Dépistage préventif de l’hépatite: la circulaire contestée du ministère de la Santé

Le 13 septembre 2013, l’Association des jeunes médecins publie sur le réseau social Facebook  une circulaire provenant du ministère de la Santé qui interdirait le dépistage préventif de l’hépatite. Les personnes qui ne s’y conforment pas seraient passibles de  poursuites judiciaires.  La circulaire est qualifiée de terrible, car « elle  interdirait désormais aux chercheurs d’effectuer un dépistage du virus de l’hépatite sur la population, sous prétexte qu’ils ne disposent pas de moyens thérapeutiques », mentionne le commentaire accompagnant l’image de la circulaire. Cependant, l’avis du ministère est tout autre.

Le ministère justifie la circulaire

« C’est moi qui l’ai écrite! », a répondu, M. Afif Ben Salah, directeur de la Protection de la santé de base, le 27  septembre 2013,  lors de la conférence d’information  organisée par le ministère de la Santé. En effet, le dépistage effectué serait, selon ses dires, un dépistage sauvage, ajoutant  que lors de cette période de transition «  chacun ne peut pas faire à sa guise ».

Pour expliquer  son refus d’un dépistage bénévole, M. Ben Salah a avancé  des arguments, notamment qu’« il s’agirait d’un dépistage réalisé hors du programme national » et donc  « non conforme au programme national », le qualifiant de «  dépistage non responsable, non déontologique,  car le médecin l’ayant effectué devrait ensuite être  en mesure de prendre en charge le malade ». Il en serait de même pour «  les personnes qui sont derrière les tests, des laboratoires privés, qui obligeraient les médecins à commercialiser leurs produits ». Ajouté à cela,  qu’un bon nombre de tests seraient « de faux positifs ».

L’Association des jeunes médecins conteste

La circulaire comporte cependant des failles, dénote M. Zied Youssef Elhechmi, représentant de l’Association des jeunes médecins, qui affirme que «  la circulaire émanant d’une institution publique devrait être plus précise. Car le titre ne précise pas de quel type d’hépatite il s’agit (A, B ou C) ». Autre manquement, la circulaire ne mentionne pas si le dépistage réalisé au préalable, s’inscrit dans le cadre d’une étude épidémiologique sur une population donnée. Auquel cas, l’épidémiologiste n’est pas tenu d’assurer la prise en charge : une fois que le test de confirmation est positif,  la prise en charge se fait partiellement par la CNAM.  Ainsi, l’Association déclare que le médecin a la liberté totale d’effectuer des dépistages sur des populations à risques (exemple du toxico-insuffisant rénal concernant l’hépatite)  et n’aurait pas besoin de l’autorisation du ministère.

L’association estime que concernant les poursuites judiciaires, cela ne relève  pas des prérogatives du directeur de la Protection de santé de base, mais de celles du Conseil national de l’Ordre des médecins ; autrement, M. Ben Salah «  a outrepassé ses prérogatives ». La circulaire ne mentionne également ni les articles de loi, ni du code pénal ou du code de déontologie médicale qu’elle vise. Ainsi, «  vu les imprécisions, le caractère peu  scientifique du texte, cette note ne peut pas être appliquée par les médecins », résume Zied Youssef  Elhechmi.

Cependant, le plus grave ne serait pas ces failles textuelles, mais la marginalisation du rôle du dépistage préventif, car « le dépistage est capital dans le cas de l’hépatite qui est asymptomatique : la personne est souvent contaminée mais ne se rend pas compte ».

Avant de parler du traitement curatif, il serait judicieux de procéder à des enquêtes épidémiologiques sur la région concernée, afin de trouver les facteurs de risques (tels que les pratiques séculaires, un matériel  hospitalier souillé ou non stérilisé, des rapports sexuels non protégés etc.) et de circonscrire le foyer de l’épidémie, le disease management pratiqué par les pays développés. Mais au lieu d’encourager les dépistages volontaires, après des études de faisabilité faites par un comité d’éthique, le ministère choisit une « stratégie de fuite en avant,  se comportant ainsi comme si nous étions plus riches que les pays développés », regrette M. Elhechmi. « Pourquoi donc penser a posteriori alors que des tragédies familiales et sociales pourraient être évitées ?  »

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