Maroc, signification du remaniement ministériel

Investie par le roi, l’équipe « Benkirane II » a été laborieusement constituée, après plusieurs semaines de négociations, de discussions, de marchandages et d’arbitrages. La défection de l’Istiqlal, le parti national, héros de l’indépendance, est significative. Elle traduit sa crainte de l’agenda caché « d’islamisation forcée » de la société,  que Benkirane aurait tenté d’engager, en application du discours fondateur de son parti. Les libéraux du RNI (Rassemblement national des indépendants),  qui faisaient partie de l’opposition il y a quelques mois, font leur entrée dans l’équipe gouvernementale. En effet, moins de deux mois avant le scrutin, son chef, Salaheddine Mezouar, avait constitué derrière lui l’Alliance pour la démocratie, une coalition hétéroclite de huit partis ayant juré de barrer la route aux islamistes. Exigence de la nouvelle conjoncture, « les frères ennemis font cause commune pour gérer les affaires. »

Le parti islamiste PJD (Parti de la justice et du développement) reste certes aux commandes. Mais il doit reporter l’application de son programme identitaire. Est-ce à dire que « Benkirane se tire une balle dans le pied ! », puisque les Finances, l’Intérieur, l’Education, les Habous, les Affaires Etrangères et le Secrétariat d’Etat sont désormais hors de son influence (Fahd Yata, La tribune, 11 octobre 2013). D’autre part, le ministère de l’Intérieur est désormais dévolu à Mohamed Hassad, personnalité indépendante, connue pour ses compétences. Ministre de l’Equipement sous Hassan II, il a exercé d’importantes charges, sous Mohamed VI. Les observateurs ont noté l’entrée de personnalités influentes, essentiellement sous les couleurs du RNI, pour gérer des portefeuilles stratégiques à vocation économique (Sami Jennane, « Les gros calibres de Benkirane II »,  in Aujourd’hui, le Maroc, 11 octobre 2013-10-11). Dans ce même ordre d’idée s’inscrit la nette amélioration de la représentativité féminine (six dans la nouvelle formation, une seule dans la première équipe.

D’autre part,  les ministres proches du roi n’ont pas été affectés par le remaniement. Ils disposent désormais du renfort de Salaheddine Mezouar, aux Affaires Etrangères. Ultime concession, l’entrée de technocrates, pour renforcer les ministres islamistes, sans expérience dans la gestion des affaires. Peut-on dire que le Maroc a tiré la leçon de l’expérience égyptienne et du processus du dialogue tunisien ? Ce qui remet en cause la théorie de l’exception marocaine de  Fahd Yata (son blog, 11 octobre 2013). La spécificité marocaine concernerait plustôt l’importance du leadership royal et sa volonté de sauvegarder le  projet de société et l’ouverture.

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