Pour une politique de rigueur !?

« Ce n’est pas par les revenus de chacun, mais par son train de vie qu’il faut évaluer sa fortune. »   Cicéron.

Notre pays est-il sous une malédiction d’avoir toujours une mauvaise gouvernance ? Après son âge d’or, celui de Bourguiba à l’aube de l’indépendance et jusqu’au moment où il ne gouvernait plus, le pays a pris la voie du progrès et de la modernité. Aujourd’hui avec tristesse, on constate  l’apparition d’un  phénomène nouveau celui de la politique parallèle que nous avons déjà dénoncée dans cette rubrique. Avec ce  modèle de comportement, nous n’allons pas sortir notre tête de l’eau. Après avoir été les révolutionnaires du monde, allons-nous devenir sa risée ? Allons-nous nous accommoder de ces visiteurs qui veulent défier notre culture, pomper notre richesse et nous imposer leurs agendas ? Nous sommes en droit après ces mois d’expérimentation de nous demander s’ils sont en règle avec les lois tunisiennes ? Ont-ils vraiment la fibre ? Ont-ils déclaré selon la loi leur fortune acquise ailleurs ? Quels sont leurs diplômes et leur formation pour pouvoir diriger? Ce sont là des exigences pour garantir notre souveraineté, au moment où, par l’intermédiaire des élus, un défilé d’ambassadeurs et de gens venus d’ailleurs, tantôt des pays du Golfe tantôt de l’Europe, tentent de s’immiscer dans nos affaires. Certains nous rétorquent leur légitimité élective alors qu’elle s’est éteinte depuis octobre dernier. Ils ont l’indécence de parler encore au nom du peuple et de percevoir des indemnités pour un engagement non respecté! Malgré les doutes sur la capacité de ces constituants à diriger, nous étions parmi les premiers à les féliciter de leurs élections, en exigeant d’eux une feuille de route. Aujourd’hui, ils ont accaparé le pouvoir  par un putsch qui ne dit pas son nom. Il suffit de voir le flot de nominations dans l’administration que révèle le JORT ; sans critères objectifs, ni compétences adéquates. D’autres constituants, ayant vécu royalement comme réfugiés politiques dans des pays où leurs affaires ont prospéré et prospèrent encore, accourent pour nous donner des leçons de patriotisme et de savoir-faire. Ils ne savent que dénigrer l’histoire du pays parce qu’ils n’y ont pas participé. Il suffit de les entendre dans les médias qui, par calcul, leur ouvrent les bras à tout bout de champ. Comment peuvent-ils réussir mieux que la moyenne des autres concitoyens? Nous leur proposons de faire leur propre évaluation selon des critères simples, connus des gestionnaires et résumés comme suit :

          * l’initiative, « ce qu’on a fait de plus par rapport à ce qu’on est chargé de faire » ;

          *  la compétence, « ce qu’on fait avec plus de rigueur que la moyenne » ;

          * la comptabilité, « ce que l’on crée auprès des autres comme impression plus positive que la moyenne » ;

          *  le jugement, « ce que l’on doit avec plus de subtilité que la moyenne ».

Cette grille de valeur pourrait être utilisée pour juger les ministres actuels. L’ancien Premier ministre, au cours de son mandat, nous avait promis de le faire mais en vain !

          A la suite de cette évaluation, on pourrait alors distribuer des trophées pour les nouveaux venus en politique selon d’autres paramètres, par exemple à « celui qui s’est le plus enrichi » ou « à celui qui a le plus fait de couacs politiques ». On pourrait attribuer des décorations d’un autre genre, à « celui (ou celle) des constituants qui a le moins fréquenté l’ANC et qui a perçu ses émoluments » ou « « à celui (ou à celle) qui a été le plus brouillon ou le plus ridicule ». Les mêmes critères pour les opposants, surtout ceux qui ont assumé le pouvoir au temps du dictateur. On pourrait leur discerner d’autres catégories de médailles à « celui qui, auprès du fuyard, a le plus agi pour maintenir Bourguiba dans sa prison et réussi à éliminer des adeptes. » ou encore à « celui qui a retourné sa veste pour se réclamer aujourd’hui de la continuité du bourguibisme. » ou enfin à «celui qui a été le plus ingrat des putschistes qui ont renversé Bourguiba.» On trouverait rapidement des indépendants pour identifier les lauréats, puis leur discerner ces récompenses !

