« Nous devons tous, sans exception, nous mobiliser pour la Tunisie »

CHAWKI TABIB INLUCC

L’Economiste maghrébin : D’après-vous, comment se présentent les premiers pas du dialogue national tant attendu et espéré des Tunisiens ?

Chawki Tabib : Je dois rappeler qu’au début, c’était une initiative qu’il a fallu renforcer par une feuille de route dont l’interprétation  a connu plusieurs divergences. Et pour lever toute équivoque, il a fallu aussi la préciser davantage. Malgré cela, il y a toujours des remarques faites à droite et à gauche.

Pour ce qui est de la signature de cette feuille de route avant le déclenchement du dialogue, je dois souligner que cela émane d’une certaine expérience en la matière. Déjà, quant j’étais bâtonnier et que l’on discutait la Constitution, on avait organisé pas moins de 17 réunions pour rien, dans la mesure où chaque fois qu’on avait l’impression d’avancer un peu, nos vis-à-vis d’Ennahdha se rétractaient rapidement ou demandaient à consulter leur parti. Bref, tous les prétextes étaient bons pour retarder les négociations.

E .M : Comment alors expliquer la teneur du communiqué du Conseil consultatif d’Ennahdha qui s’était réuni le lendemain de la cérémonie officielle du dialogue, tenue au Palais des congrès à Tunis ?

Chawki Tabib : Il me semble que le mouvement a un grand problème interne. Des divergences entre sensibilités différentes. Par ailleurs, d’après moi, ils ne sont pas en train de préparer leur sortie du pouvoir, mais plutôt de préparer les prochaines échéances. Pour ce faire, ils doivent prendre en considération leurs troupes qu’ils mobiliseront demain pour les campagnes électorales.

E .M : Face à la situation notamment économique, il faut tout à la fois un gouvernement de compétences et de conviction …

Chawki Tabib : J’en conviens. Ce gouvernement doit être fortement soutenu, surtout par les Tunisiens. Il faudrait aussi un chef de gouvernement qui ne leur cache pas  la vérité, à l’image de Churchill qui s’adressait à ses compatriotes en ces termes :
«  Je vous promets de la sueur, du sang et des larmes ». Il faudrait également, en plus de l’aide étrangère, une alliance sacrée à l’intérieur pour soutenir, aider, accompagner ce gouvernement. Nous devons tous, sans exception, nous mobiliser pour la Tunisie, sans complexe puisqu’au bout du compte, il n’y aura  ni vainqueurs ni vaincus.

E .M : A ce propos, vous avez de tout temps insisté sur le rôle de la justice, des médias et de la société civile dans ce processus.

Chawki Tabib : Il faudrait qu’il y ait dans le pays, pendant au moins cinq ans, une autorité qui croit réellement à l’indépendance de la justice, qui desserre l’étau et laisse les gens travailler librement, en leur âme et conscience. En même temps, il importe de demander des comptes et de sanctionner tous ceux qui sont reconnus coupables de dépassement, de corruption,….

La démocratie, c’est principalement la séparation des pouvoirs, c’est aussi une justice indépendante, à même de trancher en cas de conflit entre individus, collectivités, partis politiques. L’arbitre, c’est la justice lors des élections, dans l’économie,…

L’émergence de cet autre handicap qui vient compliquer encore davantage la situation, à savoir le système éducatif qui a été dévalorisé d’une manière presque systématique par Ben Ali au cours des 10 à 15 dernières années. Aujourd’hui, ce secteur s’enfonce encore plus.

Propos recueillis par  M. Marouki et H. Mechri

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