La réforme du secteur TIC au centre du forum de l’Atuge

« Le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) contribue à  hauteur de 7% du PIB, autant que le tourisme. Pourquoi parle-t-on autant du tourisme, et si peu des TIC ? ». Ce constat suivi d’une interrogation embarrassée a été lancé hier par Kais Sellami, lors de la 22e édition du Forum de l’Association des Tunisiens des Grandes Ecoles (Atuge).

 Pour le président de la Fédération nationale des TIC à l’UTICA, le secteur des technologies de l’information et de la communication n’est pas apprécié à sa juste valeur, et son potentiel de croissance est sous-estimé, parfois même méconnu, par plusieurs acteurs économiques. Afin de profiter pleinement des opportunités qu’offre la technologie, la centrale patronale a fait des TIC une composante essentielle de sa vision stratégique Tunisie 2020. Le but est de pouvoir parler, d’ici sept ans, d’une « Tunisie numérisée et utilisant les ressources de numérisation comme levier de création dans tous les secteurs de l’économie ». Pour Kais Sellami, la réalisation de cette « ambition » passe par la mise en œuvre de grands chantiers de e-business, e-gouvernement et de e-administration qui soient capables d’employer un grand nombre de compétences tunisiennes nationales diplômées dans les TIC. Il s’agit également de transformer la Tunisie en un hub régional et de la promouvoir en tant que destination numérique pour les grandes entreprises internationales des TIC.

 Mais pour atteindre cet objectif, les politiques publiques doivent se mettre au rythme des évolutions rapides du secteur. Chose qui, vu l’inadéquation des législations en vigueur et l’attente du nouveau code des investissements, ne semble pas évidente, selon le responsable de l’UTICA. Et ce, malgré les assurances de Mongi Marzoug,  ministre des Technologies de l’information et de la Communication, qui n’a pas omis de lister les projets qu’il a récemment mis en place. Il s’agit notamment de la propulsion des réseaux mobiles 3G, de la mise en place  du Conseil supérieur du numérique, ou encore du chantier Smart Tunisia.

 Conçu comme une alliance numérique entre les gouvernements tunisien et français, le projet Smart Tunisia offrira aux acteurs des filières TIC des deux pays, des cadres adéquats pour amorcer des partenariats gagnant-gagnant de « co-localisation » ou de coproduction. « Nous avons barré les mots Off-Shoring et Near-Shoring de notre terminologie ! », a insisté Kais Sellami. Pour lui, l’heure n’est plus aux externalisations parfois dégradantes, mais à une collaboration d’égal à égal qui permettra aux partenaires d’attaquer le marché africain, tout en valorisant le capital humain tunisien. Selon les participants au forum de l’Atuge, les Tunisiens sont en effet capables de produire des contenus numériques à forte valeur ajoutée et les grandes entreprises internationales n’hésiterons pas à les solliciter. « Tout ce qu’il faut, c’est que l’écosystème soit prêt à accueillir les géants des TIC », a estimé Khaled Koubaa, directeur chargé des politiques publiques et des relations institutionnelles de Google en Afrique du Nord.

 Mais l’implémentation effective de Google et d’autres géants internationaux en Tunisie ne doit en aucun cas s’effectuer d’une façon hâtive et irréfléchie. C’est ce qu’a souligné, non sans insistance, Mustapha Mezghani, expert international spécialiste en TIC et entreprenariat et directeur du cabinet 2CW. « L’application de Smart Tunisia dans le contexte actuel sera l’acte de décès du secteur TIC national. Les investisseurs étrangers ne cherchent qu’à rentabiliser rapidement leurs investissements !», a-t-il expliqué. Et s’adressant au ministre des TIC, Mustapha Mezghani a proposé : «  Si vous donnez les 1,4 milliard de dinars du projet aux start-ups et aux entreprises tunisiennes, vous verrez ce qu’elles pourront accomplir. » «  Avec la plus-value qu’elles génèreront, elles pourront même financer des compagnies aériennes !», a-t-il ainsi lancé, suscitant une vague d’enthousiasme auprès des Atugiens présents, dont notamment Mohamed Frikha, l’Atugien, PDG de Telnet, et fondateur de Syphax Airlines, parrain officiel du forum.

 

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