Le dialogue national n’a pas encore mûri…

Abassi et le batonnier
photo (Hafawa.Rebhi)

Le 21 septembre, c’est l’équinoxe de l’automne, et le début en Tunisie de longs mois de turbulences variant des siestes grenadines aux intempéries subites et imprévues. Le 21 septembre fut aussi le jour d’une conférence « choc » donnée par le quartet parrain du dialogue national durant laquelle médias nationaux et étrangers sont venus découvrir la réalité. Une réalité sur laquelle tout le monde a parié. Car, à vrai dire, durant les pourparlers du quartet avec les deux parties rivales, les dirigeants des organisations parraines, notamment Houcine Abassi, ont usé de leur «pouvoir de parrain » et maintenu le suspense sur la réalité de ce qui se passait  dans les chambres closes  de l’Union syndicale des travailleurs du Maghreb Arabe (USTMA). En ce jour là, le secrétaire général de la centrale syndicale s’est dit exaspéré des manœuvres de la Troïka, et surtout celles du mouvement Ennahdha, « qui aurait accepté l’initiative du quartet sans vraiment l’avoir acceptée ». Depuis le fracas de ce jour-là, un semblant de trêve semble régner sur la scène politique. Mises à part quelques déclarations relativement hostiles de part et d’autre de la ligne de démarcation, comme les déclarations de Taieb Baccouche, sur Mosaïque Fm, faisant état de « l’irresponsabilité des dirigeants d’Ennahdha », ou encore l’intervention d’Abdellatif Mekki sur la chaîne de télévision France 24 dénonçant ceux « qui tentent de déformer les déclarations faites par le Mouvement Ennahdha », c’est presque l’embellie entre la Troika et le Front du Salut. Qu’est-ce qui aurait nivelé les divergences et réduit ainsi l’acuité du ton. On n’en sait pas grand-chose, le quartet ayant maintenu son habituelle discrétion, mais si l’ont suit les « performances individuelles » de chaque partie, de nouveaux éléments émergent.

En suivant les prestations des membres orthodoxes d’Ennahdha, on constate un refus intégral de la démission du gouvernement. En début de semaine, Abdelkarim Harouni a avancé que «  le gouvernement a été élu par le peuple saint»  et que « rien ne peut empêcher son règne». Mais en se rendant sur la page officielle de Rached Ghannouchi, la tension descend d’un cran. Le président du mouvement Ennhadha mène, depuis ce jour-là, ses fonctions habituelles de président du mouvement Ennahdha : inauguration du congrès de l’aile estudiantine des jeunes islamistes de l’université, hommage à l’ancien chargé de communication du parti, un prêche du vendredi, rencontre avec l’ambassadeur américain ou encore concertations avec un journaliste de la chaîne qatarie Al-Jazeera autour du «  printemps arabe ».

Sur ce même « printemps arabe », les dames du Front du salut, en l’occurrence Salma Elloumi et Besma Khalfaoui, la veuve de Chokri Belaid, ont donné des conférences aux Etats-Unis. Le quotidien des autres visages de la coalition de l’opposition a été rythmé par des déclarations succinctes en faveur de l’initiative du quartet et la mise en place immédiate de la feuille de route qui devrait amener les antagonistes à s’attabler autour de la même table du consensus. Nidaa Tounes, l’un des principaux partis du Front du Salut, a également intensifié ses activités diplomatiques, en accueillant, entre autres, l’ambassadeur allemand et une délégation diplomatique libyenne.

Les étrangers ont-ils influencé les positions des rivaux, les persuadant de la nécessité du dialogue ? Probablement. Toujours est-il que c’est Mustapha Ben Jaafer (qui a lui aussi rencontré un ambassadeur, celui de France) qui semble récemment s’être imposé dans les efforts de médiation. Dans son bureau à l’ancien palais beylical, le président de l’Assemblée nationale constituante a enchaîné les rencontres. A l’issue d’une rencontre qui l’a réuni aujourd’hui avec Houcine Abassi, il est désormais confirmé que les préparatifs pour le lancement du dialogue national vont bon train.

Hier, Bouali Mbarki, secrétaire général adjoint au sein de l’UGTT, a d’ailleurs déclaré au micro de Mosaïque FM que 70 % des ces préparatifs sont terminés.

Ce qui reste, c’est quelques détails tels que la date du démarrage. Même si des menaces de violence pèsent toujours sur le pays et la classe politique – notamment les dirigeants syndicalistes qui auraient subi des menaces de mort –  est, plus que jamais, sur le qui-vive.

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