Le ministère de la Santé : conférence politico-médicale

Abdellatif Mekki L'Economiste Maghrebin

M. Abdelatif Mekki, ministre de la Santé, très présent dernièrement sur les ondes radio pour s’exprimer plutôt sur les positions prises par son parti quant à l’opposition , l’UGTT ou encore les médias, a apparemment la politique dans la peau, car même une simple conférence d’information tenue au siège du ministère de la Santé n’échappe pas aux allusions partisanes.

Des dossiers de corruption détectés

Selon le baromètre de corruption réalisé récemment par Transparency International, 33% des citoyens tunisiens pensent que le secteur de la santé est touché par la corruption. Le ministre de la Santé a confirmé ce fait, puisque « la santé est un secteur où beaucoup d’argent circule ».

C’est alors que M. Mekki, défendant son parti de manière acharnée, s’est dit également déterminé à traquer tous les dossiers de corruption, du plus petit au plus grand. Aujourd’hui, il s’est même félicité  d’en avoir révélé quelques cas.  Son flair pour détecter la corruption ne l’aurait  pas trompé, et ce, concernant un dossier inscrit dans le cadre du système d’information en matière de santé : « Il s’agit d’un marché douteux, dont la présomption de corruption a été confirmée  par la commission supérieure des marchés », a-t-il confié, tout en ajoutant que « l’affaire impliquerait une personnalité politique de l’ancien RCD qui, maintenant, fait partie de l’opposition ».  Il en serait de même pour un autre dossier, mais la personne impliquée ferait cette fois-ci partie des sphères syndicales.

Un ministère de la Santé sous pression

Commentant les cas de décès provoqués par la rage et ceux par le virus du Nil occidental (qui a fait, selon le document fourni par le ministère de la Santé, six victimes depuis le mois de juillet), Abdellatif Mekki  s’est désolé du fait que le ministère de la Santé ait encaissé toutes les critiques. C’est que, selon ses dires, son ministère s’occupe plutôt du volet médical (prévention et vaccination) et non sanitaire.

Regrettant que son ministère  serve de ‘punching-ball’ et qu’on lui attribue des responsabilités qui devraient relever du ministère de l’Environnement et de l’Equipement, il annonce qu’un projet de loi pourrait être proposé à l’ANC, une loi sur les aliments qui mettrait sur pied une structure de contrôle commune à différents ministères. Pour l’instant, ce projet de loi reste du domaine des vœux pieux, « l’ANC étant préoccupée par des dossiers plus urgents », ajoute le ministre.

Quant à la situation environnementale urbaine, la gestion des déchets semble être complètement absente : une responsabilité dont se dégage le ministère de la Santé. Celui-ci appelle cependant les citoyens à plus de vigilance pour la saison hivernale : « Avec la pluie, a averti Mekki, le citoyen doit faire attention aux sources d’eau stagnante qui peuvent constituer des foyers propices aux anophèles  (moustiques du paludisme) ».

M. Afif Ben Salah, directeur de la protection de la santé de base, reconnaît que le pays croule sous les ordures et ne peut plus supporter de vivre en apnée.  Sans parler des chiens errants et autres rongeurs en augmentation. En conséquence, le ministère en pâtit matériellement et psychologiquement. Quant aux quatre cas d’hépatite C déclarés, le ministre les a qualifiés « d’accidents du travail », les indicateurs de la maladie étant stables, selon ses dires.

Le ministère de la Santé serait plutôt dans le collimateur des médias. A ceux-ci, Abdellatif Mekki reproche « des tentatives de diabolisation », faisant référence à un documentaire réalisé sur le sous-équipement de l’Hôpital de Kasserine, lors de l’attaque de Jbel Chaâmbi. Le ministre l’a estimé dirigé contre sa personne plutôt que contre le ministère. Le sous-équipement reste pour Mekki (politique oblige), le legs de l’ancien régime qui durant 23 ans n’a pas réussi à   « construire de nouveaux hôpitaux, sauf celui de Ben Arous ». Une situation que le ministère s’emploie à changer, vu que son budget est en augmentation passant de 15 milliards de dinars en 2010 à 65 milliards de dinars en 2012 et qui  sera  « probablement doublé », a confirmé Mekki.

 

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