L’incompréhensible débandade de la liberté

"La liberté est une pratique quotidienne" ©Moez Zarai

L’autre jour, entrée côté départ de l’aérogare Tunis-Carthage, une petite queue de neuf à dix mètres  se forme à l’entrée du portail métallique de sécurité. Juste avant le portail, un jeune homme pris d’un malaise s’adosse puis s’assied au pied de la vitre. Il passera ainsi cinq à huit bonnes minutes sans que personne ne s’en occupe vraiment à part la jeune personne qui l’accompagne. Le préposé au portail métallique, en grande discussion avec une connaissance, laisse passer sans regarder les bagages qu’il est censé visualiser sur son pupitre. Une personne l’alerte du cas de malaise mais, lui, ne daigne même pas mettre à la bouche son talkie-walkie qu’il balance au bout de son bras. Les présents entourent le jeune homme au sol et lui donnent bonbon, eau et parfum. Il se relève, fait signe que ça va mieux et passe le portail avec toujours un préposé en discussion avec sa connaissance dont il semble s’être éloigné depuis très longtemps. Cela expliquerait cette longue discussion. Cela finit par me rappeler cette vieille merveille accrochée par le caissier d’une institution qui disait en substance : « il n y a pas de plus pénible que la présence prolongée de gens qui n’ont rien à faire à côté de gens qui, eux, ont  quelque chose à faire ».

Le café du hall départ, bondé de monde, voit s’amonceler les papiers et autres tasses de café vides sur les tables sans que personne ne daigne les retirer et donner un coup de chiffon salutaire aux tables. Au comptoir, deux personnes visiblement énervées par leur seule présence à cet endroit pourtant climatisé et presque douillet, servent  aux clients café sur café avec la froideur d’un agent du fisc agissant dans le cadre d’une taxation d’office.

Aux guichets de la police des frontières, des jeunes filles et des jeunes hommes habillés en civil, qui avec son Tshirt coloré et son jean délavé, qui avec sa chemise ouverte et qui avec des couleurs chatoyantes de l’été reçoivent, avec l’humeur d’un matin sans café, les candidats au départ. Quelques préposés ont, quand même, gardé leur tenue officielle donnant encore plus de regrets aux habitués des lieux, quémandant, dans leur for intérieur, les traditionnels signes extérieurs d’un corps organisé qui semble avoir oublié képi et tenue officielle. Passé la police des frontières et arrivé à la hauteur du café précédent les satellites de départ, une femme mûre, enroulée, elle, dans une belle tenue réglementaire, talkie-walkie à la main, « crie » le numéro et la destination d’un vol en départ, en manquant de s’égosiller et de casser les tympans des passants. La ressemblance avec un hammam et sa ou son proposé au massage effleura immédiatement mon esprit. Le café des « satellites » est aussi propre que son alter ego du hall d’enregistrement des départs, avec les mêmes amoncellements de tasses et de papiers sur les tables, avec des attablés fumant cigarettes  et cigares dans un espace censé être non fumeurs. Dans la salle d’embarquement, l’accès à l’avion est retardé pour un vol censé partir à l’heure puisque l’avion a passé, tranquillement, la nuit sur le tarmac et les équipages censés en faire de même dans leur lit s’offrant, par là, une bonne nuit de sommeil et, pour nous,  un réveil tonique.

Tunis Carthage- Ariana : Même combat et même image

Dans l’avion, les journaux du jour disparaissent dès les premiers passages et les passagers qui suivent se limiteront à consulter le vieux magazine de Tunisair mis au dos des sièges. Le vol entamé, le pilote, un virtuose du Kiss-land arriva à bon port et rattrapa même une bonne partie de son retard après avoir snobé tous ses passagers deux heures durant en s’adressant à eux, en une seule occasion, pour annoncer laconiquement son «  décollage immédiat ». Malgré le beau temps, aucune indication ne sortit sur son plan de vol, ni sur les îles, villes et chaînes de montagne survolés. Rien. C’est à regretter ces bons vieux commandants de bord qui vous parlent des villes, ports, îles survolés et des zones situées à votre droite ou à votre gauche tout au long du vol. Bien sûr, on le comprend, lui,  il les voit chaque jour et puis, il est là, pour nous conduire à bon port pas pour nous bassiner, même si nous aurions aimé retrouver le gazouillant contact verbal prolongé des anciens commandants de bord, ayant officié bien avant lui sur cette même ligne, et qu’on applaudissait à chacun de leur doux atterrissage.

Dieu merci, ce fut un vol sans problèmes, rien à voir avec ceux qui partent et qui reviennent rapidement suite à la subite découverte d’un problème technique mais quand même, peut mieux faire et même, nettement  mieux faire. Bizarrement, ce vol finit par me rappeler la débandade en communication que nous connaissons dans le pays et me rappeler même les affreuses performances de nos municipalités en matière de levée d’ordures ménagères, nos rues sales et les personnages vociférant comme ce gros personnage se décrétant « contrôleur-organisateur » officiant dans la « nouvelle station » du « transport suburbain (Nakl Errifi pour les intimes) » improvisée, au milieu de la chaussée, face au terminus du métro de l’Ariana et qui cause, désagrément sur désagrément, aux piétons, aux automobilistes et même aux utilisateurs, navrés de recourir à ce moyen de transport face à la descente aux enfers de l’historique bus jaune.

En fin de compte, rien d’étonnant dans tout ce qui a été cité et la personne qui étonne, peut-être, parmi toutes celles présentées précédemment devrait bien être l’auteur de ces lignes, incapable de comprendre ce que liberté veut dire, lui qui l’associe à une débandade. Quelle sottise !

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