Libye : des craintes de chaos économique

Les opérateurs étrangers, mais aussi les Libyens, craignent pour l’économie du pays. L’épisode de l’été dernier du blocage des installations pétrolières a laissé des traces. Dans un pays où le pétrole fait l’essentiel de l’économie : 65% du PIB et 95% des revenus de l’Etat. Un Etat qui est le plus important employeur. En effet, la population active du pays est salariée de l’Etat libyen à hauteur de 80%.

« L’afflux des réfugiés africains à Lampedusa et bientôt chez nous me fait regretter la disparition du régime Kadhafi en Libye ». Ainsi tweetait, samedi 12 octobre 2013, le sénateur français, Philippe Mariani, président de surcroît de la Commission des finances du Sénat. Propos irresponsables, malveillants, voire carrément racistes ou encore expression d’une « vérité » que des acteurs politiques et économiques européens ne disent pas toujours tout haut mais pensent tout bas ? Le débat est ouvert.

Peut-on, à ce niveau, inscrire sur la liste des mécontents de l’ordre révolutionnaire établi après le renversement en Libye du dictateur Mouammar Kadhafi les nombreuses sociétés pétrolières (elles seraient au nombre de 35) qui continuent à extraire du pétrole du sol libyen ?

Possible. Tant la révolution du 15 février 2011 n’a pas apporté un mieux-être pour ces opérateurs italien, américain, français et espagnol qui ne voient pas l’avenir d’un très bon œil. Le rapt, le 10 octobre 2013, du Premier ministre Ali Zeidan est là pour rappeler que l’insécurité ne peut que fragiliser le vécu des entreprises engagées dans l’activité la plus importante du pays, le pétrole : 65% du PIB et 95% des revenus de l’Etat.

Jusqu’à… 80 000 barils par jour

Ces opérateurs ne sont pas près d’oublier l’épisode tragique de l’été 2013. Lorsque la production pétrolière est tombée jusqu’à… 80 000 barils par jour. Lorsque des agents de sécurité, des employés du secteur pétrolier aidés par des ex-rebelles ont fermé oléoducs et terminaux pétroliers. Allant jusqu’à se permettre de vendre illégalement des quantités de pétrole brut à tous ceux qui étaient prêts à les payer rubis sur l’ongle.

On avait constaté à l’occasion que l’Etat libyen avait  importé du gasoil et du mazout pour faire fonctionner ses centrales électriques. Les Libyens étaient agacés à la même période de constituer de longues files d’attente dans les stations-service pour s’approvisionner en carburant.

L’équation est du reste simpliste, selon de nombreux experts : si la Libye veut rééquilibrer son budget, elle  se doit de produire pas moins de 1,5 million de barils par jour. Production assurée avant la révolution. Et même directement après le décès du dictateur libyen.

Un pétrole de très haute qualité

L’affaire est de taille : près de 80% de la population active du pays est salariée de l’Etat libyen. Et même si la production pétrolière libyenne ne pèse pas lourd au niveau de la production mondiale ( 2% ), la Libye possède des réserves qualifiées des plus importantes du continent africain : 48 millions de barils. Bien plus : le sol libyen renferme du pétrole de très haute qualité et dont l’extraction est des moins coûteuses au monde.

Un trésor qui risque de ne pas beaucoup profiter aux Libyens. Qui commencent à douter d’un partage juste de cette manne du ciel. En raison bien évidemment de l’insécurité.

Deux indicateurs sont, à ce niveau, à mettre en exergue. D’abord, le poids des milices qui « gouvernent » le pays. Certaines sources disent que les miliciens seraient au nombre de 18 000 et seraient constitués en 300 unités. Un chercheur de l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales), Mathieu Pellerin, soutenait, par ailleurs, en 2012, que le nombre d’armes circulant en Libye était de 20 millions.

Ensuite, les quelque 4200 kilomètres de frontières libyennes sont en partie poreuses. Selon certains articles, les 2000 kilomètres de frontières sud sont tenues par les tribus : « Les Toubous contrôlent la zone Est de la frontière du Soudan jusqu’à Toumou, poste-frontière avec le Niger ; les Touaregs s’occupent de l’ouest, de Toumou à l’Algérie ; et les Arabes supervisent Sebha, la capitale du Fezzan » (voir Maryline Dumas,  IPS, Libye: La situation des frontières au sud est toujours critique).

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