 Mais revenons à l’essentiel, voilà où nous en sommes. Notre pays est dans un état peu viable qui prévoit des lendemains catastrophiques. Les Tunisiens auraient-ils perdu la tête avec ces politiques qui n’arrivent pas à s’entendre. Les mosaïques de partis et d’associations ont beaucoup brouillé les cartes. Certains, qui se découvrent éminents et irremplaçables dans leur imaginatif, leur avaient ouvert des boulevards d’aventurisme, sous l’argument de « déficit de démocratie ». Responsables de diriger une haute commission, l’état actuel du pays en est la conséquence de leurs choix. Quand allons-nous chercher les vraies raisons des frustrations et des non-réponses à des attentes légitimes de notre révolution, celles du peuple ? Sûrement pas dans les débats fades et peu attractifs des médias. Ce sont les mêmes intervenants qui défilent à longueur de  journée. Au gré des sujets et avec l’accord des payeurs, ils sont là pour exprimer souvent leurs idées ou celles de leurs pourvoyeurs de fonds. La révolution a créé une nouvelle caste d’analystes et de commentateurs. Certains travaillaient pour le fuyard, d’autres étaient parmi les fondateurs du parti politique dont ils renient aujourd’hui l’appartenance. Les vrais professionnels sont pourchassés et ils méritent notre soutien.

          Je voudrais ajouter une chose préoccupante. On ne peut se résigner avec un mélange de tristesse et d’agacement d’être gouvernés par des binationaux. Agacement d’un côté parce qu’ils sont des Tunisiens comme nous, mais tristesse car c’est un affront aux martyrs qui ont lutté pour l’indépendance et la souveraineté de leur pays. C’est une insulte pour une génération qui, expatriée pour faire des études, avait répondu « présent » lorsque l’appel leur a été lancé pour rejoindre le pays pendant la guerre de Bizerte. Ils sont venus de partout pour remplacer au pied levé  les coopérants d’alors. Ils étaient nombreux et la plupart ont été décorés de l’Ordre de l’Indépendance. Je voudrais rendre un hommage particulier à l’un d’entre eux – un de mes maîtres- feu le Professeur Baouendi, un grand mathématicien, mondialement connu. De retour de Tunis à Jussieu (Paris VI), il a fini ses jours ensuite comme enseignant au MIT (Massachusetts Institut of Technologie), l’une des meilleures universités américaines du monde. Pour le récompenser, une institution universitaire ne devrait-elle pas porter son nom, en reconnaissance de ce qu’il a été et ce qu’il a fait pour notre pays ?

