Affaire des «Vignerons de Carthage» : Rendre à Magon ce qui est à Magon

Le  Tribunal administratif a tranché, en déclarant nulle et non avenue la décision des ministres de l’Agriculture et des Finances, Mohamed Ben Salem et Elyes Fakhfakh, de dissoudre le Conseil d’administration de la mutuelle centrale des Vignerons de Carthage.

Remontant dans les faits : le 5 avril dernier, Mohamed Ben Salem, lors d’une conférence de presse, parle  d’un dossier de corruption et de mauvaise gestion au sein de la société viticole. Le ministre pour étayer ses accusations s’appuie sur « un prêt non justifié de 64 mille dinars » et « des salaires hors grille ». Suite à quoi il prend la décision de nommer un comité de gestion à la tête de l’entreprise, tout en ordonnant  la dissolution  du conseil d’administration, sans même passer par les procédures juridiques de mise.

La victoire ça se fête, le calvaire de l’entreprise  ayant pris fin… Une conférence de presse a été organisée aujourd’hui,  à la Cave de Mégrine, loin des bureaux et des salles officiels de l’entreprise, le choix de l’espace ne devant rien au hasard.

Tous les membres du Conseil d’administration étaient présents pour l’occasion. Inaugurant la séance, le président du Conseil d’administration Omar Slema  a tenu à faire la part des choses et à exprimer sa reconnaissance en tout premier lieu aux ouvriers «  qui ont fait preuve de solidarité et d’une confiance dans leurs dirigeants ». L’image de la société en sort renforcée car « toutes les composantes de l’entreprise, syndicalistes, ouvriers et personnel administratif ont serré les rangs pour dépasser la crise », dit-il fièrement. Des propos qui devraient amener à revoir positivement la relation ouvrier-chef d’entreprise.

« S’il existe une leçon à tirer de cette affaire, c’est que la justice est encore là, malgré tout ce qui se passe dans le pays », affirme-t-il encore.

À travers l’histoire de Vignerons de Carthage, c’est tout un pan du parcours du militantisme politique en Tunisie qui se dévoile. L’entreprise développe des produits de qualité- en vrac 155.000 hectolitres de vin, récolte 2012-,  contribuant  au service de l’économie tunisienne depuis 56 ans.

Les difficultés rencontrées ont été surmontées. « Il suffit de savoir que le montant de notre endettement s’élevait à 41 millions de dinars en 2002, pour une perte 13 millions de dinars et un déficit en fonds propres de 34% du capital ; et pourtant tous les engagements financiers par rapport aux banques ont été honorés », explique Slim Mejri, le secrétaire général du syndicat des Vignerons de Carthage. Mais il ne se doutait pas qu’après avoir fermé le dossier de l’endettement, un autre dossier d’envergure politique allait surgir de nulle part.

Lors de son intervention, le syndicaliste a souligné la bonne direction  des affaires de l’entreprise par son président directeur général Belgacem Dikhili. Il a fait remarquer à cette occasion qu’en règle générale « les syndicalistes prennent le parti des travailleurs, mais qu’en l’occurrence ils ont soutenu l’entreprise, parce qu’elle était dans l’impasse, victime d’une injustice flagrante, qui n’a pas pris en considération le sort de 500 ouvriers et de 1000 agriculteurs ».

Exposant l’aspect juridique de l’affaire, Maître Ezzeddine Mhedhbi a tenu à préciser que le recours à la justice était l’ultime solution, puisque l’entreprise a tenté d’user de tous les moyens de réconciliation. Ainsi un recours pour excès de pouvoir a été intenté contre les ministères concernés  devant le Tribunal administratif.  « L’importance du verdit réside dans le fait qu’il soit irrévocable et nous attendons de terminer la récolte pour évaluer les pertes et intenter un autre procès pour recevoir une indemnisation », affirme-t-il. Par ailleurs, le juriste a tenu à rejeter la rumeur qui circule, selon laquelle l’Etat dispose d’un pourcentage du capital de l’entreprise.

Notons que durant la période d’instabilité due à l’affaire, les pertes de l’entreprise ont été considérables : la production a connu une chute qui varie de 30 à 35%.  Dans les conditions normales de production, Les vignerons de Carthage contribuent à hauteur 65% de la production nationale de spiritueux.

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