In… Ach (Ré-animation) : nouvelle création théâtrale de Kamel Touati

La situation du pays n’est pas sans impacter sur la production artistique d’une façon générale et la production théâtrale d’une façon particulière. Kamel Touati ne déroge pas à la règle pour sa nouvelle création. La pièce se veut une métaphore de la situation du citoyen dans un pays passant par une transition « In… Ach » (Ré-animation).

Kamel Touati porte à la fois la casquette du réalisateur  et celle du comédien, dans cette pièce présentée en avant-première le 9 octobre et en première le 10 octobre, au théâtre municipal.

Tout en abandonnant, le discours direct et la narration, Kamel Touati a choisi de miser sur l’allusion et les symboles, contrairement à plusieurs créations théâtrales ayant choisi le discours direct et le réalisme cru.

Bien qu’il soit d’un genre mitigé et polémique, la talentueux comédien a choisi le One-man-show comme genre théâtral : raison financière ou choix esthétique, on ne saurait le dire pour le moment. Le spectateur se trouve face à un personnage anonyme dont il ignore tout. Il comprendra par la suite qu’il s’agit d’un malade qui peine à se réveiller et cette impression s’accentue davantage par le décor minimaliste qui renforce cette idée : chaise, table, table de consultation et murs pareils à ceux de la prison. S’ajoute à cela les habits du personnage de couleur blanche.

Le spectateur suivra pendant un peu plus d’une heure l’évolution du personnage et ses tentatives successives pour se réveiller.

Le réveil se fait dans la difficulté, car le protagoniste retrouve difficilement son odorat, ses paroles et ses réflexes pour passer à une autre étape. Le spectateur averti ne peinera pas à comprendre qu’il s’agit d’une réanimation sociale car au-delà de la réanimation du personnage se cache la réanimation de tout un pays  non déterminé dans la pièce, que certainement le spectateur a identifié comme son propre pays.

La métaphore de la réanimation a bien servi Kamel Touati pour éviter le chemin battu du discours politique orienté. Cela à permis que sa pièce soit ouverte sur plusieurs interprétations. Le héros a pu introduire le spectateur dans son délire et son incapacité à évoluer dans son univers, qu’à travers ses réminiscences et des bribes de souvenirs éparpillés dans tous les sens. En observant le personnage, le spectateur pourrait se demander, s’il lui renvoie sa propre image ? Celle du Tunisien de l’après révolution,  ne savant sur quel pied danser et quel chemin emprunter.

Et si on avait à classer cette pièce théâtrale ? Bien qu’elle porte en elle le rire et les pleurs, la classer parmi les pièces tragiques ne se tient pas debout. Disons que c’est un monodrame à base de suggestions, allusions et métaphores.

Kamel Touati, reconnu par les Tunisiens en tant que l’un des comédiens les plus doués de sa génération, a plus de mal à s’imposer dans cette pièce en tant que réalisateur. Il semble qu’il n’a pas pu concilier les deux taches. Le comédien n’a en effet pas pu se détacher de l’influence du personnage du psychiatre « Sliman Labyedh » dans la sitcom télévisée « Choufli hal ».

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