Année universitaire 2013-2014 : mauvais augure ou année typique?

Lieu : Institut supérieur des sciences humaines de Tunis. Heure : 9h30 du matin. Officiellement, les cours ont démarré le 15 septembre, mais dans cet établissement, rien n’indique que l’année universitaire a commencé sauf les étudiants qui sirotent leur café tranquillement à la cafétéria située devant l’établissement universitaire, quelques professeurs causant dans la salle des professeurs.

Nous avons fait un tour à l’institut, rien n’indique que nos étudiants ont abordé avec le sérieux nécessaire cette rentrée universitaire.  Vu le contexte quelque peu tendu, nous avons approché le professeur Zouhair Brahmia, secrétaire général du Syndicat de base des enseignants chercheurs à l’ISSHT (Institut supérieur des sciences humaines de Tunis), pour lui demander comment d’après lui l’année universitaire 2013-2014 va-t-elle se dérouler ?
Portant les deux casquettes, celle de l’enseignant universitaire et celle du syndicaliste, il accepte volontiers de s’entretenir avec nous.

Notre interlocuteur ne pense pas que cette année universitaire soit exceptionnelle. Pour lui, les problèmes des étudiants demeurent les mêmes d’une année à l’autre : le logement, la distance entre le foyer et l’établissement universitaire et le manque considérable en nombre de références bibliographiques dans les bibliothèques des universités.  Et concernant les tractations politiques au sein de l’université ?

Avec réserve, il nous a répondu que le fait que l’étudiant porte une idéologie ou une autre n’est pas un problème en soi. Cependant, il ne regarde pas d’un bon œil la tenue d’événements politiques au sein de l’université faisant allusion à la rencontre qui a eu lieu récemment entre Rached Ghannouchi et les étudiants nahdaouis au campus El-Manar. Le professeur a insisté sur le fait que la solution des problèmes des étudiants ne peut se faire que dans un cadre participatif entre toutes les parties concernées : conseils scientifique, syndicat, corps enseignant et étudiants.

Dorra Maalej, enseignante angliciste, renchérit : «  Rien que de voir des étudiantes portant le voile intégral à l’institut,  c’est déjà de mauvais augure ».

L’enseignante évoque l’expérience amère et terrible qu’a connue l’université de La Manouba en  2012 :« Le port du voile intégral est une entrave à la pédagogie et à la relation professeur-étudiants », proteste-t-elle, avant d’affirmer que la spécialité qu’elle enseigne se base sur le contact direct entre l’étudiante et l’enseignant : «  J’ai besoin de voir les traits des visages des étudiants, car cela me renseigne sur plusieurs choses, par exemple sur le degré de compréhension du cours », dit-elle.  

Revenant sur un autre sujet majeur, à savoir le droit à la quatrième inscription, elle expose un avis plus ou moins modéré : « J’opte pour un traitement des dossiers au cas par cas et que les étudiants qui ont interrompu leurs études suite à des causes de force majeure, aient le droit de réintégrer l’université. Pour les autres, je n’en vois pas l’intérêt si cela va déboucher sur un quatrième échec successif ».

Notre interlocutrice a pointé du doigt le faible niveau des étudiants en anglais. « Pourquoi accorde-t-on à un étudiant qui a eu 5/20 au Baccalauréat la section d’anglais ?» s’interroge-t-elle, avant de proposer la révision des critères de l’orientation universitaire.

Avec un petit sourire aux lèvres, Hayet Boushih enseignante agrégée en anglais nous dit : «  Franchement je suis contre la grève des professeurs », avant d’argumenter ses propos en disant que le pays est exsangue et ne peut supporter davantage de grèves, quelle qu’en soit la cause.

Après avoir quitté la salle des professeurs, nous nous sommes dirigés vers la cour de l’institut. Un étudiant en mastère d’histoire nous a interpellés : «  Le traitement médiatique des problèmes des étudiants passe à côté de l’essentiel », avant d’ajouter qu’il a suivi plusieurs émissions télévisées qui ont abordé « des sujets futiles » comme le mariage coutumier au sein de l’université, les sit-in et « pas mal d’autres sujets inintéressants ». Sur un ton affirmatif, il affirme : «  La bourse, le logement et le taux de réussite sont les axes que les médias doivent traiter quand il s’agit de la vie des étudiants ».

Son amie ayant préféré garder l’anonymat déclare qu’elle a l’impression que l’insécurité règne partout et qu’elle constitue la menace majeure contre les étudiants. «  Que du flou ! Que de l’ambigüité ! Où allons-nous ? » Avant de s’apitoyer sur le taux élevé des chômeurs  et la difficulté de l’accès à l’emploi.

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