Le droit et le devoir

Quand on veut, on peut et quand on peut, on doit. Qui ne saurait souscrire à cette proclamation de foi à connotation volontariste ? Les protagonistes politiques qui ont fini par valider la feuille de route  du quartet, après tant d’atermoiements et de tergiversations, savent à quoi s’en tenir. Ils se sont placés dans l’obligation d’aller de l’avant, jusqu’au bout du plan de sortie de crise qui leur est proposé  au terme de laborieuses consultations.

Le moindre repli équivaut à un reniement de soi et des valeurs que font prévaloir leurs propres formations politiques. Pour les acteurs clés engagés dans le dialogue national, l’échec leur est impossible, au risque de se discréditer, de se disqualifier aux yeux de l’opinion lassée des querelles de pouvoir et qui craint pour son propre avenir. Le sort du pays n’en finit pas d’inquiéter : l’économie part en vrille, les finances publiques tombées au plus bas ont perdu le sens de l’équilibre.

Signe de cette dégradation, l’alerte plus d’une fois démentie sur les salaires de la Fonction publique n’est plus tout à fait infondée. Elle relève moins d’une fiction que d’une triste réalité qui se confirme au fil des jours, à travers la chute inexorable des principaux fondamentaux. On croyait le spectre de la faillite de l’Etat définitivement exclu.

En plus de 20 ans, la question ne pouvait se poser. Mais, à moins d’un rapide et spectaculaire redressement des comptes de la nation, le pire n’est jamais exclu. La transition démocratique mérite de biens meilleurs résultats financiers, qui tournent aujourd’hui au cauchemar.

Les plus grandes marches, disait en son temps Mao Tsé Toung, commencent toujours par le premier pas. On ne donnait pas cher de la capacité du quartet de rallier à sa feuille de route ceux qui n’entendent pas quitter le pouvoir et ceux qui s’emploient à les déloger. C’est maintenant chose faite, après, il est vrai, de laborieuses et interminables consultations, compromis et concessions, de part et d’autre. Il faut persévérer dans cette voie qui rehausse notre crédit  national, en dépit des réticences des uns ou des résistances des autres, accrochés à leurs privilèges ou tétanisés par la crainte – infondée – de lendemains qui déchantent.

On se serait bien passé de ce combat d’arrière-garde et de ces nuisances qui jettent le trouble dans les esprits, nourrissent la suspicion, alors que seul un puissant sentiment de confiance peut nous éviter les affres de tensions politiques prolongées dont on ne mesure pas assez les conséquences sur le déclin de l’économie, l’unité du pays, son indépendance et sa survie.

Le dialogue est aujourd’hui bel et bien engagé, même s’il est encore à la recherche de ses propres marques. Il faut saluer ce sursaut national. Il est, certes, tardif au regard des pertes encourues à tous les niveaux. Mais il peut être salutaire s’il traduit une volonté commune de trouver une issue à la crise qui plonge à n’en pas finir le pays dans la fragilité économique, la précarité sociale, la vulnérabilité financière et la hantise de l’insécurité et du terrorisme.

La majorité des membres à l’Assemblée nationale constituante – et le gouvernement qu’elle soutient en dépit et contre tous – doivent prendre conscience de la gravité de la situation dont ils ne portent pas, seuls, la responsabilité. S’ils persistent et signent dans leur obstination  et leur refus de s’inscrire dans la feuille de route du quartet, il n’est pas sûr qu’ils fassent le bon choix. S’ils ne s’y résolvent d’eux-mêmes, les difficultés économiques et surtout financières s’en chargeront. Il s’agit moins de s’arc-bouter sur ses prétendus droits ou sur une  légitimité, dont il faut bien reconnaitre qu’elle a dépassé d’une année sa date de validité, que de retrouver les chemins vertueux d’une transition démocratique sereine.

On connaît les raisons qui ont motivé l’initiative du quartet et mobilisé le Front du salut et de larges pans de la société civile. Elles sont loin d’être insignifiantes pour les traiter avec mépris ou indifférence. Elles trouvent un large écho parmi les forces vives du pays. Elles ne laissent pas au demeurant insensibles hors de nos frontières.

L’Ugtt, l’Utica, le Conseil de l’Ordre des avocats et la Ligue des droits de l’Homme sont dans leur rôle de vigie et de défenseur en dernière instance de notre héritage républicain, qui a survécu à bien des entorses à la démocratie. Leur feuille de route ne heurte aucune sensibilité et ne s’en prend à aucune formation politique. Elle cherche à éradiquer les dangers du terrorisme et de l’insécurité, à éloigner le spectre de la discorde, de la faillite économique et financière et à prévenir les risques d’explosions sociales à répétition. Il n’y est fait le procès d’aucune partie. C’est une réelle volonté de sauver la transition démocratique de ses propres turpitudes.

Y arriverons-nous ? Nous avons bon espoir d’y parvenir, dès lors que nous sommes acculés dos au mur. C’est aussi cela l’exception tunisienne. La troïka et l’opposition ont conscience des limites de leurs marges. Elles mesurent sans peine les enjeux pour l’avenir de cet ultime rendez-vous de la dernière chance. Les Tunisiens les observent et s’arrogent le droit de les juger. Ils ne seront pas les seuls. Le monde entier a le regard braqué sur nous. Car l’avenir de la démocratie en dépend.

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