Brahim Missaoui : la contrebande a pris des proportions alarmantes en Tunisie

La lutte contre la contrebande et le terrorisme était le thème principal du colloque national tenu aujourd’hui à Tunis par l’Association tunisienne pour la lutte contre la corruption. Nous avons rencontré M. Brahim Missaoui, président de l’Association,  qui a bien voulu nous  accorder un entretien. Interview.

Comment votre association évalue-t-elle le phénomène de la contrebande ?

L’Association tunisienne pour la lutte contre la corruption se positionne en tant que partie prenante de la société civile en Tunisie et se sent très concernée par la problématique de la contrebande. Sachez que nous avons réalisé un sondage d’opinion afin de comprendre si le citoyen tunisien opte pour les produits de contrebande ou pour les produits originaux.

Les réponses étaient prévisibles, la majorité écrasante des interrogés affirment rechigner à acheter des produits de contrebande. En visitant les marchés parallèles, nous nous sommes rendus compte que la réalité des faits contredit les conclusions du sondage : le Tunisien est même accroc aux produits contrefaits.
La contrebande en Tunisie est-elle un phénomène irréversible ?

En effet, le phénomène de la contrebande en Tunisie  a pris des prorportions alarmantes.  La cause première est bel et bien le désir de l’enrichissement rapide. Dans l’esprit du contrebandier, c’est une opportunité à ne pas rater. Certains se sont effectivement enrichis grâce à ce commerce illégal.  La deuxième cause est le laxisme des autorités qui laissent faire.
Pour cette raison je dis que le gouvernement, la société civile et les partis politiques sont tous concernés et doivent devenir des partenaires dans la  lutte contre ce phénomène.

La pauvreté, la précarité et surtout le chômage endémique de plusieurs régions laissées pour compte ne sont-ils pas des motivations incitatives pour une certaine classe qui considère la contrebande comme un passage obligé, une sorte de dernier recours ?
Je suis originaire du gouvernorat de Kasserine. J’ai déjà eu à répondre à la même question qui m’a été posée par plusieurs journalistes. Certains pensent que tant que le contrebandier ne commerce pas dans les armes, les explosifs et la drogue et se contente des produits de base, il  ne « porte pas préjudice à l’économie tunisienne ». Faux car on n’oublie trop souvent que les contrebandiers  axent également leurs activités sur les produits subventionnés par l’Etat : tout le monde a en mémoire la pénurie de lait et de sucre qui a sévi chez nous et le grave préjudice causé aux familles. Il est donc temps de comprendre que c’est tout un tissu sociétal et économique qui est concerné. En effet, la contrebande qu’elle porte sur les armes ou sur les produits alimentaire est un crime. Le gouvernement  se doit d’assumer pleinement sa responsabilité. Il  doit trouver des solutions pour les personnes qui vivent de la contrebande et répondre au slogan de la révolution : Travail, Liberté et Dignité.

À votre avis, quel genre d’alternative pourrait être proposée aux jeunes chômeurs acculés à s’adonner à la contrebande ?

Nous appelons à la réalisation d’une étude urgente et précise afin de faire un bon diagnostic et afin de trouver les solutions idoines. En effet, le gouvernement devrait tout d’abord rétablir les ponts du dialogue avec ces jeunes, leur redonner confiance en mettant en œuvre des projets susceptibles de leur procurer un revenu stable  en un laps de temps assez court. Non pas des remèdes ponctuels mais des solutions durables et surtout qui gagnent l’adhésion de toute cette jeunesse laissée pour compte.

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