Augmentation du nombre de milliardaires en Tunisie : les riches ne cessent de s’enrichir

Un rapport publié, début septembre, et passé quasiment inaperçu, donne sans doute une nouvelle illustration de l’écart qui ne cesse de se creuser entre les Tunisiens en matière de revenus. Le nombre de milliardaires aurait cru de 16,2% entre 2011 et 2012. L’amplification de l’informel et de l’argent sale sont-ils peut-être passés par là ? 
L’information est passée quasiment inaperçue. Dommage ! Car elle mérite bien le détour, pour reprendre une formule utilisée par les guides touristiques. Il s’agit de l’augmentation du nombre de milliardaires en dollars américains dans notre pays depuis l’éclatement de la révolution du 14 janvier 2011.
En effet, selon le rapport 2012-2013 de Wealth-X, une  société singapourienne qui établit les grandes fortunes dans le monde, publié au cours de la première semaine du mois de septembre 20013, le nombre des milliardaires tunisiens a augmenté de 16,2% entre 2011 et 2012. Ce nombre serait de 70 et la Tunisie se placerait au premier rang au niveau maghrébin.
Ces indications apportent une nouvelle- et éclatante- illustration de ce qui se dit depuis la Révolution concernant l’enrichissement d’une nouvelle caste. Celle-ci se recrute, pour l’essentiel, dans les rangs des pontes de l’économie parallèle qui a investi pratiquement tous les pans de l’économie tunisienne.

189 milliards de dinars

Pour mesurer sans doute l’importance des sommes d’argent brassées par ces nouveaux riches, il suffit d’évaluer le poids de l’économie parallèle. Faut-il rappeler qu’une étude présentée, le 15 décembre 2012,  par l’UTICA (Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat) dans un séminaire dédié à la question, soutient que près de 85% des entreprises tunisiennes appartiennent au secteur de l’informel ? Faut-il rappeler également, et selon les mêmes données recueillies grâce à cette étude, que « la valeur totale de toutes les entreprises et biens immobiliers informels en Tunisie est estimée à environ 115 milliards de dollars (environ 189 milliards de dinars), soit 11 fois la valeur du capital des sociétés cotées à la Bourse de Tunis en 2010 » ? Des volumes faramineux dont ne profite ni le fisc ni encore la douane.
Ceux qui alimentent cette industrie de l’informel, qualifiée, on s’en souvient, de « cancer métastasé » par Hamadi Kooli, président de la Fédération de l’exportation de l’UTICA, à la rencontre du 15 décembre 2012, ne reculent devant rien. D’une part, aucun commerce ne leur échappe, des vêtements aux armes, en passant par les matériaux de construction, les produits alimentaires et les pièces détachées. D’autre part, ils disposent de moyens logistiques importants (voitures 4×4, éclaireurs, armes et miliciens) et de gros moyens financiers qui rend leur éradication bien difficile.
Ce qui explique sans doute et l’augmentation du nombre de saisies douanières et du nombre d’attaques perpétrées contre les agents de la douane tunisienne. Les procès-verbaux de saisie de marchandises ont enregistré une augmentation de 330%  entre 2011 et 2012. La valeur des marchandises saisies en 2012 a, par ailleurs, enregistré une croissance de 70% :  168 millions de dinars  contre 51 millions de dinars en 201. Et cent quarante attaques ont été perpétrées de janvier 2011 à octobre 2012 contre les agents et locaux de la douane tunisienne.

La corruption s’est « démocratisée »

Ridha Saïdi, ministre chargé des Dossiers économiques et sociaux auprès du chef du gouvernement, l’a clairement dit au cours de la rencontre organisée par l’UTICA. Abderahmane Ladgham, ministre chargé des Affaires de malversations, a soutenu, dans une intervention aux Journées de l’entreprise de 2012 (6-7 décembre), au port El Kantaoui, à Sousse, que la corruption, née de l’informel,  s’est réellement « démocratisée » en Tunisie. 
Faut-il voir également dans les chiffres de Wealth-X une preuve de l’existence de l’argent sale qui circulerait en masse dans le pays depuis la révolution du 14 janvier 2011 ? Un indice parmi d’autres : la Tunisie n’a cessé de reculer en matière de transparence. Elle a perdu 14 points dans le classement de l’indice de perception de la corruption publié par Transparency International, passant de la  59 ème place en 2010 à la 73 éme en 2011 et à la 75 ème en 2012. On apprenait, par ailleurs, en juin 2013, et de la bouche d’un expert fiscal, Lassaad Dhaoudi, dans une intervention sur Shems Fm, que  La Tunisie était désormais « classée 5ème  pays le plus dangereux par la Belgique par la cellule de lutte contre le blanchiment d’argent. » Et Lassaad Dhaouadi d’ajouter que « la Belgique a détecté de nombreuses opérations financières « sales » effectuées en Tunisie. A titre d’exemple, une société tunisienne totalement exportatrice, créée sous le couvert d’un centre d’appel, alors qu’elle n’est en réalité qu’une entreprise de blanchiment d’argent. » Une information confirmée par la Cellule de Traitement des Informations Financières (CTIF) en Belgique qui assure que « Les Printemps arabes ont boosté le blanchiment d’argent ». Une information rapportée par le site de la RTB (radio Télévision Belge).

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