Assassinat de Chokri Belaïd : chronique annoncée d’un crime d’Etat

Voilà presque neuf mois depuis l’assassinat de Chokri Belaïd et les vérités qui se succèdent, semblent bien se rapprocher de la réponse au slogan brandi : « Qui a tué Chokri Belaïd? ». L’IRVA a publié hier des éléments très intrigants reliés au meurtre de Belaïd et par conséquent  de Brahmi, puisque ces deux assassinats ont plus d’un élément en commun.

La date du 6 février est doublement significative dans l’affaire Belaïd. En effet, elle ne représente pas seulement la date de l’assassinat du martyr, mais également « le temps zéro » dans les investigations qui ont suivi.

Pourtant, le 23 janvier 2013, tout aurait pu changer  

Selon la version de l’IRVA, le 23 janvier à 7h35, le directeur de la sûreté du district de l’Ariana reçoit un appel capital : une employé de banque à El Menzeh 6 (lieu de résidence de Belaïd) s’est dite interpellée par le comportement suspect de deux jeunes hommes conduisant une Polo. Plus tard, l’un des deux passagers sera identifié. Il s’agit de  Marwen Belhaj  Salah, l’un des présumés assassins de Chokri Belaïd.

Croyant à une éventuelle tentative de vol ou de cambriolage, le directeur de la sûreté du district de l’Ariana, Mohamed Laajmi, a déposé un rapport auprès de son homologue du district du Kram, Mostaf Ben Amor (où réside Marwen Belhaj Salah), l’informant sur le lieu de résidence de ce dernier et sur la décision prise : une unité sécuritaire pour contrôler la banque. Cependant, ce rapport a été mis à l’écart et le district du Kram n’a répondu à la demande d’investigation sur la personne de Marwen Belhaj Salah que le 8 mars 2013, soit 45 jours après. Cet écart entre les deux dates révèle des failles sécuritaires profondes mentionne le rapport de l’IRVA. La réponse du district du Kram est parvenue au district de l’Ariana 31 jours après l’assassinat de Belaïd; une réponse que l’IRVA juge incomplète car ne donnant que quelques informations sur Marwen Belhaj Salah. Par ailleurs, aucune mesure n’a été prise pour mener des investigations sur le sujet ou interroger le suspect même après l’assassinat.

Le responsable du district de l’Ariana, Mohamed Laajmi, est une des nombreuses pièces du puzzle présenté par l’IRVA. En effet, le directeur de la sûreté de l’Ariana a mentionné avoir déployé un contrôle sécuritaire autour de l’agence bancaire. En contrepartie, aucun suivi n’a été mené du côté du district du Kram concernant le prénommé Marwen Belhaj Salah. Il n’a également pas incité le chef du district du Kram à lui réponde oralement, « comme cela se fait habituellement entre  unités sécuritaires », note le rapport de l’IRVA.

Il y a lieu cependant de se demander comment les comportements suspects des présumés assassins, autour du lieu de résidence de Chokri Belaïd, ont-ils pu échapper à la vigilance de l’unité sécuritaire permanente déployée pour surveiller l’agence ? Et pourtant, durant cette période, des propagandes virulentes circulaient sur les réseaux sociaux proches du Mouvement Ennahdha, des imams affiliés à ce parti, des leaders connus pour leurs excès et des courants salafistes avaient lancé des appels au meurtre contre le martyr, justifiant de verser son sang. Pendant cette période, Belaïd a été accusé d’être le responsable des gréves, des événements de Siliana, alors qu’en réalité, il était à l’étranger.

Deuxième pièce du puzzle :  Mostafa Ben Amor, connu pour son dévouement inconditionnel à Ennahdha, directeur  de la sûreté du district de Carthage (Kram), est promu après le 6 février au rang de directeur général de la sécurité nationale.

Troisième pièce du puzzle : Mourad Sboui, directeur de la police judiciaire. Après avoir reçu une copie du document du district de l’Ariana sur une éventuelle opération de cambriolage, le directeur décide de ne prendre aucune décision sur le coup.  ce n’est qu’après l’assassinat de Chokri Belaïd que la police judiciaire se rendra, le 5 mars 2013, au lieu de résidence de Marwen Belhaj Salah : celui-ci a quitté la Tunisie deux jours auparavant en direction de l’Arabie Saoudite.

Il semblerait également que Marwen Belhaj Salah aurait échappé à une unité sécuritaire du district de l’Ariana l’encerclant sur son lieu de travail, qui se serait retirée suite à des ordres. L’employée de banque n’a été entendue comme témoin, que le 19 avril 2013, soit deux mois et demi après l’assassinat de Belaïd.

Devant ces quelques faits reconstitués, aucun doute ne peut subsister sur la nature des coupables/responsables. Il reste alors une constatation: l’assassinat de Brahmi et de Belaïd est « un crime d’Etat », dixit Taïeb Aguili. « Tous les Tunisiens, membres de la société civile ou de partis politiques ont besoin de connaître la vérité sur l’assassinat des martyrs », déclare Basma Khalfaoui. Et de conclure :  « Il n’y a plus de place pour ce gouvernement ».

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