Maroc : Kyrielle de défis économiques pour le gouvernement Benkirane II

Faut-il croire, comme l’affirment certains spécialistes des sciences politiques, que la monarchie a- comparée au régime républicain- cette qualité première d’assurer plus facilement la continuité de l’Etat ? Ce qui s’est passé au Maroc depuis la démission des ministres de l’Istiqlal du gouvernement dirigé par l’islamiste Abdelillah Benkirane, patron du PJD (Parti de la Justice et du Développement), et la crise qui s’en est suivie leur donne peut-être raison. Point d’attentisme, ni encore de démission- loin s’en faut- dans les rangs du Makhzen (nom utilisé pour désigner l’Etat marocain) pendant donc les trois mois (9 juillet – 10 octobre 2013) qui séparent le retrait des ministres du Parti de la balance (symbole de l’Istiqlal) et la nomination par le roi Mohamed VI d’un nouveau gouvernement dirigé toujours par Abdelillah Benkirane, mais intégrant des ministres du RNI (Rassemblement National des Indépendants).

Ce mouvement vient précisément remplacer au gouvernement l’Istiqlal et assure donc, grâce à ses 52 députés à la Chambre des représentants (la chambre basse), au PJD, qui compte 107 députés, les moyens de continuer son petit bonhomme de chemin ; deux autres partis (le Mouvement Populaire et le Parti du Progrès et du Socialisme qui totalisent 50 députés) poursuivent leur participation au gouvernement Benkirane II. La Chambre des représentants compte 395 députés.

Que retenir de ce gouvernement Benkirane bis ? De nombreux observateurs font ressortir au moins deux facteurs dominants. Le premier est sans doute le retour au pouvoir, et par la grande porte, du RNI, parti « abonné » depuis 1970 aux arcanes du pouvoir. Créé par Ahmed Osman, beau-frère d’Hassan II (1929-1999), père de Mohamed VI, le RNI, de tendance libérale, a participé à bien des gouvernements de la monarchie alaouite.

Vivier de cadres parmi les plus compétents du pays, le RNI fait un retour remarqué aux commandes du pays avec huit ministres. Le PJD, qui a pratiquement le double de sièges à la Chambre des représentants, ne dispose, pour sa part, que de 12 portefeuilles, dont celui de chef du gouvernement, sur un total de 39 (31 dans le précédent gouvernement).

Le déficit budgétaire estimé, en 2012, à plus de 7% du PIB

Bien plus, et grâce à ses talents de négociateur, Slaheddine Mezouar, le chef du RNI, a obtenu des maroquins de première importance. Celui, d’abord, des Affaires étrangères, qui tombe dans l’escarcelle de Mezouar, ancien argentier du royaume (2007-2011). Ceux, ensuite, en charge de l’économie du pays : le ministère de l’Economie et des Finances, celui de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique et le ministère de l’Artisanat, de l’Economie sociale et solidaire. Le RNI truste pratiquement également les ministères délégués chargés du volet économique (deux sur trois).

Second facteur à relever concernant la nomination du gouvernement Benkirane II : la place des femmes. Six femmes ont obtenu des portefeuilles au lieu d’une seule dans le gouvernement Benkirane I, nommée en janvier 2012, au lendemain des élections de novembre 2011, qui ont porté les islamistes du PJD au pouvoir.

Qu’ils soient hommes ou femmes, les membres du gouvernement ont cela dit du pain sur la planche. Ils devront trouver solution au plus vite à de nombreux problèmes économiques que connaît le pays. A commencer par celui du déficit budgétaire estimé, en 2012, à plus de 7% du PIB. Ils devront, dans la foulée, s’occuper de la Caisse de compensation qui engloutit chaque année près de 50 milliards de dirhams marocains (environ 10 milliards de dinars).

Le gouvernement marocain nommé le 10 octobre 2013 devra se mettre, en outre, au travail pour avancer sur les dossiers du système des retraites qui commence à connaître un déficit important. Des experts insistent sur le fait que si rien n’est fait aujourd’hui, ce déficit sera, à l’horizon 2060, de 813 milliards de dirhams (près de 145 milliards de dinars).

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