L’ex-Colonel Mohamed Salah Hedri analyse le terrorisme en Tunisie

Mohamed-salah-hedri-l-economiste-maghrebin« Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ». Pour croire que la menace terroriste ne guette pas la Tunisie, il faut fouiller désespérément  dans tous les sens, afin de trouver un argument favorable à cette thèse, fermer les yeux devant des faits palpables, à savoir  les incidents s’étalant  du 18 mai 2012 (événements de Rouhia dans le gouvernorat de Siliana) jusqu’au 18 octobre 2013 (événement de Goubellat dans le gouvernorat de Béjà),  faire la sourde oreille devant ce spectacle funèbre où sang, balles, affrontements font le lit du terrorisme. Rappelons que la déclaration de Khaled Tarrouch s’inscrit dans ce cadre.

Du 18 mai 2012 au 18 octobre 2013, le sang de nos soldats a coulé à flots. Mohamed Salah Hedri, leader du parti de la Justice et du Développement, colonel retraité, expert en sûreté et chercheur en sciences politiques, examine la situation sécuritaire du pays, du haut de son expérience dans l’armée tunisienne.

Événement de Goubellat : opération mal préparée

Notre interlocuteur,ex-Colonel de la vénérable Armée nationale,  derrière son bureau, entre le drapeau du pays et celui de son parti,  regrette la mauvaise préparation et le manque de moyens pour l’opération de Goubellat. Pour lui, l’affrontement entre les agents de la Garde nationale et les terroristes s’inscrit dans une optique de défense car : «  Les terroristes n’envisageaient  pas d’attaquer.  Mais une fois que les agents de la Garde nationale sont venus s’enquérir de leur identité, l’opération a tourné en tuerie ».

Mais de quel genre de terroristes  s’agit-il ? : « C’est une cellule dormante, dont les membres ont pu s’installer comme agriculteurs dans la zone, tout en utilisant leur maison comme dépôt d’armes, en attendant les ordres de leurs  mandants ».

Il renchérit en proposant une stratégie d’attaques successives : «  Il faut multiplier les attaques contre les cellules terroristes et ne pas leur accorder le temps de se reposer ou de se ravitailler ». Un point positif dans l’opération : «  La cellule dormante a été découverte bien avant qu’elle ne réalise une opération terroriste », dit-il  avec soulagement.

L’Armée tunisienne capable d’en venir à bout mais…

Pour rendre à César ce qui appartient à César, Mohamed Salah Hedri nous précise que l’armée n’intervient qu’ en coordination avec les différentes composante des forces de l’ordre (Brigade antiterroriste, Douane, police etc.)
Autrement dit, l’harmonie et la bonne organisation doivent régner en maîtres entre toutes ces composantes.

Sûr de ce qu’il avance et sur un ton rassurant, notre interlocuteur nous affirme que l’Armée nationale a été formée à la guérilla, pour contrer les éventuels actes terroristes. Cependant, les terroristes qui s’attaquent aux forces de l’ordre et à toute une armée ne peuvent compter que sur l’effet de surprise pour réussir leur coup : « Ils frappent subitement et se retirent tout aussi subitement ». « C’est la guerre du faible contre le plus fort, mais sachez que c’est une guerre de longue haleine », avertit-il.

Malheureusement, regrette-t-il, les tractations politiques n’aident pas à la réussite de la lutte contre le terrorisme : « Dépasser les désaccords est un impératif, notamment en cette période. Finaliser la Constitution, élire l’ISIE et aller jusqu’au bout du dialogue national sont des urgences », assène-t-il.

Les critiques du Colonel n’ont pas épargné le président provisoire de la République, mais cette fois en sa qualité de chef suprême des forces armées qui  n’est pas en train d’assumer ce rôle : «  A un moment pareil, il devrait remonter le moral de l’armée et déployer tous les moyens nécessaires pour lutter contre ce fléau ». Et bien sûr, l’ex-Colonel n’a pas manqué de nous rappeler l’une de ces célèbres vidéos de Moncef Marzouki, dans laquelle il s’adresse aux terroristes  terrés sur le Mont Châambi.

La Tunisie : objet de convoitise entre les wahhabites et les chiites

Que vient faire le terrorisme en Tunisie, terre d’Islam malékite, tolérant et modéré ? À cette question notre invité nous déclare que la Tunisie étant , d’une part, une référence dans le renversement des dictatures et donc un facteur déclenchant du Printemps arabe et d’autre part, un phare de l’Islam grâce à la grande mosquée Ezzitouna, fait l’objet de convoitise de deux forces qui s’opposent, à savoir les wahhabites et les chiites, chacun d’eux voulant étendre son influence sur le pays. «  Une fois que la mainmise des wahhabites sur le pays sera devenue une réalité, ils pourront plus tard dominer le reste des pays arabes », dévoile-t-il.
De plus,  « la Tunisie demeure le maillon faible militairement dans les pays du Maghreb, notamment si on la compare aux autres pays maghrébins », poursuit-il.
À cet égard, l’ex-Colonel a rappelé que le discours terroriste a préparé le terrain aux futurs actes. Selon lui, la vidéo dans laquelle Abou Iyadh met en garde contre des attaques terroristes en Tunisie et annonce que les autorités accuseront Ansar Chariaa d’en être responsable, est un message codé pour ses partisans, une sorte de feu vert pour le coup d’envoi des attaques planifiés.

http://www.youtube.com/watch?v=aPgrLnM_C70

A quel remède recourir ?

À croire notre invité, les solutions ne manquent pas, c’est la volonté politique qui pose problème. «  A quoi cela sert de faire des réformes ou de changer quoi que ce soit avant la démission du gouvernement ? », déclare-t-il. Ensuite viennent d’autres mesures urgentes : revoir et promulguer la loi antiterroriste, faire passer la loi de protection des agents de l’ordre, fournir  les moyens logistiques et matériels àl’armée tunisienne.  Se référant à Sun Tzu, le célèbre stratégiste chinois, il a rappelé sa théorie qui consiste en l’harmonie entre l’armée et le pouvoir politique. «  Le rapport entre l’armée et le prochain gouvernement doit être harmonieux », dit-il.

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