Etats-Unis et Somalie : l’histoire continue

Les Navy Seals, forces spéciales d’élite au sein de la marine américaine, ont mené le samedi 5 octobre deux raids contre des groupes islamistes, dans deux pays distincts : la Libye et la Somalie. Le contexte est important. A travers ces opérations, il y a manifestement une volonté de faire une démonstration de force, et ce au moment même où les Etats-Unis ont pu donner une impression de faiblesse (dans la gestion du conflit syrien et au regard du blocage politico-budgétaire au Congrès). Si le gouvernement libyen semble n’avoir pas été informé de cette opération, le pouvoir en Somalie a autorisé le raid américain qui a visé les islamistes shebaab. Dans le cas de la Somalie, une autre impression se dégage : l’histoire conflictuelle des deux pays n’est pas terminée.

 La Somalie : une histoire mouvementée

La Somalie est le produit de diverses influences : Égyptiens, Grecs, Romains puis Indiens ont déferlé sur ses côtes pour commercer ; les Arabes s’y sont installés durablement dès le Xe siècle. Un sultanat est créé au XIIIe siècle, la population se convertit à l’Islam. L’indépendance de la République de Somalie (1960) est le fruit de la réunion des colonies italiennes (Somalia) au Sud et britannique au Nord (Somaliland).

Après l’instauration d’un gouvernement démocratiquement élu, le pays traverse une succession d’épreuves : luttes claniques entre le nord et le sud, coup d’État (1969), parti unique et socialisme étatique, guerre contre l’Éthiopie en 1977-1978, famine endémique en 1984, faillite de l’État en 1991 et guerre civile, famine, emprise des seigneurs de guerre, guerre civile entre factions, déplacements de population et crise humanitaire, échec de l’intervention américaine sous mandat de l’ONU en 1992, éclatement du pays en différents territoires, institution d’un gouvernement fédéral de transition en exil et sans autorité sur le territoire national en 2004, prise de la capitale Mogadiscio  par la milice islamiste « Al-Shabaab ».

Djibouti a été le cadre de la négociation entre le gouvernement fédéral de transition et l’« Union des tribunaux islamiques » en 2008. Les discussions ont abouti aux Accords de Djibouti en décembre 2008, mettant en place un gouvernement transitoire à Mogadiscio. Malgré l’élection en septembre 2012 d’un nouveau Président de la République, l’instabilité et l’insécurité perdurent. Du reste, en mars 2013, le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé pour un an le mandat de la force de paix en Somalie (Amisom). Celle-ci a pour mission d’aider le nouveau gouvernement fédéral à asseoir son autorité et à stabiliser le pays. L’extrême pauvreté de la population exacerbe les tensions sociales et favorise la piraterie maritime.

 Les Shebaab : source d’instabilité et d’insécurité

 Les Shebaab ont subi d’importants revers militaires dans le centre et le sud somaliens ces deux dernières années, infligés par l’armée éthiopienne et une force de l’Union africaine (Amisom) à laquelle participe le Kenya voisin. L’armée éthiopienne et l’Amisom interviennent pour soutenir les fragiles autorités de Mogadiscio. Mais les islamistes affiliés à Al-Qaïda contrôlent encore de vastes parties des zones rurales. Barawe est situé à quelque 180 km au sud de la capitale somalienne Mogadiscio. C’est un des rares ports encore contrôlés par les islamistes. Plusieurs opérations de forces spéciales occidentales ont été menées en Somalie dans le passé, notamment pour tenter de libérer des otages aux mains des islamistes ou de groupes de pirates.

 Un conflit latent avec les Etats-Unis

Samedi dernier, un commando de la marine américaine aurait capturé un chef du groupe islamiste « Al-Shabaab », en réaction à l’opération terroriste de l’organisation contre le centre commercial de Westgate à Nairobi, qui a fait au moins 67 morts. Il s’agit de la plus importante opération américaine menée sur le sol somalien depuis que des forces spéciales ont tué il y a quatre ans un chef des « Shebaab », Saleh Ali Saleh Nabhan. Les islamistes quant à eux ne confirment pas la capture de l’un de leur leader et mettent en avant l’échec de l’opération commando. Il s’agit là d’un nouvel épisode dans les relations somalo-américaines.

En décembre 1992, les Nations unies avaient lancé- sous le contrôle des États-Unis- l’opération Restore Hope, avec une visée a priori politico-humanitaire : reconstruction d’infrastructures, apport de denrées alimentaires et réconciliation politique. Soutenu par l’administration Clinton, arrivée au pouvoir en janvier 1993, l’ONU adopte une résolution élargissant l’objectif de l’intervention militaire : le rétablissement de la paix. Un but qui passait par l’établissement de la sécurité à Mogadiscio. Partant, le commandement américain a mis sur pied une opération visant les « milices d’Aidid », du nom de l’un des chefs de guerre somalien, le général Mohamed Farrah Aidid. Cette opération donnera lieu à la bataille de Mogadiscio (qui s’est déroulée les 3 et 4 octobre 1993), soit l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire militaire américaine. La bataille a opposé un détachement interarmées américain appelé Task Force Ranger et les milices de différents clans somaliens. Non seulement ces derniers ont réussi à abattre un hélicoptère américain, mais l’opinion publique américaine a été traumatisée par la diffusion d’images télévisées de cadavres de soldats américains traînés par des voitures dans les rues de la ville. La défaite militaire devient d’ordre politique, lorsque le 6 octobre 1993, le président Bill Clinton a annoncé la fin des opérations contre le « clan Aidid ». Le 25 mars 1994, la quasi-totalité des soldats américains quittèrent la Somalie. Seuls quelques centaines de soldats restèrent pour assurer le retrait des forces américaines. En mars 1995, tout le personnel américain avait quitté la Somalie. Manifestement, l’histoire n’est pas terminée…

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