          Le sort de notre pays va-t-il être scellé dans cette crise sans issue, à cause de ceux qui jouent l’essoufflement de la contestation? Comme la situation devient intenable, rappelons pour les politiques cette citation de Coluche, un humoriste français : « La décadence d’une société commence lorsque l’homme se demande « Que va-t-il arriver ? » au lieu de « Que puis-je faire ? ».Pour ces gouvernants sans projet, il est temps de sauver la face et laisser le pays repartir du bon pied parce qu’ils l’ont mis dans une impasse. Une question reste posée pour les futurs dirigeants quel que soit le mode de leur choix : le développement économique est-il inséparable de son endettement ? Peut-on concevoir de nouveaux progrès économiques sans recourir de façon massive à de nouvelles dettes ? Existe-t-il des liaisons entre croissance et endettement ? Les économistes de toutes obédiences s’accordent sur deux conditions de ce qu’ils appellent la «  rentabilité économique ». La première est l’équilibre entre les capacités et les besoins  de financement. La deuxième est l’orientation des fonds empruntés vers des emplois productifs. A notre regret, ces deux conditions ne sont pas vérifiées. La mécanique d’endettement repose de plus en plus sur la faible croissance qui perdure et sur le taux d’inflation devenu incontrôlable, alors que c’est le contraire qu’il aurait fallu réaliser. La vérité est que l’Etat et les entreprises publiques déficitaires ont vu leurs besoins de financement s’accentuer.  Au même moment, le taux d’épargne des ménages fléchissait sous l’effet du ralentissement de leur revenu et de la montée de leur endettement. Qu’en est-il, au fait, de l’endettement du secteur immobilier  et des investissements collectifs où les bonifications d’intérêt leur sont réservées ? Il faut s’attendre à une bulle dévastatrice dans ce domaine, si des solutions tardent encore à venir. L’urgence d’une remise en ordre financière de l’économie tunisienne pour trouver le chemin de la croissance est devenue une évidence. Elle doit être accompagnée d’une lutte contre l’inflation à travers une réduction du financement monétaire, l’une des plaies actuelles de notre économie. Il faut chercher une liaison saine et efficace entre la croissance et l’endettement, telle est l’obligation des futurs gouvernants. La solution de sauver le pays est encore entre nos mains. Que le politique quitte la scène et laisse le chemin libre aux élites dont notre pays regorge. Il faut du courage à ces derniers pour que le pays sorte de son ornière et retrouve son aura. L’environnement d’aujourd’hui le permet. Dans une stratégie anti- crise,  nous proposons comme à l’accoutumé, des pistes de réflexion. Il faut prendre une panoplie de mesures pour redoubler d’efforts, pour sauver les grands équilibres et assurer un développement compatible aux exigences de la révolution. La préparation du budget 2014 qui tarde à voir le jour, serait un signal du démarrage d’une nouvelle ère : les dépenses de l’Etat réexaminées en fonction des priorités retenues ; une économie substantielle aussi bien au niveau du titre I que du titre II réalisée ; le budget de fonctionnement des différents ministères dont le nombre serait réduit à quinze, sans secrétaire d’Etat ni cabinets pléthoriques (trois au maximum) réduit ; une limitation drastique des frais de fonctionnement des ministères même ceux de souveraineté ; un étalement des dépenses publiques sur l’ensemble de l’année ; la création d’un « fonds  de régulation budgétaire » qui permettrait d’ajuster la dépense publique à la conjoncture ; la transparence dans les émoluments des nouveaux responsables aussi bien dans le public que dans le privé exigée, un salaire ne dépassant pas, par exemple, dix à quinze fois le SMIG ; des solutions apportées, par étapes, au budget de la Caisse de compensation et aussi à l’endettement. Dans tout le projet de la nouvelle équipe les catégories les plus faibles doivent être épargnées de tout effort. La classe aisée doit être appelée à plus de solidarité par une tranche nouvelle d’impôts et pourquoi pas par l’instauration d’un impôt sur la fortune ou encore sur le train de vie… Ce sont là des signaux capables de mobiliser des ressources nécessaires et d’expliquer l’effort demandé à chaque citoyen.

          Un autre phénomène nouveau est réapparu dans le pays. Il faut lui donner l’importance qu’il mérite. Pour la troisième fois de notre histoire, une entente se dessine entre l’UGTT et l’UTICA. Les deux syndicats unis dans leur rejet de ce gouvernement, appellent au consensus. Il ne faut pas rater le coche. Cette entente ne peut être que génératrice d’espoir. Elle peut relancer l’économie. La société civile ne peut que lui apporter son soutien. Un pacte de solidarité pourrait voir le jour avec le futur gouvernement. Avec la participation des syndicats au dialogue, des solutions aux problèmes urgents pourraient être trouvées pour garantir la paix sociale  : une vigilance accrue des augmentations salariales, corrélées par l’amélioration en fonction de la productivité ; une suspension des avantages accordées à des projets non prioritaires ; des accords cadres de longue durée évitant que le monde du travail soit perturbé par des conflits épuisants ; des conventions collectives adéquates réglant les conditions de travail et régulièrement adaptées au développement économique ; un blocage des prix et des salaires pour une durée de deux années, ce qui permettrait à l’économie de reprendre son souffle ; une recherche commune à l’adéquation de la formation et de l’emploi …Il s’agit pour la vraie troïka composée de syndicats, société civile et futur gouvernement de retrouver la confiance avec une politique de rigueur consentie par tous et à tous les niveaux. Telle est la seule voie passante qui demeure conditionnée par une unité nationale rénovée!                    H.R.

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