Un an auparavant, Lotfi Nagueth a été lynché

Un an déjà est passé depuis l’assassinat du martyr  Lotfi Nagueth, ex-membre de Nidaa Tounes. Le 18 Octobre 2012 fut une date fatidique non seulement pour la famille Nagueth mais aussi pour la Tunisie car ce meurtre est considéré comme le premier assassinat politique post -14 Janvier.

Depuis la révolution, la violence a marqué un virage et est montée en flèche, des propagandes virulentes au passage à l’acte. Lotfi Nagueth a été “exécuté” à coups de pied, pierres, armes blanches, barres de fer. Ce fut ensuite au tour des deux martyrs Belaïd et Brahmi, tués par balles et  dont les images étaient omniprésentes lors de la conférence de presse de Nidaa Tounès.

Trois assassinats marquant la scène politique tunisienne et présentant chacun des particularités. Cependant, ils ont plus d’un dénominateur commun : premier élément : avant chaque meurtre, une propagande virulente était menée contre la personne visée. Deuxième élément, malgré les avertissements, les autorités locales et régionales n’ont pas accompli leur rôle de protection de ces martyrs, visiblement sujets à des menaces de mort. Troisième élément : la lenteur de la justice et la non transparence des enquêtes judicaires. Quatrième élément, et non des moins significatifs : ces trois personnalités politiques font partie de l’opposition.

«En rassemblant ces faits, il est légitime de réfléchir sur la nature de ces crimes », s’est interrogé Abid Kefi, avocat de lotfi Nagueth :  « Sont t-ils des crimes contre l’Etat  ou des crimes contre l’Humanité ? ».

Rétorquant que quelle que soit la nature ce ces crimes (lynchage de Lotfi Nagueth ) l’homicide volontaire ou non est puni par la loi. En effet,  l’article 204 et 205 du code pénal stipulent que la peine prévue pour l’homicide volontaire est la peine de mort .« Est puni de mort, l’auteur de l’homicide volontaire » ou d’emprisonnement. L’homicide non volontaire est régi, quant à lui, par l’article 208 du code pénal : « Le  coupable est puni de vingt ans de réclusion, si les coups portés ou les blessures faites volontairement, mais sans intention de donner la mort, l’ont pourtant occasionnée. En cas de préméditation, la peine est celle de l’emprisonnement à vie. »

Alors pourquoi faire du crime politique un crime à part bien que ce soient les mêmes textes de loi qui sont appliquées en justice ? En effet, le seul critère qui différencie l’homicide volontaire du crime politique est le mobile.

Le mobile politique dans le cas de Lotfi Nagueth

« Les crimes politiques ont toujours existé », explique Abid Kefi. Eliminer son opposant car il porte des idées différentes ou pour s’accaparer le pouvoir est aussi vieux que l’Humanité. Mais le mobile reste avant tout politique.

Bien que  le tribunal de Sousse ait conclu à une mort suite à une altercation, le mobile politique est bien présent. En effet, contrairement à l’autopsie de Tataouine, celle de Sfax a confirmé qu’il y a eu lynchage : côtes brisées et autres marques de violence. Le tribunal n’a pas également pris en compte une réunion organisée la veille par les membres des LPR, des membres du CPR, du Parti du peuple et de la société civile : une réunion pour appeler à «  assainir les institutions des symboles de l’ancien régime ».

La marche organisée le jour même de l’assassinant  s’est arrêtée devant la Maison des agriculteurs à Tatouine où il y a eu attaque du bureau de Lotfi Nagueth et son lynchage : les assaillants portaient des barres de fer, des armes blanches et des pierres : Lotfi Nagueth a donc été lynché par des personnes ayant un mobile politique, ce qui en fait un crime politique.

Cependant, pour Slim Laghmani, professeur en droit, « la notion de crime politique a été longtemps galvaudée par la société civile ou encore les médias ». Il ajoute que « juridiquement, il vaudrait mieux parler d’infraction politique qui porte atteinte à l’ordre politique de l’État, même si le mobile de l’auteur n’est pas proprement politique. Ex: espionnage ou fraude électorale. Dans ce sens, l’infraction politique est différente de l’infraction de droit commun (assassinat de Lotfi Nagueth) ou de l’infraction terroriste (assassinat  de Brahmi et Belaïd) ».

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