Les feux de la conjoncture sont au rouge ?!

lanceurs d’alerte
« La démocratie est un système dans lequel les citoyens votent pour désigner les gouvernants sur la base d’un programme leur indiquant les intentions des gouvernants. » Jean-François Revel (Homme de lettres, journaliste et académicien français)
Dans tous les domaines, les feux de la conjoncture sont au rouge. Les gouvernants ne doivent pas avoir honte de le dire. Tous les experts le reconnaissent. Le ralentissement de l’activité et le peu de mesures prises par les gouvernements d’après la révolution sont à l’origine de ces difficultés. Les plus touchés sont ceux qui dépendent de l’investissement donc de la création de l’emploi. Nous sommes en chute libre dans ce domaine. A écouter les jubilations d’un ministre des Finances, prenant ses désirs pour des réalités, il table sur un taux d’investissement de 27%, comme sur un taux de croissance de 4,5%. On est tenté de croire qu’il vit et assume des responsabilités virtuelles. Avec un environnement social et politique en dégradation permanente, il espère une augmentation de 6% du taux d’investissement. Elle proviendrait, selon lui, à parts égales des entrepreneurs locaux et des investisseurs étrangers. Il se justifie par le nombre de séminaires organisés et pourquoi pas par le nombre de visites privées effectuées à l’étranger ? En réalité, vu la situation de crise, cette prévision est irréalisable. Faut-il lui rappeler le démenti cinglant qui a suivi sa déclaration sur la garantie américaine. Quant au rapport transmis au FMI, il se justifie de son existence sur le site du Ministère ! Il faut arrêter les dégâts avec ces ministres où le « j’y suis j’y reste » et le « je ne sortirai que par la force des baillonnettes ». Ils croient encore en leur étoile, alors que leur incompétence a ruiné le pays. Ils doivent rendre compte de leur inaction, justifier leur salaire et leurs avantages par leur bilan ! Un pays gouverné au pifomètre sans ministère de l’Economie, ni même ministère de l’Emploi, avec des confusions dans les responsabilités politiques et gouvernementales, c’est un signe que l’imagination n’est pas au pouvoir ! Lorsqu’un ministre échoue à son poste pourquoi lui donner d’autres responsabilités ? Le ministre des Finances était celui du Tourisme, quel a été son bilan ? Il faut chercher ses réalisations à la loupe. Qu’on arrête enfin de se comparer aux autres révolutions pour le temps mis à revenir à la normale. Nous connaissons l’Histoire autant, sinon mieux qu’eux. Nous étions aux commandes avant 1987 et nous avions publié nos bilans. Ils feraient mieux de nous faire connaître leur passé, mais également leur formation. Avec plus de 60 constituants en grève et 50 autres femmes au foyer et chômeurs, on prétend nous écrire une Constitution à notre convenance. Fait nouveau, le président d’Ennahdha attribue aux experts le retard de sa rédaction. Quelle nouvelle fuite en avant ! La responsabilité de l’échec, pleine et entière incombe au parti dominant. Il  n’a cessé de jeter l’anathème sur ses adversaires. Certains de ses responsables ont même été plus loin, prêchant la discorde et la haine dans leurs discours. Il n’a pas respecté non plus ses promesses. Il a échoué dans la mission qui était la sienne : écrire une Constitution en un an. Ses élus doivent également rendre compte à leurs électeurs désabusés. A l’usure de la gouvernance, les deux autres partis de la troïka  deviennent, avec  le pouvoir, des appendices insignifiants pour leur troisième partenaire. La troïka a pris un pouvoir déchu et à bout de souffle. Ses représentants se cramponnent dans les responsabilités, malgré leurs échecs. Souvent sans diplôme, ni formation qualifiante, aucun d’entre eux n’a été invité officiellement en Europe pour expliquer l’urgence d’une aide, faute de celle tant espérée « des frères donateurs ».
L’horizon, c’est le rouge : aucun plan de rigueur ; aucune orientation d’avenir. Il suffit de revenir aux « données de base publiées par le ministère de l’Enseignement supérieur 2011-2012 », pour se rendre compte de deux situations graves : celle du nombre de nouveaux diplômés qui s’ajoutent au stock déjà lourd et celle de la déperdition des jeunes qui vont rejoindre le flux des sans-diplôme. Nous évoluons à un niveau très bas à cause du politique qui sème à tout vent et qui va récolter la misère. Aucun rapport n’est demandé sur les carrières possibles du futur. Nous n’avons cessé dans ces colonnes de lancer des cris d’alarme. L’informatique, par exemple, un domaine où l’on devrait faire un effort gigantesque, n’a pas la place qu’il faut ni dans la plupart de nos grandes écoles, ni dans nos universités. Un effort massif doit être fait non seulement pour orienter les étudiants, mais même pour une large partie de la population qui va avoir à se servir de l’informatique : tous les utilisateurs scientifiques, ingénieurs, gestionnaires… Même si la plupart ne savent pas exactement ce qu’il y a dans la boîte, ils savent maîtriser certaines instructions pour atteindre un certain but. Dans le cursus universitaire, les experts proposent de ne pas livrer un diplôme sans passer au moins deux cent heures de cours d’informatique et autant de cours que de travail sur des consoles. C’est une manière d’éviter la faible formation de nos jeunes, comparée à celle qui se fait dans les pays avancés dans ce domaine : les Etats-Unis, l’Angleterre, le Japon, l’Allemagne… Pourtant dans les multinationales qui se sont installées dans notre pays à la recherche du moindre coût, ce sont des Tunisiens qui créent des logiciels. Au niveau international, ils sont des créatifs et des inventeurs. Il faut dans notre pays  que le monde de la recherche et celui de la production collaborent et approfondissent  leur connaissance mutuelle pour aller de l’avant vers plus de modernité et plus de rayonnement. On pourrait disserter  sur tous les autres domaines d’avenir, jusqu’alors négligés par la troïka !
