Un pays à bout de souffle !?

«Les nations ont le sort qu’elles se font. Rien d’heureux ne leur vient au hasard. Ceux qui les servent sont ceux qui développent leur force profonde.»

Edouard Herriot.

Homme politique et écrivain français.

 

Les Tunisiens travaillés par des courants multiples aspirent en premier lieu à la fin de cette transition qui ne s’achève pas. Certains venus d’ailleurs occupant des postes de responsabilité auxquels ils n’ont jamais aspiré, ni été préparés, s’y cramponnent bec et ongles. Ils offrent un spectacle affligeant dans leurs comportements. Ils tentent d’assurer en premier lieu leur avenir. Oubliant qu’ils sont là par la volonté d’une Constituante qui, elle-même, ignore sa mission principale historique, celle d’écrire une Constitution. Dans sa légitimité, à tout bout de champ évoquée, cette dernière n’a pas été exemplaire. Elle a transgressé ses prérogatives. Les procès-verbaux de ses réunions sont édifiants à plusieurs égards. Il est vrai que certains élus n’ont pas le niveau requis pour élever les débats et agiter les idées innovantes. Il est vrai que la plupart sont des nouveaux venus dans les méandres de la politique et ignorent ses exigences. Il est vrai que le mode retenu de la dernière élection a favorisé l’apparition d’illustres inconnus. Il est vrai que la plupart n’ont jamais assumé de responsabilités administratives, ni celles d’élus. Ni les sources de leur fortune, ni leur parcours politique, tant attendus, n’ont encore été révélés. De plus, au fil des jours, ils ont trouvé des médias qui les accueillent à bras ouverts. De prétendus journalistes qui vont jusqu’à ignorer leur code de conduite, voire la charte de leur profession, se sont mis à leur service. Ils leur ouvrent colonnes et micros pour propager la médiocrité de leurs interventions. Leur but est de vouloir paraître sur la scène, voire se mettre sur le parvis pour prouver leur existence et épater des admirateurs fictifs. De là est née leur période de paroxysme. Une armada d’analystes politiques payés en monnaie sonnante et  trébuchante où le copinage et l’incapacité font la loi, vont tenter de propager leur marque. A ce paysage médiatique peu réconfortant dans son ensemble où la presse est soumise aux puissances de l’économie et de la politique, vient s’ajouter une perte de confiance due au manque de lisibilité du futur par les gouvernants. Le nouveau politique peut-il prendre en considération la crise et ses effets pervers? Est-il capable de se remettre en cause ? Au lieu de corriger ses défauts et construire un socle en recherchant l’unité la plus large autour de valeurs, s’est-il embourbé dans ses contradictions ? Certains veulent-ils plonger le pays dans la nuit des temps en ne parlant que de la pluie et du beau temps? La nouvelle génération, motrice de la révolution, exige de plus en plus un renouvellement de la classe politique et un redressement de leur pays à bout de souffle. Personne  ne prend encore à bras-le-corps les problèmes du citoyen lambda et ne lui propose un projet réalisable.  Ne nous y trompons pas. Le pays va à la dérive. Des bandes veulent le ravager en instaurant la peur et l’insécurité. A chaque jour un engagé politique est menacé de mort ! Un rapide inventaire de ces années de cauchemar et de cafouillage indescriptibles  ne réjouirait personne. Quel héritage ont laissé les gouvernants à ceux qui espèrent,  à ceux dont les rêves sont brisés ? A chaque jour le pays glisse davantage vers l’inconnu alors qu’ils ont l’audace de soutenir le contraire. Les agences de notation, les institutions financières internationales et la dernière en date la Banque africaine, ne font plus confiance à cette gouvernance peu scrupuleuse des intérêts du pays. Ils scrutent les changements et décident sur les signaux qui tardent à venir. Même le budget 2014 tarde à sortir de ses  cartons. Par dose homéopathique et par des fuites ou des ballons d’essai, on annonce des hausses de prix, d’ailleurs attendues puisque l’imagination n’est pas au pouvoir. Quel financement et à quel taux, on va être sabordé ? Comment va-t-on financer ce budget encore en gestation ? Fait-on appel à ces soixante-dix milliardaires nouvellement identifiés pour aider leur pays à sortir du gouffre ? Qui va enfin payer l’échec d’une gouvernance qui a mis le pays à bout de souffle ? Le parti au pouvoir et du pouvoir Ennahdha n’échappera pas à ses responsabilités devant l’Histoire et devant les électeurs. Au lieu d’analyses du passé, d’expertises du présent, de prospectives du futur et de concertations à grande échelle et à tous les niveaux, il a choisi la fuite en avant et l’incohérence. Nous, ceux qui ont combattu comme eux la dictature et qui ont choisi, dès leur jeunesse, d’être au service du drapeau, n’avons pas oublié nos martyrs : ceux du 9 Avril, de la bataille de l’indépendance, de la guerre de Bizerte, de la révolution du 14 Janvier et d’autres dates historiques gravées dans le marbre des consciences de nos concitoyens. L’Histoire donnera raison à ces héros et surtout pas le pouvoir qui par essence est éphémère. Nous l’avons écrit à maintes reprises. C’est notre devoir sacré de transmission. Nous avons appelé également à donner la priorité à l’économie délaissée par des politicards de second espèce. Nous avons appelé à l’indépendance de  l’Institut National de la Statistique du pouvoir politique ; à la contribution des plus riches par un nouveau taux d’imposition plus élevé ; à la révision du code des impôts ; à la refondation de l’école; à la révision par étapes de la Caisse de compensation ; à la protection des classes démunies… Nous et d’autres avons proposé dans des écrits des pistes de solutions jusqu’au jour où l’espace de liberté du journal La Presse nous a été fermé. Nous avons appelé toutes les forces à se mettre autour d’une table pour mettre fin au plus vite à la transition qui a été sous tous les angles néfaste au pays (voir Essarih du 22/10/2012 Où va notre Tunisie). Nous continuerons à prêcher la bonne parole, il y va de l’avenir de nos enfants. Face aux ambitieux effrénées, nous leur soumettons à nouveau le socle des idées de Bourguiba, d’avant sa maladie. Il est encore solide. Il suffit d’actualiser ses concepts et de les adapter à la nouvelle donne du pays : rechercher une unité nationale élargie sur de nouvelles bases communes ; identifier ce qui nous unit ; banaliser les rancœurs et les haines d’autant ;  laisser le temps au temps de séparer le bon grain de l’ivraie…Il faut admettre que l’époque de la gouvernance des partis uniques et des chefs charismatiques est révolue. La société civile est une nouvelle donne. Le partage du pouvoir est une garantie de pérennité de ce nouveau siècle. L’information avec ses nouveaux moyens et les réseaux sociaux avec leur propagation y contribuent. Ils aident à changer les mentalités et par suite le monde qui devient instantané et de plus en plus incontrôlable. C’est aujourd’hui l’ère du TGV et de la course vers le meilleur. Ne laissons pas notre pays à la traîne, sur le quai. Agissons ensemble pour que les participants au dialogue puissent réussir. Tout le monde les attend de pied ferme et ils n’ont pas droit à l’échec !

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