Logement universitaire : la sempiternelle galère des étudiants

Chaque rentrée universitaire apporte avec elle son lot de problèmes et de soucis. S’il  existe un souci qui harcèle les étudiants ainsi que leurs parents à chaque rentrée universitaire, c’est bien le problème du logement dans les foyers publics. Obtenir voire arracher sa chambre dans le foyer est une bataille quotidienne pour la plupart des étudiants. A partir de ce constat, l’Economiste Maghrébin est allé sur le terrain, à l’Office national des œuvres universitaires (ONOU) du Nord, pour enquêter.

Le mécontentement se lisait facilement sur le visage des étudiants venus revendiquer leur droit au logement auprès de l’Office des œuvres universitaires du Nord. Plus de onze jours se sont écoulés depuis la rentrée universitaire et pourtant bon nombre de dossiers sont encore en cours de traitement.

Le mécontentement, l’inquiétude et la lassitude se sentaient dans le hall du siège de l’ONOU, mais faut-il encore le rappeler, les étudiants n’ont pas vraiment le choix et doivent s’armer de patience en attendant que soit rendue disponible une chambre qui leur éviterait de devoir louer à grands frais un logement.

Âgé de 20 ans, le regard inquiet, I. Mghzaoui est le premier étudiant qui croise notre chemin. Il est  étudiant en première année  en sciences charaïques à Tunis. Notre interlocuteur nous informe qu’il a besoin du foyer étant donné qu’il n’a pas de moyens financiers : «  Pour moi, chercher un studio ou une colocation est un luxe que je ne peux me permettre », dit-il avec amertume.

Notre étudiant vient de Gafsa ( 430 kilomètres de Tunis) : « Avant même que je pense au problème du foyer, je dois me débrouiller pour trouver les frais de transport (30 dinars) pour me déplacer de Gafsa à Tunis », déclare notre interlocuteur, et d’ajouter qu’il doit trouver à tout prix une chambre vacante sinon, il ne lui reste plus qu’à rentrer chez lui et à abandonner les études.

Quelques minutes plus tard, il reçoit une réponse défavorable à sa demande. La déception se lit sur son visage. Cause du refus : «  On m’a informé que le directeur du foyer a mis mon nom sur la liste des étudiants ayant causé des problèmes au sein du foyer. Je ne sais même pas de quoi il s’agit ». Très vite notre interlocuteur quitte les lieux, direction le foyer pour s’informer de cet imprévu.

Le cas de cet étudiant en sciences charaïques n’est pas le seul et il n’a rien à envier aux autres étudiants présents. Pour R. Rezgui, 21 ans, étudiant à l’Institut national du travail et des études sociales de Tunis (INTES) à La Charguia, le problème est la distance entre son foyer universitaire qui se trouve à Ibn Sina et l’institut où il est inscrit. 

«  Pour arriver à l’institut, c’est la galère, il faut prendre trois métros puis je dois continuer à pied pendant 15 minutes ou prendre un taxi qui coûte 1 dinar 500  et bien sûr, la plupart du temps, je préfère la marche à pied pour épargner mon argent », confie-t-il. Ce cas prouve bel et bien que de se trouver une chambre vacante ne résout pas tous les problèmes de l’étudiant.

Un autre cas s’est présenté à nous, celui d’une étudiante en design et publicité à l’Ecole supérieure des sciences et technologie du Design à Tunis. Ses conditions familiales risquent de nuire à sa réussite si elle ne trouve pas une place vacante dans n’importe quel foyer universitaire public : «  Tous les chemins me sont fermés », dit-t-elle. Cette étudiante est issue d’une famille très modeste : le  père travaille dans une entreprise privée et gagne 370 dinars, tandis que la mère est au foyer. « Si on ne m’accorde pas un logement, j’habiterai illégalement au foyer universitaire, peu importe les conséquences, puisque je vois que plusieurs étudiants en font autant, après tout j’ai mes excuses ».

Un autre étudiant semble trouver une autre solution : «  Mon amitié avec le directeur du foyer m’a permis de résider de nouveau cette année, sans attendre le traitement de mon dossier ». Son immense joie contrastait avec la déception des autres et à l’ambiance morose de l’administration.

Nous aurions aimé recueillir l’avis du responsable de communication Mourad Thebti. Ce dernier, très pressé, nous informe que nous aurions dû l’appeler bien avant de venir pour fixer un rendez-vous. Et d’expliquer que quand l’étudiant sollicite un logement pour la quatrième fois, il n’est plus prioritaire par rapport aux nouveaux étudiants et aux étudiants qui n’ont pas dépassé les trois ans au foyer universitaire. C’est pourquoi, il est parfois placé dans un foyer distant de son établissement universitaire. Nous lui avons rétorqué que normalement tous les étudiants ont droit à trois ans au foyer universitaire, mais tout dépend en définitive du nombre des chambres vacantes disponibles, nous renseigne-t-il.

Concernant les étudiants dont le traitement des dossiers est encore en cours, bien que l’année universitaire ait déjà commencé, il a détourné la question en disant qu’il est en train de traiter les dossiers des nouveaux bacheliers.

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