Alzheimer : un coût humain et financier difficiles à supporter

Les progrès de la médecine, ainsi que l’amélioration des conditions de vie,  ont naturellement eu pour impact, en Tunisie et partout dans le monde, l’augmentation de l’espérance de vie. De ce fait, le nombre de sujets âgés a considérablement augmenté depuis quelques décennies. En Tunisie,  le taux des plus de 65 ans, estimé à  4,1% en 1965,  est passé à 9,6% en 2004. Ainsi, cette poussée a été suivie d’une augmentation des maladies dégénératives, en particulier les démences, dont la maladie d’Alzheimer est la plus courante.

Cette pathologie reste largement sous-diagnostiquée dans notre pays, et les statistiques exactes  renseignant sur le nombre des malades atteints ne sont pas connues. Selon les estimations, le nombre des malades serait de 35 000 et devrait  atteindre 60 000 d’ici 2020.

La démence est connue  pour la dégradation de la qualité de la vie de ceux qui en souffrent, mais elle n’est pas sans conséquence sur l’entourage du patient. Un grand nombre d’études ont dépeint les conséquences négatives, particulièrement l’effet sur la santé mentale et le coût humain de cette maladie sur les aidants.

A cet effet, une étude tunisienne publiée en 2011, dans le Pan African Medical Journal, s’est penchée sur le retentissement psychosocial sur les aidants familiaux d’individus atteints de démence. Cette enquête menée auprès de 65 aidants a montré un taux de dépression modérée à sévère estimé à 46,2%, pour qui une prise en charge en consultation de psychiatrie a été suggérée.

De plus, l’effet des différents facteurs de stress (mesuré par l’échelle de Zarit et désigné par les termes charge ou fardeau), est élevé dans le contexte tunisien, et a été plus souvent rapporté par les conjoints (également âgés)  (78,6%) plus que les enfants des patients (45,1%). Une étude française a estimé le temps consacré à la prise en charge du patient à plus de six heures par jour.

Les données de l’étude tunisienne concordent avec celles d’études réalisées précédemment,  sur les causes amenant l’aidant à ressentir la charge en question. L’aidant fait naturellement face à l’incapacité de l’aidé à réaliser les actes élémentaires de la vie quotidienne, mais semble affecté par les troubles du comportement du patient. Ce sont, en effet, la violence physique, l’agressivité et les troubles du comportement que l’aidant trouve difficiles à gérer au quotidien, et sont, par conséquent, souvent mal vécus.

Outre l’aspect humain de la maladie et les conséquences qui en découlent sur le patient et son entourage, l’approche économique de la maladie d’Alzheimer et la pauvreté des données qui lui sont relatives contrastent avec l’abondance des études axées sur l’épidémiologie dans la littérature médicale.

C’est pourquoi, la limite entre les dépenses relatives aux populations atteintes de la maladie d’Alzheimer et celles relatives aux personnes âgées dépendantes semble difficile à déterminer. De plus, il existe peu de créneaux  spécialisés pour la prise en charge des patients atteints d’Alzheimer dans le système de soins à long terme prévu pour les personnes âgées.  Par conséquent, ils ne constituent pas une base fiable à partir de laquelle une information économique solide puisse être faite.

Les estimations à l’échelle mondiale montrent qu’environ 24 à 37 millions de personnes dans le monde sont atteintes par cette maladie, un chiffre qui devrait atteindre les 115 millions d’ici à 2050. Il s’agit de  » la crise sanitaire et sociale la plus grave du XXIe siècle », a déclaré Daisy Acosta, présidente de l’Association Alzheimer’s Disease International.

Les coûts globaux ont été évalués, selon les estimations de Daisy Acosta, à 604 milliards de dollars en 2010, soit un pour cent du PIB mondial. Elle ajoute : « Si c’était un pays, ce serait la 18e économie du monde en termes de PIB », de quoi faire réfléchir les responsables de la santé tunisienne sur l’ampleur du phénomène.

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