que les cellules terroristes dormantes qui pensent en termes de nombre de morts alors que nos politiques ne pensent qu’en termes d’enjeux électoraux. Malheureusement, dans leurs discours, alimentés par de vains débats télévisés, nos politiques jouent la carte de l’escalade au lieu de se livrer à une sérieuse quête de solutions, face à tant de problèmes économiques, sociaux et sécuritaires.

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