Les Tunisiens appelés à contester sont descendus dans la rue par centaines de milliers. Ils grognent. Toutefois, il n’est pas douteux que les promesses non tenues contribuent à aggraver la situation. Le parler vrai est absent du langage politique. La crainte de la perte de l’emploi, l’incohérence et l’incompétence s’ajoutent à l’imprévisible ; les inquiétudes pour l’avenir ne peuvent que s’accroître lorsqu’on a le sentiment surtout que la souveraineté nationale est en jeu ; que des vautours, à force d’argent parallèle, veulent détruire un modèle de société que des martyrs ont construit au prix de leur sang. C’est avec amertume que le changement politique pour les Tunisiens ne constituait pas la substitution d’une classe dirigeante pourrie par une autre où l’insécurité règne ; l’indice de corruption augmente ; les promesses non tenues fusent ; des nominations partisanes à des postes de responsabilité évaluées par milliers et dont plus d’une cinquantaine nominativement publiées par un journal de la place ; des sondages, sans base légale, deviennent des références ; des associations, à objectifs non déterminés, se multiplient ; des mosquées, lieux de prière et de dévotion, assaillies par la politique ; de l’argent parallèle circule sans contrôle, même le sport n’est pas épargné… Quelles mesures prises et quelles réponses données par le pouvoir en place ? Des comportements équivoques, des attitudes peu respectables, des raisons peu rationnelles et des attaques, en continu, de la presse. De plus, le transfert de pouvoir même entre les équipes gouvernementales successives a charrié son lot de ressentiments et de jalousie.
La politique parallèle, ce nouveau  jeu entre classes dirigeantes, deviendrait dangereux s’ils nous dissimulaient l’essentiel. A savoir que dans la phase actuelle de mutation, la Tunisie a des besoins prioritaires : des politiques crédibles ; une gestion d’une transition souple consensuelle dans un environnement politico-social propice. Or le parti au pouvoir n’a pas su accorder son discours clandestin à la nécessité du présent. Pour Ennahdha qui dit opposition dit trahison ; qui dit dégage dit contre-révolution ; qui dit incompétence dit révolte contre la légitimité. Ses aspirations à un parti centriste, conforme à l’idéologie des « Frères musulmans », ne trouve pas d’écho favorable parce que le pays se réfère à son histoire millénaire. Même son histoire récente, forgée dans une lutte nationale commune avec une icône d’exception, Habib Bourguiba, dont on semble ignorer toutes les réalisations. Pour les hommes politiques et les grands leaders la haine n’a pas droit de cité dans leur comportement. C’est là que le bât blesse et que commence le respect d’autrui. L’exemple de la tolérance et de la reconnaissance des bâtisseurs du nouvel Etat n’a pas été encore admis. Pourtant, notre pays n’a pas connu et ne connaîtra pas le sort de l’Egypte. Faut-il rappeler que grâce aux choix de Bourguiba et de ses adeptes, l’armée est encore au service du peuple. Depuis le 24 juin 1956, date de son premier défilé, elle s’est développée sur tous les plans grâce à l’œuvre de formation et à l’acquisition de la nouveauté. S’adressant à elle,  lors de son vingtième anniversaire, devant les officiers des trois armées, Bourguiba leur a dit : «  Je compte sur votre loyauté et votre fermeté pour me rassurer davantage sur la sécurité et le devenir de la Tunisie. Soyez toujours les défenseurs de la patrie pour que la Tunisie demeure à jamais puissante et invulnérable. » Son vœu se réalise avec le temps ! Il est temps pour ses adversaires de lui manifester leur reconnaissance et de le réhabiliter auprès de leurs militants! C’est à partir d’un héritage commun qu’on reconstruit à nouveau une unité nationale et un avenir commun.
Pour conclure, le plus pénible pour ces tartuffes de la politique est de s’avouer qu’une société ne se construit pas uniquement avec de la politique. Elle s’enfante dans les valeurs, les comportements, les cultures, les entreprises… Pour cela, il faut beaucoup de tolérance et d’imagination de la part des principaux acteurs. Autour de l’UGTT, appuyé par l’UTICA, les protagonistes contribueront à faire émerger un gouvernement transparent et restreint de technocrates qui arrêterait l’hémorragie des irresponsabilités et des  prétentieux sans envergure. Ce gouvernement,  avec l’aval des deux syndicats, pourrait remodeler l’appareil productif et résoudre les problèmes en suspens. La démocratie que nous voulons apaisée, viable et agréablement vivable pour tous passe sans détour par ce chemin. Il faut se rassembler tous pour le baliser !

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