La classe moyenne restera le dindon de la farce

« C’est quoi la classe moyenne papa ? », interrogea le petit garçon par un jour pluvieux de ce mois de février 2014. Le papa, visiblement embarrassé, finit par lâcher après un long soupir : « C’était la catégorie sociale ou plus communément appelée population à laquelle appartenaient ta mère et moi-même, avant que ne passent successivement sur nous, cherté du coût de la vie, destruction du pouvoir d’achat, imposition injuste et galopante d’un gouvernement incapable de taper sur d’autres personnes que les salariés, des prestations sociales encore plus mauvaises et une fiche de paie qui voit la ligne « retenue sociale et fiscale » toujours plus corsée. Ce faisceau de faits a fini par avoir raison de notre menu culinaire quotidien, de nos activités sportives, des « études » payées pour ta sœur qui prépare sa « neuvième », sans penser aux weekend  que nous passons, désormais, à chercher ce qui est moins cher, afin d’éviter les fins de mois pénibles ».

Ce père a ainsi résumé en une phrase ce qui  est advenu de la classe moyenne depuis le début des années 2000 et dont la descente aux enfers s’est accentuée d’une manière alarmante depuis janvier 2011, pour atteindre son paroxysme au cours de l’année 2013. Une « annus horribilis » vous diront les rescapés de cette catégorie sociale.  Dans ce contexte, les derniers chiffres de l’INS parlant d’une classe moyenne passant de 84% en 1984 à 53% en 2013, repris par Slim Saadallah de l’ODC, relèvent de la pure fiction, car le revenu moyen qui lui est associé est de 730 dinars. Que peut faire un tel revenu pour nourrir, éduquer, habiller la famille moyenne tunisienne qui  se compose de cinq personnes et qui verserait plus des deux tiers de ce montant, soit dans le loyer, soit pour couvrir l’échéance  du crédit logement contracté ? La définition de ce seuil est impropre, voire insolente pour  espérer lui donner un sens économique.

                        Exit Stigliz, Elyès Fakhfahk arrive !

Et comme pour perpétuer ce cheminement, le ministre des Finances se propose dans la nouvelle Loi de finances de taper encore plus dans cette classe en maltraitant son « hupper », au moyen de nouvelles impositions allant de un à trois points de pourcentage. Le prix Nobel d’économie Joseph Stigliz réaffirmait récemment que c’est l’impôt qui tue la croissance et que les Etats qui recouraient le plus à ce mécanisme enregistraient les plus faibles taux d’évolution de leur économie. Exit Stigliz et bienvenue à notre ministre des Finances qui, au milieu d’une situation économique presque chaotique, choisit de brandir l’arme fiscale  face aux salariés et tous ceux dont les revenus sont traçables comme ces petits épargnants opérant dans la tâtonnante Bourse des valeurs mobilières de Tunis qui verront, en 2014, leur revenu mobilier  imposé  en contradiction du sacro-saint principe universel de la non-double imposition d’un revenu.

Pour les salariés, tout d’abord, puisqu’à la poudre aux yeux de l’abattement fiscal pour les revenus annuels de moins de cinq mille dinars, le ministre oppose un accroissement atteignant trois points de pourcentage sur les revenus annuels de vingt mille dinars et plus, faisant fi du fait que si croissance il y a, c’est bien grâce aux ménages. Pour les épargnants ensuite et comme déjà noté, qui voient leurs revenus d’actions appartenant à des entreprises parfois taxés sur les bénéfices à 35% subir un sec 10% supplémentaires donnant au passage une taxation finale de 45%. En parallèle quid des contribuables forfaitaires ? Rien, hormis des déclarations de grands axes sans s’assurer de leur applicabilité et sans préparer une administration fiscale qui vit au Moyen âge en termes de moyens et également de ressources. Ce qui donnera lieu, sans doute, aux résultats que l’on sait. Le traitement présenté pour ce régime est, en fait, un saupoudrage d’actions difficiles à mettre en place pour faire passer au mieux l’escalade de la taxation des salariés. Ces derniers continueront d’être les dindons de la farce payant, au passage, l’accroissement vertigineux des dépenses de l’Etat, de la Constituante dont les membres auraient, semble-t-il,  droit à une retraite après deux ans de cacophonie contre plus de trente ans de cotisations pour ceux qui se lèvent tôt le matin pour rejoindre leur emploi, pour suer une journée entière, de la présidence dont le budget  et les effectifs restent inexplicables pour des prérogatives aussi limitées, l’administration qui voit des contingents la rejoindre pour on ne sait quels besoins et surtout visées. Le ministre, au lieu de s’attaquer aux dépenses de l’Etat dont il propose une réduction d’un piètre  5%, après un accroissement de près de 50% sans rien établir de clair sur le plan des actions, de s’attaquer à la plaie ouverte et gangreneuse de  l’économie parallèle nourrie par une contrebande hallucinante et destructrice aussi bien de l’économie que des ressources de l’Etat, continue à saper le revenu du salarié. A force de le faire, le papa devra, face à son fils, peiner encore plus son discours, pour lui expliquer comment,  lui et sa mère, devront finalement rejoindre les rangs des nécessiteux.

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